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DSI : 7 mesures pour vous préparer au métavers

Attirés ou non par les métavers, les DSI doivent les regarder de près. Voici quelques étapes exploratoires que vous pouvez envisager dès à présent.

Cet article est extrait d'un de nos magazines. Téléchargez gratuitement ce numéro de : Applications & Données: Comprendre le métavers : les opportunités pour votre entreprise

Les DSI ont tout à gagner à réfléchir, dès à présent et en avance de phase, à la manière dont leurs entreprises pourront tirer parti des métavers.

Aujourd’hui, ils peuvent aider leurs collègues à mieux comprendre ce qu’est réellement un métavers, les technologies qu’il faut mettre en place pour mener une initiative dans ces univers immersifs, ainsi que les opportunités qu’ils créent (et les risques qui en découlent).

Le fait qu’explorer un métavers soit à l’initiative de l’IT – ou pas – dépendra de l’entreprise. Mais les DSI sont particulièrement bien placés. Ils sont ceux qui peuvent fournir des réponses à toutes ces questions et des orientations technologiques.

Pour Jeff Wong de EY, « les directions sont à la recherche d’un leadership sur la manière d’aborder le sujet, aussi bien d’un point de vue stratégique que technologique […]. Le ou la DSI peut s’imposer comme un guide stratégique dans ces espaces qui reposent sur de nombreuses technologies ».

1. Définir une stratégie métavers

« Les directions sont à la recherche d’un leadership sur la manière d’aborder le sujet […]. La DSI peut s’imposer comme un guide stratégique dans ces espaces qui reposent sur de nombreuses technologies. »
Jeff WongEY

Selon Marty Resnick de Gartner, des responsables dans divers secteurs (de l’enseignement supérieur à l’organisation d’événements) réfléchissent déjà à la manière de fournir leurs produits et leurs services dans un métavers, de créer de la valeur ajoutée, voire d’imaginer des offres totalement nouvelles.

 Étant donné la forte dimension technologique d’un métavers, les DSI sont bien placés pour discuter des avantages et des inconvénients potentiels d’un engagement dans ces univers.

De même, leur rôle à la tête de l’informatique leur permet de faire preuve d’une diligence raisonnable à l’égard des fournisseurs et d’aider les autres responsables de l’entreprise à faire la part des choses, entre la réalité et le battage médiatique qui accompagne généralement les nouvelles technologies.

Les DSI sont donc à la fois en mesure d’évaluer les limites d’un engagement raisonnable dans un métavers, et d’« élaborer une stratégie pour capitaliser sur le métavers et parler du nouveau modèle d’entreprise qu’il peut offrir », dixit Marty Resnick.

2. S’attaquer en amont à la longue liste des risques liés aux métavers

Aucune innovation n’est sans danger. Les métavers ne font pas exception. Voici une courte liste des écueils à appréhender pour s’en prémunir :

  • préoccupations environnementales ;
  • problèmes de cybersécurité ;
  • problèmes juridiques ;
  • harcèlements de toutes formes ;
  • problèmes de confidentialité ;
  • escroqueries ;
  • désinformation ;
  • effets sur la santé mentale (baisse de l’estime de soi ; sentiment accru d’isolement).

Autant de raisons pour lesquelles les DSI doivent réfléchir soigneusement à toute initiative de métavers. Dans cette optique, il convient d’échanger avec les responsables de la conformité, financiers, juridiques, des risques et de la cybersécurité.

Pensez par exemple à la manière dont les métavers vont gérer les transactions. Certaines plateformes actuelles utilisent des cryptomonnaies, tandis que d’autres – notamment les plateformes de jeux – ont leur propre monnaie, que les joueurs peuvent gagner ou acheter.

« Tous les domaines (juridique, financier, risques) doivent s’associer au DSI pour prendre les bonnes décisions stratégiques »
Jeff WongEY

« Qu’en pensent les services juridiques et financiers ? Votre entreprise peut-elle accepter les cryptomonnaies ? Comment peut-on posséder et, par conséquent, vendre un objet numérique ? Et comment une entreprise peut-elle comptabiliser cela ? », interroge Jeff Wong de EY.

Le service juridique, le service financier et le service des risques doivent tous collaborer avec le DSI pour prendre ces décisions. De même, le métavers crée de nouvelles considérations sur les questions de conformité, sur la confidentialité des données, sur les risques et les exigences de sécurité.

« Tous ces domaines (juridique, financier, risques) doivent donc s’associer au DSI pour prendre les bonnes décisions stratégiques », invite Jeff Wong.

Par ailleurs, les préoccupations en matière de durabilité environnementale augmentent. Un métavers peut être gourmand en ressources de calcul pour générer un immense espace en 3D. Et il s’appuie sur une blockchain, dont certaines sont particulièrement énergivores. Les DSI devront donc également s’attaquer à des questions difficiles concernant l’effet négatif du métavers sur l’environnement, et à l’impact carbone de ce nouvel espace.

