Comment la CDC devient petit à petit un pivot de la Blockchain en France

Institution française très engagée dans la Blockchain depuis 2015, la Caisse des Dépôts et Consignations se tourne vers l'IRT/SystemX pour aborder une nouvelle phase de développement de son LabChain : la mise en production.

Vénérable institution financière créée en 1816, la Caisse des Dépôts et Consignations s'est intéressée très tôt à la blockchain. Dès décembre 2015, la Caisse rendait publique la création d'un laboratoire d'innovation dédié aux registres distribués, créé en liaison avec une poignée de banques et assureurs français, le LabChain.

Promesses de désintermédiation

A la tête de cette stratégie, Nadia Filali explique pourquoi la CDC et ses partenaires se sont penchés sur une technologie initialement créée pour "disrupter" le secteur financier traditionnel. « Le monde de la finance s'est intéressé à la blockchain pour le volet cryptomonnaies. Par définition, les monnaies intéressent les banques. Mais le deuxième point était la promesse de désintermédiation, la promesse de pouvoir réaliser une transaction financière en 10 minutes, contre 2 à 3 jours habituellement ».

Des acteurs nous sollicitent pour entrer dans le consortium. Généralement ils y entrent sans contraintes liées à la concurrence
Nadia Filali, CDC

La responsable estime que LabChain est désormais le premier consortium européen dédié à la blockchain dans le secteur finance/assurance qui ne soit pas commercial.

Aux premiers membres qui se sont ralliés au LabChain (BNP Paribas, groupe BPCE, Crédit Agricole, CNP Assurances, Axa, Croissance Plus, Cellabz, Paymium et Blockchain Solutions) se sont joint de nombreux autres acteurs. Le consortium àcompte aujourd'hui 32 partenaires.

« Nous faisons participer des banques, des assureurs, des mutuelles, des "assets managers" et des start-ups. Ces dernières ne financent pas le consortium. Elles sont au contraire financées pour leur travail. Des acteurs nous sollicitent pour entrer dans le consortium et généralement ils y entrent sans contraintes liées à la concurrence ».

LabChain fait travailler les métiers directement avec les développeurs Blockchain

Dans la constitution de ce consortium, Nadia Filali a souhaité privilégier la mixité dans les équipes. « Nous avons volontairement demandé aux partenaires de LabChain de faire participer en priorité leurs opérationnels pour ne pas nous retrouver entre chargés d'innovation. Il s'agissait de faire travailler directement ces opérationnels avec les développeurs des startups qui étaient, au départ, les seuls à bien maitriser le sujet. Progressivement, nous avons fait venir les gens de l'IT. Puis les juristes».

L'idée est bien d'utiliser cet outil pour diffuser cette "culture Blockchain" auprès des équipes internes et des métiers des membres du consortium, un mode de diffusion transversale de l'innovation pas si simple à promouvoir dans le secteur financier.

LabChain reste totalement dédié à l'expérimentation et à la R&D. Il n'a pas vocation à produire des solutions commerciales. Aux membres de créer des spin-offs s'ils souhaitent mettre sur le marché les démonstrateurs.

C'est par exemple le cas de neuf membres (dont la CDC) qui ont créé une FinTech, LiquidShare, dont la vocation est de développer une infrastructure blockchain post-marché pour les PME.

Autre activité du consortium : celui de Think Tank. Ses membres peuvent réfléchir sur des sujets plus prospectifs. Le dernier en date a été celui des ICO (Initial Coin Offering) sur lequel les membres de LabChain vont travailler avec le régulateur qui planche actuellement aux prochaines évolutions de la réglementation française sur la question.

La CDC se rapproche du secteur de la recherche en informatique

Néanmoins, LabChain n'est pas qu'une "usine à PoC". Ses membres s'intéressent de plus en plus aux problématiques liées au déploiement de blockchains B2B, et surtout de leur montée en charge à grande échelle.

LabChain s'intéresse de plus en plus aux déploiements et à la scalabilité des blockchains B2B pour aller au-delà des PoC

C'est la raison pour laquelle Nadia Filali s'est rapprochée de l'IRT SystemX. « Il nous est apparu qu'il était aussi important de travailler avec la recherche. Nous avons donc souhaité nous rapprocher de l'IRT SystemX. Mettre en place une coopération entre le monde de l'entreprise et la recherche n'est pas simple, mais il est fondamental de pouvoir nous appuyer sur des chercheurs pour comprendre comment véritablement mettre en place des blockchains en production et aller au-delà des PoC ».

