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Télétravail : dans les secrets de Rothschild & Co (2/2 : déconfinement)

La banque a réussi à passer sans encombre ses bureaux, partout dans le monde, en travail à distance. Cette nouvelle organisation s’annonce comme un « changement de paradigme » durable chez Rothschild & Co.

La banque Rothschild & Co, connue pour sa discrétion, nous a exceptionnellement ouvert ses portes pour partager avec vous les secrets de son organisation interne sur le télétravail. Ce retour d’expérience – avec le témoignage de son Group CIO, Ludovic De Borne de Grandpré – est publié en deux parties sur LeMagIT (la première aborde la manière dont la banque s’est très rapidement mise en mode confinement). Cet article est néanmoins disponible en intégralité au format PDF et en téléchargement gratuit ici.

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« Changement de paradigme »

Avec le COVID, l’utilisation de la visioconférence de la banque a bondi. « Nous avons multiplié par deux et demi notre volume [de communications sur BlueJeans] », évalue Ludovic de Grandpré, « et notre contrepartie nous en envoie aussi de plus en plus. […] Il y a aujourd’hui énormément de Zoom depuis les États-Unis. Ce n’est pas nous qui les initions, mais nos clients. En tout cas le monde a passé une marche gigantesque dans la visioconférence et le travail à distance ».

Ludovic de Grandpré n’hésite pas à parler d’un « changement de paradigme » (sic).

« Normalement, par exemple, j’ai 70 personnes dans mon équipe. Là [N.D.R. : le 20 avril], il n’y a personne au bureau », illustre-t-il. « Nous avons prouvé que nous étions capables de travailler à distance et de continuer à assurer nos fonctions […] Nous avons passé deux marches dans le télétravail, c’est absolument évident ».

« Le lien passe énormément par l’image. J’impose que toutes nos réunions soient en visio. Il ne faut pas perdre ce contact physique. »
Ludovic De Borne de GrandpréRothschild & Co

Pour lui, la visioconférence (de BlueJeans donc) est un moteur majeur de ce mouvement, qui s’appuie aussi en interne chez Rothschild & Co sur Microsoft Teams. « Garder le contact va au-delà des mails. C’est avoir des réunions, être ensemble, se voir », constate-t-il. « À mon avis, le lien passe énormément par l’image. J’impose que toutes nos réunions soient en visio. Il ne faut pas que l’on perde ce contact physique ».

Déconfinement et « Balance » pour tous

Pour le déconfinement qui se profile, Ludovic de Grandpré proposera à l’ensemble de la banque le programme « Balance » – non plus pour des raisons d’équilibre – « mais parce qu’on sait qu’il va y avoir des étapes et des périodes. Donc on généralise le programme ».

D’autant plus qu’il n’y aura plus, physiquement, au-delà de 50 % des collaborateurs en même temps à la banque. « Nous allons faire des équipes A et des équipes B » prévoit le DSI de Rothschild & Co.

Bloomberg, pour la continuité des ordres et des positions

Rothschild & Co est une des premières banques du marché qui, il y a dix ans, a décidé d’utiliser la plateforme Bloomberg pour ses passages d’ordres et la tenue de positions.

« Comme nous avons des accès remote à Bloomberg, nous étions sûrs de pouvoir trader directement dans Bloomberg. Cela faisait partie du plan de continuité d’activité (DR) pour une de nos activités extrêmement critique ».

D’ordinaire, les ordres passent par un système interne de Rothschild & Co, qui les déverse ensuite dans Bloomberg. « Mais là, même si notre système tombait, nous pouvions les passer directement sur la plateforme ».

Ceci étant, Ludovic de Grandpré n’imposera rien. « Il n’y aurait rien de pire […] C’est un aspect RH, mais je n’ai pas envie de créer du stress pour les gens. Donc à partir du 11 mai, je dis aux équipes “faites ce que vous voulez”. Si ça vous stresse, si vous n’avez pas envie de prendre les transports en commun, si vous avez encore des enfants à la maison, ne venez pas. Mais si vous avez envie de revenir au bureau – il y a des gens qui sont plus sociaux –, je laisse la porte ouverte. Aux gens de décider ce qu’ils ont envie de faire. Moi je sais que l’on peut délivrer à distance ».

Autre point clef, le déconfinement n’est pas la fin des incertitudes. Loin de là. « Personne ne sait comment cela va se passer exactement », analyse Ludovic de Grandpré qui anticipe de nouvelles vagues de confinement. « Donc on se prépare. Tout le monde a son laptop. Tout le monde peut avoir son “kit balance”. On verra après. Je ne sais pas ce que décidera le gouvernement, mais ce n’est pas grave. Nous serons prêts ».

Agitation inutile

À plus long terme encore, le télétravail pourrait bien devenir une norme. Chez Rothschild & Co comme ailleurs. Ludovic de Grandpré y croit dur comme fer.

« Je ne sais pas ce que décidera le gouvernement, mais ce n’est pas grave. Nous serons prêts. »
Ludovic De Borne de GrandpréRothschild & Co

« Typiquement, je passe trois jours à Londres et deux jours à Paris par semaine. Après deux semaines de confinement, je me dis : “mais ce rythme-là n’est-il pas complètement stupide ?” » se demande-t-il aujourd’hui.

Une question pour la forme à laquelle il répond sans hésitation par l’affirmative.

« Je n’irai plus là-bas qu’une fois tous les quinze jours parce qu’on sait maintenant que cela peut fonctionner comme cela. Il y aura moins de déplacements et de voyages. Les gens vont à mon avis se rendre compte que cette espèce d’agitation n’est peut-être pas si nécessaire ».

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