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Dell-EMC : quels sont les (gros) risques de la fusion

Les analystes confirment que les clients ont beaucoup à gagner de ce rapprochement, même si cette acquisition comporte certains risques.

L’acquisition d’EMC et de VMware par Dell a certes un intérêt stratégique pour les clients, mais l’accord est également risqué, ont reconnu plusieurs analystes et observateurs du secteur.

Après des semaines de spéculations, Dell a officiellement formalisé l’acquisition d’EMC pour 67 milliards de dollars, la semaine dernière. Mais cet accord, s’il est certes guidé par des motivations liées à la transformation du groupe Dell par son fondateur Michael Dell, les avis restent encore peu assurés.

L’acquisition profite clairement à Dell, affirme par exemple Charles King, président du cabinet de conseil Pund-IT. Dell est bien positionné sur le marché des PME, mais peine à toucher les entreprises plus grandes, explique-t-il.  Et justement : les grandes entreprises sont la cible d’EMC et le groupe dispose d’un portefeuille tant hardware, logiciel que services, taillé spécifiquement pour cette cible, assure-t-il.

EMC a fait du bon travail pour progresser dans le logiciel et pour toucher les développeurs via Pivotal ; ce qui constitue une ressource de grande valeur pour Dell. Pivotal et la Fédération EMC ont travaillé dur à nouer des relations avec l’industrie du logiciel. Et comme EMC devient une société privée dans le giron de Dell, il n’aura pas à attendre l’avis de personnes extérieures pour orchestrer ses produits et ses services. « Le rapprochement avec EMC va certes profiter à Dell, mais aussi à EMC et à sa relation avec des milliers de grandes entreprises », commente Charles King.

Dana Gardner, analyste principal chez Interarbor Solutions, est plus nuancé, et pense que cette fusion est une opération risquée. « Les marchés cœur de cible pour les trois sociétés, particulièrement Dell et EMC, sont très concurrentiels. Dell doit affronter une pression accrue sur le segment des serveurs de la part de HP et Lenovo. Un marché qui se contractent d‘autant plus. De son côté, EMC est concurrencé sur le segment du stockage, face à des rivaux soit récents, soit de l’ancienne garde.

« Il s’agit d’une opération très risquée car ces deux groupes bataillent sur leurs propres marchées et en même temps tentent d’en pénétrer de nouveaux où VMware est le seul présent », affirme-t-il.  

La stratégie d’hybridation de Dell gagne un allié

La stratégie de Dell qui consiste à devenir le fournisseur hardware du Cloud fait sens, mais le groupe doit encore trouver un moyen pour faciliter l’usage du Cloud hybride en entreprise, soutient quant à elle Michelle Bailey, analyste et vice présidente des projets datacenter et infrastructure numérique au sein du cabinet 451 Research.

« Dell est en retard, cela ne fait aucun doute », poursuit-elle, ajoutant que le Texan a débauché Jim Ganthier, de chez HP, l’année dernière, pour accompagner sa stratégie en matière de Cloud. Il est nécessaire que Dell tisse des partenariats avec les 25 000 fournisseurs dans le monde et devienne un intégrateur système grâce à des outils, comme Boomi, au lieu de rivaliser avec AWS et Microsoft Azure.

VMware continue quant à lui de batailler sur le marché du Cloud public. La société est elle aussi fortement concurrencée, lance Dana Gardner, lorsqu’elle essaie par exemple d’entrer sur de nouveaux marchés avec ses offres d’infrastructure hyper-convergées, qui ne rencontrent que peu de succès.

En matière de Cloud public, sa stratégie n’a que peu réussie, la société préférant désormais avancer vers le Cloud hybride et le software-defined datacenter, explique encore Dana Gardner. « VMware peut réussir dans ces deux segments, mais ce sera contre les piliers du secteur que sont IBM, Microsoft, Cisco, Oracle et HP. Ceux-là n’auront pas à composer avec une période de transition d’un ou deux ans pour voir leurs produits intégrer à ceux de l’un des plus gros fournisseurs IT de l’industrie », ajoute-t-il.

« Ils vont être très occupés à rassembler tout cela alors qu’ils devraient s’occuper à contrôler le marché du Cloud hybride. Ces autres acteurs ne seront pas, quant à eux, surchargés par le poids de la plus grosse fusion de l’histoire des technologies. »

La grande question est de savoir si Dell peut continuer à innover près avoir contracté une dette de 40 milliards avec ce rachat et passé du temps  à intégrer les deux entreprises. Pour les lignes datacenters privés, virtualisation et software-defined datacenter, l’accord va apporter les bénéfices liés au Cloud Computing, a affirmé Michael Dell lors d’une conférence téléphonique.

Dell a également expliqué qu’il comptait associer les actifs de RSA avec ceux de SecureWorks et les positionner sur le marché grandissant de la sécurité tout en y combinant les outils de gestion de la mobilité d’entreprise, AirWatch.

Le monde de la technologie a un long héritage en matière de collaboration, affirme Dell, pointant du doigt, ses partenariats en place avec Microsoft, Oracle et Red Hat – partenariats qui devraient par ailleurs se poursuivre. Dell a en revanche affirmé que la nouvelle entité ne s’appuierait pas uniquement sur les outils de virtualisation de VMware. Pat Gelsinger a rappelé que VMware avait des partenariats en place avec HP et Lenovo.

Michelle Bailey soutient qu’il sera clé pour Dell et EMC de rester impartial sur ce terrain. Selon elle, VMware n’a pas intérêt à compliquer la tâche d’entreprises souhaitant faire fonctionner les outils VMware sur des serveurs HP.

Renforcer le portefeuille VCE

 EMC entend poursuivre son partenariat avec Cisco dans VCE et avec son écosystème, ont confirmé les représentants du groupe. Une majorité des solutions VCE ciblent les entreprises et particulièrement celles des télécoms et de la finance. Même si Dell dispose de solutions qui offrent les mêmes fonctions que VBlock ou d’autres infrastructures convergées, aucune ne visent réellement les entreprises.

« Il y a probablement moins de produits qui se recoupent qu’on pourrait le penser », pense Michael King. Il serait sage que Dell maintienne et renforce le portefeuille de VCE, explique-t-il.

Traduit et adapté par la rédaction

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