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Les coûts cachés de la dette technique dans les infrastructures
La dette technique relève davantage d'un enjeu stratégique de direction que d'un simple problème de maintenance. Les entreprises qui gèrent activement leur dette technique innovent plus rapidement et réduisent leurs risques opérationnels.
La dette technique ne se limite pas à du matériel obsolète, à des logiciels anciens ou à des solutions de contournement manuelles fastidieuses ; il s’agit d’un risque métier qui menace la croissance, l’agilité et la visibilité d’une entreprise. La dette technique correspond à l’accumulation d’inefficacités et de risques liés à des systèmes obsolètes ou à une maintenance reportée, qui nécessiteront des mesures correctives à l’avenir. Selon Gartner, environ 40 % des infrastructures présentent des problèmes potentiels liés à la dette technique.
Cependant, les responsables informatiques peuvent considérer la dette technique comme une opportunité stratégique plutôt que comme un risque métier. S'attaquer à la dette technique ouvre de nombreuses perspectives, notamment dans les domaines suivants :
- Capacité d'innovation.
- Efficacité opérationnelle.
- Réduction du coût total de possession à long terme.
- Résilience et évolutivité.
Cet article aide les dirigeants à identifier les causes et l'impact de la dette technique. Il fournit également des recommandations concrètes pour aller au-delà des composants d'infrastructure hérités.
Quelles sont les causes de la dette technique dans les infrastructures ?
La dette technique résulte généralement de décisions rationnelles à court terme qui, à long terme, entraînent des coûts ou des inefficacités. Ces décisions sont souvent prises en réponse à des solutions de contournement d’urgence, à des obstacles imprévus ou à des contraintes budgétaires inattendues. En voici quelques exemples :
- Les systèmes hérités et les technologies obsolètes. Il s’agit de systèmes qui restent en production au-delà de leur cycle de vie prévu ou qui présentent des limitations de compatibilité empêchant leur modernisation. Exemple : des charges de travail critiques fonctionnant sur des versions de système d’exploitation non prises en charge, nécessitant des correctifs personnalisés ou restant sans correctif.
- Des solutions à court terme qui deviennent permanentes. Des correctifs tactiques sont déployés sous la pression des délais avec une approche du type « on s’en occupera plus tard », ou des intégrations temporaires qui deviennent des composants essentiels. Par exemple, une infrastructure de télétravail mise en place rapidement pendant la pandémie et qui reste en place sans avoir été repensée.
- Une architecture mal conçue ou fragmentée. Des environnements d’infrastructure cloisonnés qui manquent d’évolutivité ou d’interopérabilité. Exemple : des environnements distincts pour les unités opérationnelles, ce qui entraîne une fragmentation des données ou des problèmes de format.
- Une dépendance excessive vis-à-vis des processus manuels. Des opérations de provisionnement, de surveillance ou de correction dépendantes de l’intervention humaine, entraînant une augmentation des taux d’erreur et des coûts opérationnels. Exemple : les techniques manuelles de test logiciel.
- Manque de documentation et de continuité des connaissances. Perte de savoir-faire institutionnel lorsque des collaborateurs clés quittent l’entreprise, ce qui ralentit la réponse aux incidents et les efforts de modernisation. Exemple : un développeur principal quitte l’entreprise, emportant avec lui des pratiques de dépannage et des solutions de contournement non documentées.
- Dépendance vis-à-vis d’un fournisseur. Les plateformes propriétaires limitent la flexibilité et la maîtrise des coûts, créant des obstacles coûteux à la migration. Exemple : des divisions opérationnelles utilisant différents fournisseurs de services cloud, ce qui entraîne des coûts élevés en cas de consolidation vers un seul fournisseur.
- Faiblesse de la gouvernance et des normes. Absence de cadre de gestion du cycle de vie, avec des pratiques d’achat et de configuration incohérentes. Exemple : absence de plan de cycle de vie du matériel pour le remplacement programmé des ordinateurs portables de l’entreprise.
- Déficits de compétences et contraintes en matière de ressources. Les équipes manquent d’expertise ou de temps pour mener à bien la modernisation, les tâches de maintenance prenant le pas sur les initiatives de transformation. Exemple : les équipes opérationnelles ne parviennent pas à mettre en œuvre des flux de travail automatisés, car elles sont constamment accaparées par la gestion des urgences.
Ces problèmes s’accumulent insidieusement jusqu’à ce que leur impact sur l’activité devienne inacceptable, ce qui conduit souvent à des efforts de modernisation coûteux, mais inévitables.
Quel est l’impact métier de la dette technique dans les environnements hérités ?
L’impact métier des composants hérités est simple : ils freinent la croissance, augmentent les coûts, compromettent la sécurité et entravent l’innovation. Ne pas remédier à ces problèmes expose les entreprises à des risques de sécurité, entrave l’agilité métier et ralentit les tâches quotidiennes des équipes d’exploitation informatique.
Examinons les obstacles et les points sensibles suivants.
