Réseau : Huawei pousse des solutions plus abouties face aux Américains
Seul fournisseur chinois présent sur le marché des équipements réseau d’entreprise en Europe, Huawei a présenté lors de sa récente conférence annuelle des fonctionnalités inédites et un programme de partenariat qui favorise la personnalisation de ses produits par les intégrateurs.
Des équipements réseau qui regroupent plus de fonctions, qui sont davantage personnalisables par les intégrateurs et qui proposent des fonctionnalités de pointe. À Florence, où il tenait la semaine dernière l’édition européenne de sa conférence annuelle Connect 2026, Huawei a sorti le grand jeu pour mieux faire entendre son offre sur un marché dominé par les fournisseurs américains.
Sur scène, lors du discours d’ouverture, Leo Chen, le directeur des ventes en entreprise du groupe, a égrené les récents succès commerciaux en Europe.
En Italie, un opérateur télécom aurait décidé de relier une grande université à la fibre FTTO avec ses derniers répartiteurs optiques passifs. Contrairement aux modèles de la concurrence, ces répartiteurs ne consomment quasiment pas d’électricité et ne nécessitent pas de refroidissement, ce qui permettrait à l’université, dont le nom n’est pas cité, de se réclamer à la pointe de l’écologie. Qui plus est, ces équipements occuperaient deux fois moins de place.
Dans le reste du continent, ses bornes Wifi eKit dotées d’une maintenance automatisée par une IA interne connaîtraient un succès sans précédent parmi les petits hôtels, pour offrir à leurs hôtes une connectivité sans fil aussi fiable que celles des grands établissements à un prix d’achat bien plus abordable.
Les équipements de Huawei connaîtraient également un certain succès dans les hôpitaux. Ses systèmes de stockage sécurisent l’accès aux données en synchronisant leurs contenus entre différents bâtiments en temps réel, une fonctionnalité que l’américain NetApp propose aussi. Mais l’avantage de l’offre Huawei est qu’elle fournit aussi toute l’infrastructure réseau backbone optique nécessaire aux connexions entre bâtiments. Il n’y a qu’un seul contrat, tout est conçu pour fonctionner ensemble, et cela simplifierait considérablement les déploiements.
Son nouveau relais de croissance en Europe serait de séduire les commerçants. Huawei entend y parvenir avec de nouvelles bornes Wifi convergentes. En plus d’une couverture sans fil en Wifi 6 et 7, elles disposent d’un modem 5G, pour assurer une connexion Internet en cas de panne ou d’absence d’une connexion fibre, et s’accompagnent de différents modules pour connecter toutes sortes d’appareils, des caméras de vidéosurveillance, aux douchettes et autres terminaux de paiement.
« Avec une centaine d’intégrateurs, nous avons déjà mis au point une dizaine de scénarios d’usage pour ces équipements qui permettent à un point de vente d’être pleinement opérationnel en moins de deux heures », vante Leo Chen.
Pour autant, la cible privilégiée de Huawei en Europe reste les réseaux d’entreprise et ceux pour datacenters. Et la conférence Connect 2026 de Florence avait surtout pour ambition de présenter aux clients et prospects européens les derniers progrès de son riche catalogue de switches et routeurs.
Une administration réseau plus intégrée, avec désormais de l’IA
Pour mémoire, les équipements réseau de Huawei, bien qu’autonomes, s’accompagnent idéalement de serveurs pour les administrer. Jusqu’ici, il en existait trois : le contrôleur SDN iMaster NCE, pour définir et automatiser des règles de routage, le système de télémétrie optionnel CampusInsight, qui donne notamment une vue aérienne de l’état de santé du réseau via une Digital map, et SecoManager, qui correspond au système de pilotage des firewalls. La première nouveauté est que SecoManager est désormais intégré à iMaster NCE.
« Le principal bénéfice est que cela permet de suivre de bout en bout la sécurité et le routage des flux, de leur entrée par le firewall, jusqu’à leur arrivée sur un terminal après être passés par le cœur de réseau. Précédemment, les équipes de sécurité perdaient la trace d’un flux après qu’il avait franchi le firewall et il n’était pas trivial de le corréler avec les flux que les administrateurs observaient de leur côté sur le réseau », explique Christophe Batiard, le directeur des produits réseau pour la zone Europe chez Huawei (en photo en haut de cet article).
Selon lui, cette intégration va aussi permettre de moduler les règles de sécurité selon les différents protocoles de transport sur le réseau interne et rendre possible la distribution de firewalls secondaires en différents endroits du réseau.
« Pour que ce soit clair : l’usage de nos jours est que les entreprises s’équipent en solutions réseau chez une marque et en solutions de sécurité chez une autre. Cependant, nous observons qu’avec la montée des traitements d’IA en entreprise, cet état de fait va sans doute très vite changer au profit d’une intégration complète plus efficace. Donc, je ne dirais pas que nous avons intégré SecoManager à iMaster NCE pour répondre à une demande massive, mais pour anticiper avant tout le monde cette demande », ajoute-t-il.
L’autre nouveauté est l’arrivée de l’AIOps, concrétisée par un nouveau serveur, baptisé NetMaster. « C’est une extension proactive de CampusInsight. NetMaster surveille en permanence le réseau et prévient les administrateurs en cas de problème ou de signe avant-coureurs d’un problème, sans qu’ils aient eu besoin d’ouvrir la console de CampusInsight pour vérifier régulièrement que tout se passe bien », résume Christophe Batiard.