3. Tester les différentes plateformes de métavers

Si l’on est loin d’un métavers unifié comme dans le film de Steven Spielberg de 2018 « Ready Player One » – qui a par ailleurs contribué à populariser le concept –, il est intéressant de voir ce qui existe ou ce qui est sur le point d’exister.

Pour Jeff Wong, il faut « aller voir et tester toutes les plateformes ». Les DSI doivent comprendre le paysage actuel des métavers, car il y a déjà de nombreuses différences.

Decentraland, Somnium Space, Cryptovoxels et The Sandbox sont les principales options de métavers aujourd’hui, aux côtés de plateformes « ludiques » comme Roblox, Fortnite ou Minecraft.

4. Développer des cas d’usage

Jeff Wong invite à capitaliser sur ce tour d’horizon des métavers pour concevoir en parallèle des cas d’usage, qui varieront significativement en fonction du secteur de l’organisation.

Certains cas possibles rappellent la visioconférence, mais dans un espace 3D, avec les avatars des participants et pas seulement la vidéo et la voix. Cette utilisation du métavers peut avoir des applications dans l’expérience utilisateur ou dans la formation, toujours avec l’idée de développer des interactions de plus en plus immersives.

« Vous pouvez déjà faire ce type de réunions [et] vous réunir pour brainstormer dans une salle [3D] que vous créez, avec des tableaux blancs et des post-it dessus. C’est comme si vous étiez réellement tous ensemble, assis dans la même pièce », explique Jeff Wong. Avec ces univers immersifs, « on peut [aussi] imaginer un environnement de formation pour la relation clients, où un commercial pourrait s’entraîner à réagir en situation devant un client agressif, avec une agression physique simulée ».

Bureaux virtuels d’Accenture dans un métavers – © Accenture

L’expert de EY voit également des possibilités de valorisation d’une marque, voire de nouveaux revenus à développer. Par exemple, Burberry, Balenciaga ou Gucci vendent désormais des produits virtuels, c’est-à-dire des vêtements ou des sacs entièrement numériques. Heineken vend des bières virtuelles. Exemple encore plus radical, la startup The Dematerialised ne vend que des vêtements et des accessoires numériques, en série limitée (grâce aux NFT).

5. Se préparer à une évolution permanente

« Il y a beaucoup de spéculations. Nous allons découvrir beaucoup de choses au cours des deux prochaines années. Il faut suivre tout cela. »
Marty ResnickGartner

On peut s’attendre à ce que le métavers démarre comme le web. Il est probable que les organisations commenceront par établir leur présence sur certaines plateformes, qui seront des « rampes d’accès au futur métavers » – un futur où la navigation d’un endroit à un autre du métavers global se fera de manière aussi transparente qu’avec Internet aujourd’hui.

Si tant est qu’un tel métavers unifié voie le jour. Car « il y a beaucoup de spéculations, et nous allons découvrir beaucoup de choses au cours des deux prochaines années. Il faut suivre comment tout cela va se mettre en place », conseille Marty Resnick.

6. Planifier la montée en compétences des équipes informatiques

Pour Jagjeet Gill, partenaire de Monitor Deloitte, les DSI auront également un travail à faire sur les compétences techniques pour permettre à leur organisation de passer au métavers.

Pour commencer, elles devront adopter le Web3 pour prendre en charge de nouveaux types de transactions et les monnaies virtuelles. Elles devront également assurer une intégration entre leurs architectures IT existantes et les multiples réseaux décentralisés. Enfin elles devront investir dans les technologies sur lesquels les futurs mondes s’appuieront : infrastructures cloud, connectivité 5G, IA, ML et la sécurité des données.

Sans oublier de continuer les chantiers actuels comme la gestion des données clients pour optimiser les processus « lead to cash » et pouvoir concrétiser le potentiel des données marketing que généreront les métavers (tout comme le web avec les données comportementales ou les cookies).

Dans ce cadre, les DSI devront donc renforcer techniquement leurs équipes. Il faudra certainement trouver de nouvelles compétences (ou former) – par exemple pour le langage de programmation Solidity, afin de créer des Smart Contracts sur les blockchains.

7. Aller personnellement dans un métavers

Des experts invitent également les DSI à aller personnellement dans un ou plusieurs métavers. Pour voir.

En vous confrontant directement à la réalité de ce virtuel, vous dissiperez les malentendus, trierez plus facilement le vrai du faux (et le concret du fantasme), et verrez concrètement les évolutions des plateformes. Autant de points positifs pour établir une stratégie à long terme et un business plan dans votre activité professionnelle.

De surcroît, cela ne peut qu’aider à mieux comprendre les expériences de la génération qui arrive – une génération qui ne verra pas le métavers comme une nouveauté futuriste, et pour une raison bien simple : pour elle, les métavers seront une réalité qui aura toujours été là (les « metaverse natives »).

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