L'institut de recherche a démarré ses travaux sur la blockchain fin 2016. Il aligne déjà une vingtaine d'ingénieurs/chercheurs spécialisés dans les technologies blockchain appliquées à trois domaines : la mobilité, l'énergie et la finance, avec des partenaires tels que PSA, La Poste et, donc, la Caisse des Dépôts.

Cette montée en puissance de la recherche française sur la Blockchain s'est traduite par le rapprochement de SystemX, de l'Inria, Télécom ParisTech et de Télécom SudParis dans le cadre de l’initiative commune de recherche BART (Blockchain Advanced Research & Technologies) qui a été ratifiée le 6 mars dernier.

Blockchain, une technologie pour moderniser l'IT bancaire

A l'arrivée de la Blockchain, beaucoup d'acteurs du secteur financier ont commencé par travailler sur les applications de cette technologie dans la gestion de titres. Mais pour Nadia Filali, l'effort porte maintenant plus sur ses apports à l'amélioration des processus de gestion post-marché et dans le middle office.

« Ce qu'apporte la blockchain c'est la transparence, mais avec cette petite particularité que nous ne sommes pas censés donner l'ensemble des informations relatives aux échanges financiers entre acteurs. Néanmoins, il y a un besoin de transparence vis-à-vis des régulateurs. Des recherches sont encore en cours, mais les technologies actuelles permettent déjà de bien gérer la confidentialité sur la blockchain.»

La blockchain apporte la transparence, avec cette particularité que nous ne sommes pas censés donner l'ensemble des informations relatives aux échanges
Nadia Filali, CDC

De même, si Nadia Filali ne s'intéresse pas directement au bitcoin en lui-même, les cryptomonnaies présentent de nombreux aspects qui intéressent les membres du consortium LabChain.

« On parle beaucoup du bitcoin, mais le plus important, c'est ce que vont apporter les cryptoactifs en termes de gestion de tokens. Ces apports peuvent s'avérer très importants quant au développement de l'économie circulaire et collaborative. C'est pour cela qu'il faut s'intéresser aux cryptomonnaies. On s'intéresse à la fois à la blockchain en tant qu'outil pour l'amélioration de notre SI mais aussi en tant qu'opportunités potentielles sur certaines activités ».

Les minibons - ces moyens de financement participatifs annoncé par le gouvernement en 2016 - illustrent ce type de nouveaux usages des Blockchains. Le prototype est en phase de test auprès de sept plateformes.

 Sur le même registre, LabChain a développé un démonstrateur avec l'IRT SystemX avec une place de marché pour les Green bonds (obligations vertes). Ce projet de place de marché a plusieurs enjeux - en termes de gestion de risque, mais aussi de certifications, car il n'existe pas encore de norme pour ces titres. Le démonstrateur a été présenté fin janvier. Nadia Filali discute aujourd'hui avec les différents acteurs - investisseurs, émetteurs voire certificateurs - pour aller au-delà du stade de démonstrateur et lancer ce marché des Green bonds sur une Blockchain.

La Caisse des Dépôts mène son propre programme interne de développement pour les besoins de ses directions métier (le programme « BLoCDChain »). Mais pour Nadia Filali, les partenariats restent la clé.

« Développer une blockchain pour soi-même n'a pas de sens. La blockchain n'est réellement intéressante que lorsqu'on est dans un process de décentralisation et qu'il s'agit de mettre en lien des acteurs diversifiés qui ne sont pas nécessairement sur un même processus. »

Quand la blockchain devient enjeu de compétitivité internationale

Pour la responsable Blockchain de la CDC, monter en puissance sur les technologies Blockchain devient un enjeu de compétitivité pour la France et pour l'Europe.

Une blockchain pour soi n'a pas de sens. Elle n'est intéressante que dans un process de décentralisation, pour mettre en lien des acteurs diversifiés qui ne sont pas sur un même processus
Nadia Filali, CDC

Plus de 8.500 personnes ont assisté à la dernière conférence sur la Blockchain Consensus 2018 et certains pays du Golfe font actuellement des investissements massifs dans ces technologies qui représenteront, du fait du très large spectre d'applications possibles, un marché de près de 20 milliards de dollars à l'horizon 2025, selon Research and Markets.

Même si ce marché est encore très immature, et que bon nombre de projets ne dépasseront pas le cap des PoC (si ce n'est du slideware), c'est aujourd'hui que se dessinent les leaders de demain. « Tout le monde travaille sur le sujet, avec plus ou moins de réalité. Et c'est pour cela qu'il faut mener des projets ensemble. Il faut se mettre en ordre de marche sans faire l'erreur de dupliquer les mêmes projets chacun de son côté, pour des raisons de petits profits qui ne sont pas des bonnes raisons à mon sens » avertit Nadia Filali avec sagesse.

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