On notera que, en Chine, NetMaster est connecté aux LLM de Deepseek ou de Qwen pour que l’administrateur puisse interagir avec lui en langage courant, via une interface conversationnelle. Cette fonctionnalité n’existe pas en Europe, où NetMaster se contente d’envoyer des alertes, avec des liens interactifs qui permettent à l’administrateur d’approfondir des détails ou de déclencher une réparation. « Nous n’avons pas à ce jour passé d’accord avec des LLM européens et nous ne voulons pas qu’on nous reproche en Europe de connecter nos produits à des IA chinoises », se contente de commenter Christophe Batiard.
Jouer la carte des configurations matérielles haut de gamme
Côté matériel, le nouveau switch 5755S-HT (alias Twin Switch) introduit sur le réseau local le protocole de redondance du routage M-LAG (Multi-chassis Link Aggregation Group), habituellement réservé aux datacenters, dans le réseau local. Ce switch dispose d'une électronique interne double, fonctionnant en mode actif-passif, pour éviter toute interruption de service lors des pannes ou des mises à jour.
« La redondance n’est pas qu’une problématique de datacenters. Dans un centre hospitalier où l’on a des appareils qui font du monitoring de patients, comme dans un studio de création où l’on enregistre des flux en temps réel, il est critique que les flux ne connaissent aucune interruption. Le problème est que la redondance passe d’ordinaire par un châssis de plusieurs switches montés en rack. Là, nous proposons un seul switch, doté de 48 ports Ethernet, qui est intégralement redondant et qui peut donc s’installer n’importe où », argumente Christophe Batiard.
Il ajoute qu’il existe une version durcie, le 5755i, qui supporte des températures de 75°C et des environnements très poussiéreux, pour les réseaux des machines-outils en usine.
Concernant les datacenters, la conférence Connect 2026 a signé l’arrivée en Europe des switches très haut de gamme XH9230 et XH9313 dotés de 128 ports Ethernet (respectivement en 400 et 800 Gbit/s) refroidis par liquide.
« C’est une exclusivité que propose Huawei. D’ordinaire, ce type de switches pour les clusters de calcul intensifs ne refroidissent par liquide que leur puce ASIC. Cependant, sur des traitements d’IA, ce sont les ports qui tombent les premiers en panne à cause de la chaleur, tout simplement parce que l’on insère dedans des embouts SFP qui chauffent énormément pour convertir leurs signaux électriques en signaux optiques », indique Christophe Batiard.
Il rappelle que, accessoirement, Huawei fabrique aussi lui-même des embouts SFP optiques et que ceux-ci chaufferaient 40% moins que ceux que l’on trouve d’ordinaire sur le marché.
À ce propos, dans ses dernières mises à jour, Huawei a doté le firmware de ses switches d’une fonction elle aussi inédite qui consiste à détecter si des poussières se sont glissées dans les connecteurs. « C’est un problème qui, bizarrement, n’avait jamais été adressé jusqu’ici, qui fait chuter la bande passante d’un connecteur et qui arrive fréquemment au moment de l’installation du réseau. Désormais, l’administrateur sera alerté de la présence probable de poussière et il saura précisément sur quel connecteur », dit encore le patron des produits réseau de Huawei.
Enfin, pour les connexions entre bâtiments, Huawei présente une nouvelle capacité de chiffrement quantique sur sa gamme de passerelles NE8000. Selon Christophe Batiard, ce chiffrement, qui se base sur la forme des ondes des signaux optiques, éviterait de devoir échanger des clés de chiffrement entre les appareils, une étape d’ordinaire momentanée mais durant laquelle le réseau est vulnérable aux écoutes. Ici encore, Christophe Batiard admet que la demande n’existe pas encore, mais qu’il est utile de la devancer.
En parallèle, le fournisseur a optimisé la modulation du signal optique de ses passerelles via un algorithme et un filtre spécifique pour supprimer les risques de perte de paquets entre deux bâtiments. Le dispositif, qui est surtout destiné aux opérateurs télécoms et de datacenters multisites, resterait efficace sur une distance pouvant aller jusqu’à 1000 km.
Accélérer l'intégration avec les partenaires locaux
Sur le plan commercial, les produits réseaux s’accompagnent d’un nouveau programme de partenariat avec les intégrateurs, appelé SCALE. Sur scène, Leo Chen se fait un plaisir de détailler qu’il s’agit d’un acronyme pour scénarisation, co-innovation, alignement marketing, localisation du service et efficacité de la collaboration. En substance, Huawei a mis en place en Europe des OpenLab où il invite les intégrateurs à rencontrer ses ingénieurs pour personnaliser ensemble certains produits afin de mieux répondre à la demande d’un client.
Selon Leo Chen, cette initiative permettrait de réduire les délais de configuration et de validation de plusieurs semaines à quelques jours. Il cite en exemple l’intégrateur français Wifirst, spécialiste des déploiements Wifi en entreprises et en points de vente, avec lequel Huawei aurait travaillé à la personnalisation de 20 produits réseau pour dix entreprises clientes.
