Yann Serra

Datacenters : comment Auchan a réduit ses coûts de moitié

Le groupe devait dégraisser ses dépenses informatiques annuelles pour libérer des budgets et du temps d’ingénieurs à investir dans ses efforts d’innovation. C’est chez Huawei qu’il a trouvé les meilleurs moyens de sortir du cloud public et de VMware.

Il fallait réduire les coûts informatiques pour regagner en compétitivité face aux autres grandes chaînes de distribution. Tel est le constat qu’a fait Auchan il y a dix-huit mois, lorsque le groupe a embauché Pierre François Rudant au poste de directeur technologique pour moderniser les infrastructures IT.

« Très clairement, nous avions le ratio le moins avantageux du marché entre nos revenus et nos dépenses en informatique. Cela signifiait que nos marges étaient plus limitées pour innover. Et nous avons mis un chiffre sur ce problème : nous exploitions quatre fois plus de ressources informatiques que notre meilleur concurrent », raconte Pierre François Rudant (en photo ci-dessus), sur scène, lors de la conférence européenne annuelle du fabricant chinois d’équipements pour datacenters Huawei, Huawei Connect 2026, qui se tenait la semaine dernière à Florence, en Italie.

« Nous exploitions quatre fois plus de ressources informatiques que notre meilleur concurrent. »
Pierre François RudantDirecteur technologique, Auchan

Huawei n’était pas peu fier de mettre en valeur ce retour d’expérience qui, on l’aura tout de suite compris, s’est résolu par le choix de remplacer intégralement les matériels sur site et les machines virtuelles louées en cloud par ses propres solutions. Au bénéfice d’un coût d’exploitation déjà divisé par deux alors que la migration n’est même pas encore terminée, dit Auchan. Et avec l’avantage, assure Pierre François Rudant, d’une simplification radicale des efforts d’administration, ce qui libérerait du temps à ses équipes pour mieux travailler sur l’innovation.

Pour mémoire, Auchan est aujourd’hui présent dans 12 pays, principalement en Europe et en Afrique. L’entreprise gère plus de 3 000 magasins, emploie environ 160 000 personnes et génère un chiffre d’affaires annuel de 30 milliards d’euros. Le groupe évolue dans le secteur de la grande distribution, un segment marqué par des défis de transformation numérique et de pression sur les prix.

« Être un détaillant historique a ses inconvénients, car vous êtes sur le marché depuis des années et vous devez perpétuellement vous renouveler, vous demander comment innover, comment transformer l’entreprise », lance Pierre François Rudant ; en suggérant que la question serait si critique chez Auchan qu’elle mériterait de tout mettre en œuvre pour lui dégager des budgets et du temps.

De son côté, l’image de marque de Huawei en Europe est handicapée par les tensions géopolitiques entre la Chine et les USA, qui ont incité l’UE à restreindre sur son territoire le déploiement de ses équipements 5G. La marque chinoise, qu’IDG place comme numéro 2 mondial (derrière Dell) des vendeurs de baies de stockage, se recentre donc ici sur les solutions d’infrastructure, notamment son hyperviseur DCS et ses baies de disques OceanStor.

Ses principaux arguments sont des prix réputés bien moins chers que ceux des habituels fournisseurs américains, pour des caractéristiques similaires, et des configurations davantage sur mesure, afin que les intégrateurs locaux puissent répondre plus précisément aux demandes de leurs clients. Et force est de constater que l’offre séduit des clients prestigieux, dont Auchan.

DCS pour remplacer VMware, HyperMetro pour reproduire la résilience du cloud

L’objectif d’Auchan était donc de rationaliser son portefeuille applicatif et de réduire l’intensité de ses coûts informatiques. Le choix d’un nouveau fournisseur s’est opéré dans un contexte de fermeture d’un datacenter obsolète en France et d’une dégradation des relations avec le précédent fournisseur de virtualisation, que Pierre François Rudant se garde bien de nommer, mais dont tout le monde aura compris qu’il s’agissait de VMware.

C’est ainsi par l’intermédiaire de sa plateforme de virtualisation DCS que Huawei a d’abord séduit Auchan, avant de pouvoir lui vendre le reste des nouvelles infrastructures dont il avait besoin. DCS repose, comme la majorité des solutions de virtualisations, sur l’hyperviseur Open source KVM, ce qui en fait une sorte de standard bien utile pour faire tomber les craintes de verrou technologique.

Au-dessus de KVM, Huawei fournit une couche d’administration baptisée eDME qui reprend, selon Huawei, toutes les fonctions de VMware, et un outil de transfert Migration Director qui promet de passer de VMware à DCS sans que les clients se rendent compte d’une interruption de service.