Les travaux de maintenance prennent le pas sur les investissements dans l’innovation, mobilisant un temps précieux des ingénieurs pour assurer le support et la maintenance de systèmes hérités qui ne peuvent ni tirer parti des flux de travail automatisés ni s’y intégrer. Cela se traduit par un ralentissement des lancements de produits et de la réactivité face au marché. Le coût des opportunités perdues est invisible, mais considérable.
L’un des aspects de cette perte d’opportunités concerne l’intégration de technologies modernes telles que l’IA et la gestion des données. La modernisation est une condition préalable à la mise en œuvre d’une stratégie d’IA. Ne pas s’attaquer à la modernisation bloque les intégrations critiques de l’IA. L’infrastructure héritée ne dispose pas de l’architecture nécessaire pour fonctionner avec les technologies plus récentes, ce qui laisse les données enfermées dans des silos.
Les ingénieurs préfèrent les environnements modernes qui réduisent la fatigue et proposent des projets intéressants, plutôt que des travaux de maintenance réactive qui les font reculer au lieu de les faire avancer. Attirer des talents modernes permet d’apporter des idées et des connaissances actuelles au sein de l’environnement.
Les systèmes non pris en charge et non mis à jour créent des failles de sécurité, augmentant ainsi le risque de violation et les coûts de remédiation. Ils accroissent également la complexité des audits et de la conformité. Enfin, ils témoignent d’un manque de gouvernance responsable susceptible d’entraîner une atteinte à la réputation.
Les entreprises qui cherchent à acquérir d’autres entreprises — ou à être rachetées par celles-ci — peuvent se heurter à des défis accrus en raison de coûts de remise en conformité cachés et d’une intégration plus lente, ce qui réduit la valeur de l’acquisition en raison des charges liées à la modernisation, des coûts opérationnels et des risques de sécurité.
Les coûts opérationnels augmentent, notamment les dépenses liées à la maintenance, aux licences et à l’énergie, souvent en raison d’une utilisation inefficace de l’infrastructure. Ces inefficacités ont un impact direct sur les initiatives en matière d’informatique verte et d’infrastructures économes en énergie.
Cependant, les responsables informatiques peuvent gérer de manière stratégique la dette technique identifiable et mesurable s’ils comprennent les enjeux et préparent l’entreprise à y faire face.
Comment identifier et quantifier la dette technique liée à l’infrastructure ?
Les responsables informatiques peuvent adopter une approche en trois volets pour quantifier la dette technique et préparer l’entreprise à y remédier.
Étape 1/ Suivi des indicateurs
- Pourcentage de systèmes non pris en charge ou en fin de vie.
- Rapport entre les dépenses de maintenance et celles consacrées à l’innovation.
- Fréquence des incidents et délai moyen de résolution.
- Opérations manuelles vs opérations automatisées.
- Indicateurs de complexité d’intégration.
Étape 2/ Mise en place de mesures alignées sur les objectifs métier
- Coût ajusté au risque des retards de produit.
- Comparaison du coût total de possession des systèmes hérités et des systèmes modernes.
- Évaluation du retard accumulé en matière de modernisation.
Étape 3/ Mettre en œuvre des pratiques de gouvernance
Ces pratiques doivent attribuer des responsabilités et définir des mesures à prendre pour réduire la dette technique.
- Registres de la dette technique.
- Politiques de gestion du cycle de vie.
- Tableaux de bord de l'état de santé de l'infrastructure.
La mesure de la dette technique est une condition préalable à la hiérarchisation des priorités et au financement, permettant ainsi à l'entreprise de se préparer à un plan d'action visant à gérer ce problème.
Quelles approches pour gérer la dette technique liée à l’infrastructure ?
Une fois la dette technique identifiée et quantifiée, l’étape suivante consiste à mettre en place un cadre décisionnel pour la gérer. Utilisez les cinq approches suivantes lors de la refonte des systèmes et pratiques hérités :
1/ Adoptez une stratégie de modernisation basée sur un portefeuille. Considérez l’infrastructure comme un portefeuille financier, en hiérarchisant les risques, les coûts et la valeur stratégique.
2/ Mettez en place une gouvernance structurée du cycle de vie de l’infrastructure. Définissez des cycles de renouvellement et des politiques de mise hors service afin de créer une feuille de route pour l’infrastructure alignée sur la stratégie métier.
3/ Investissez dans la standardisation et l’automatisation des plateformes. Des pratiques de gestion de l’infrastructure cohérentes et automatisées réduisent la complexité opérationnelle, améliorent l’évolutivité et renforcent la résilience.
4/ Mettez en place une responsabilité transversale. Une responsabilité couvrant les services informatiques, la sécurité, les finances et les unités opérationnelles garantit une responsabilité et des attentes partagées, en liant la modernisation à des résultats métier mesurables.
5/ Financez la modernisation en tant que source de création de valeur. Changer les mentalités pour passer d’une vision de centre de coûts à celle d’un moteur de croissance, en définissant la modernisation comme un investissement stratégique positif plutôt que comme un coût de maintenance.
La mise en place d’un plan d’action pour gérer la dette technique prépare l’entreprise à une croissance future et à des opérations rentables.
Ce conseil est initialement paru en anglais sur TechTarget.