DCS a besoin de serveurs pour fonctionner et Huawei ne vend pas les siens, basés sur ses propres processeurs ARM, en Europe. Auchan ne précise pas pour quelle marque il a opté, mais LeMagIT croit comprendre des discussions qui se sont tenues lors de la conférence qu’il s’agissait de machines x86 vendues en marque blanche par les partenaires locaux de Huawei, soit sans doute de fabrication Supermicro.

Le projet d’Auchan consistait à remplacer son datacenter obsolète et les machines virtuelles qu’il loue encore en partie en cloud public par trois datacenters situés en Europe. Deux d’entre eux sont situés à plusieurs kilomètres de distance l’un de l’autre dans les environs de Lille. Ils sont dits actifs actifs, dans le sens où les requêtes sont dirigées en temps réel vers celui qui a le plus de capacité de calcul disponible et où l’un peut absorber l’ensemble des requêtes si l’autre connaît un incident.

Le troisième datacenter, dont Auchan ne précise pas l’emplacement, est celui de secours. Il sauvegarde en permanence le contenu des deux autres et ne prendrait le relais, pour répondre aux requêtes, que dans le cas où les deux datacenters principaux seraient mis hors service. Typiquement lors d’une cyberattaque.

« En fait, nous mimons là le type de déploiement que les hébergeurs de cloud public promettent à leurs clients », précise Pierre François Rudant, qui insiste sur l’importance de ne pas perdre en fonctionnalité ni en sécurité, malgré une quête d’un coût moindre. Il indique que l’objectif est d’assurer une reprise d’activité sur le troisième site en moins d’une minute.

Pour concrétiser cette synchronisation entre les deux sites de production, Huawei a proposé à Auchan d’y déployer ses baies de stockage OceanStor dotées d’une fonctionnalité appelée HyperMetro. Celle-ci ressemble en tous points à ce que l’Américain NetApp appelle MetroCluster, et qu’il vend en option, pour que des baies de stockage physiquement distantes partagent les mêmes contenus.

Le troisième site n’a pas vocation à conserver actives toutes les données, mais seulement à en héberger des versions sauvegardées, moins chères, qu’il peut restaurer rapidement quand c’est nécessaire. Cette fonctionnalité est implémentée par la solution de sauvegarde OceanProtect de Huawei. Selon le fournisseur, passer par OceanProtect – plutôt que par HyperMetro pour répliquer les données et les VM sur le site de secours – permet de surcroît de lui offrir une isolation, appelée Air-gap dans le jargon, qui évite qu’une cyberattaque s’y propage.

Une intégration saluée pour sa facilité

« L’avantage de passer par un fournisseur qui propose à la fois la virtualisation des serveurs et le stockage de leurs données est que l’ensemble est conçu par défaut pour s’intégrer ensemble. »
Pierre François RudantDirecteur technologique, Auchan

Le déploiement initial a duré trois semaines et a consisté à répliquer au fur et à mesure les VM de l’ancien datacenter vers les serveurs des deux nouveaux bâtiments de production. « Et pendant tout ce temps, les opérations se sont déroulées normalement en magasin ; il n’y a pas eu d’interruption », assure Pierre François Rudant, sans détailler davantage les temps de conversion ni les règles qui ont conditionné la bascule des requêtes entre les anciennes et les nouvelles VM.

La partie qui occupe encore l’équipe de Pierre François Rudant concerne le rapatriement sur les datacenters de production des applications et des machines virtuelles qui fonctionnent toujours depuis des clouds publics. « Je suis optimiste. Je pense que d’ici à la fin de cette année, nous aurons terminé notre plus gros contrat en cloud, qui nous coûte 7,5 millions d’euros par an », dit le directeur technique d’Auchan.

Il se félicite enfin de la facilité de l’intégration des différents éléments d’infrastructure. « L’avantage de passer par un fournisseur qui propose à la fois la virtualisation des serveurs et le stockage de leurs données est que l’ensemble est conçu par défaut pour s’intégrer ensemble », note-t-il.

Le bilan de cette migration est à ce jour si positif qu’Auchan envisage de décliner ce déploiement, cantonné aux magasins français, à ses autres régions d’activité. Et ce d’autant plus que cette nouvelle infrastructure doit servir de socle standard pour tous les projets d’IA que le groupe mettra bientôt en chantier.

Crédit photo : Pierre François Rudant, directeur technologique Auchan, lors de l’événement Huawei Connect 2026, qui se tenait à Florence, en Italie. – © Yann Serra pour LeMagIT

 

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