Craig Muzilla (JBoss) : "La plupart des offres de cloud sont aujourd'hui limitées"

En visite à Paris, Craig Muzilla, vice-président de la division Middleware (JBoss) chez Red Hat, a accepté de rencontrer le MagIT. Il répond à nos questions sur les dernières annonces de la firme en matière de Cloud, CloudForms et OpenShift, de ses attentes, du marché du cloud et enfin du futur encore incertain de Java.

LeMagIT : Pouvez-vous revenir que les offres CloudForms et OpenShift annoncées au Red Hat Summit 2011 ?
Craig Muzilla : CloudForms est une offre complète d'infrastructure as a service qui permet aux entreprises de construire un cloud privé. Nous le commercialisons également auprès des opérateurs de cloud ainsi qu'aux entreprises souhaitant développer des offres de Cloud public. Il crée une couche de gestion d'infrastructure qui permet de porter des images vers le cloud, de les rendre scalable et de gérer les couches sous-jacentes, pour créer au final une abstraction des ressources informatiques et de stockage. Il comprend également des outils de sécurité ainsi des fonctions de monitoring d'activités. Et tout cela s'intègre aux politiques de l'entreprise.
OpenShift quant à lui est un Paas public. Il existe trois familles dans OpenShift : la première Express que nous proposons gratuitement. D'un faible périmètre fonctionnel, elle permet de développer une application à portée réduite. La seconde s'appelle Flex, et fournit davantage de fonctions pour ajuster l' application. La troisième, Power, fournit le même niveau de flexibilité qu'avec une Offre IaaS, en termes de gestion des images et de la configuration.
Une des caractéristiques de CloudForms est l'intégration des API Delta Cloud que nous poussons comme des interfaces standards. Nous travaillons avec l'IEEE et la DMTF afin de faire de Delta Cloud des API standards pour le Cloud Computing. Des industriels collaborent au projet.
Le moteur d'OpenShift repose quant à lui sur JBoss. Ce que nous proposons donc, c'est JBoss, un serveur d'application J2EE, accompagné d'un grand nombre d'outils, comme le portail, le messaging, un ESB pour l'intégration, du BPM et de l'intégration de données. Et toutes ses fonctions sont disponibles en tant que services dans OpenShift. Nous supportons également une grande variété de langages, pas seulement Java, mais Ruby, PHP, Python.

Il faut ajouter qu'un des problèmes du cloud aujourd'hui est que tout le monde propose des API propriétaires, les API d'administration mais également celles portant sur le développement. Ce qui rend très difficile les migrations d'un cloud vers un autre ou de migrer d'un cloud privé vers un cloud public. Nous souhaitons donc faciliter cette migration d'applications d'un nuage à l'autre. Et faire donc de Delta Cloud des API de référence.

LeMagIT : Comment cela s'insère-t-il dans la stratégie de JBoss et Red Hat ?
C.M : L'un des items les plus importants pour nous est la gamme JBoss. Car nous disposons d'une large base de développeurs, déjà adeptes de la technologie. Plusieurs centaines de millions de téléchargements de notre technologie sont effectués, et ce taux double tous les ans. Et les éléments de JBoss sont désormais accessibles dans le Cloud. Une des caractéristiques est que si vous développez sur J2EE, vous pouvez le faire on-premise puis migrer vos développements dans le Cloud, sur OpenShift. Vous pouvez également réaliser l'opération inverse : rapatrier les travaux on-premise. Donc les technologies JBoss permettent de combiner les méthodes traditionnelles du on-premise à celles du Cloud. Il s'agit d'une de nos spécificités par rapport aux autres clouds publics du marché.

LeMagIT : Quel est le niveau d'intégration des technologies de Makara dans OpenShift ?
C.M : Cela est très connecté aux technologies de Makara. Nous avons racheté cette société il y a presque un an. Makara fournit une offre de Paas, implantée dans le monde Java et c'est pour raison que nous l'avons implémentée dans OpenShift. Certaines fondations d'Openshift reposent sur les technologies de Makara. La marque a été fondue dans Red Hat, pour une expérience plus globale. Mais Makara représente une part importante dans OpenShift. Toute l'offre Flex d'OpenShift repose par exemple sur les technologies de Makara, qui sont donc complètement intégrées à notre stack.

LeMagIT : Le marché du Paas est l'un des segments clés pour les fournisseurs de Cloud. Quelle sera la prochaine étape pour JBoss ?
C.M : Nous allons nous concentrer à court terme sur l'évolution du coeur de JBoss, le JBoss Enterprise Application Platform, certifié J2EE 6. Il repose que le framework CDI que nous développons avec le JCP. Il offrira un agencement dynamique des services, ce que nous appelons les microservices containers. Nous travaillons à finaliser la version Community qui comprend EAP 6. La version commerciale s'appellera JBoss AS 7. Et cela sera intégré à OpenShift et ce très prochainement, d'ici quelques semaines.

LeMagIT : Comment positionnez-vous le Paas JBoss face aux concurrents tels que Salesforce par exemple ?

Résumé de la vidéo : Craig Muzilla rappelle que Salesforce utilise surtout un langage et une technologie propriétaire, rendant difficile toute migration des développements en dehors de sa plate-forme.

 

LeMagIT : Et à propos de VMware ?
C.M : VMware est certes un vrai concurrent avec CloudFoundry sur le terrain du Paas. Mais nous proposons l'ensemble du portefeuille JBoss dans le Cloud alors que VMware repose seulement sur le framework Spring et un simple container. Donc la variété de services que nous mettons à disposition est bien plus grande et nous supportons un plus large choix de modèle de développement et d'API. Nous entretenons un long historique avec les entreprises. Avec SpringSource, VMware a quant à lui un historique dans les API, mais pas forcément dans l'environnement d'exécution, une expertise que propose JBoss. De plus, nous nous reposons sur un processus Open Source et donnons accès à une communauté ainsi qu'au code source. Ce qui n'est pas forcément le cas pour VMware. Leur technologie de virtualisation, qui constitue le socle de leurs offres, est propriétaire. Nous utilisons quant à nous KVM (un hyperviseur Open Source, N.D.L.R.).

LeMagIT : Vous avez noué une alliance avec Eucalyptus pour les déploiements de clouds privés. Comment considérez-vous le choix d'Ubuntu d'opter pour OpenStack ?

C.M : Ubuntu a certainement considéré que certaines technologies étaient concurrentes. Il s'agit peut-être d'une dynamique particulière, car nous sommes concurrents sur la partie Linux. Cela peut-être une réponse de défensive.

LeMagIT : Red Hat est-il un gros contributeur au projet Apache Delta API ?
C.M : Nous sommes actuellement le principal contributeur au projet, oui.

LeMagIT :Quelles sont vos attentes financières en matière de Cloud ?
C.M : Il est difficile de savoir comment le marché du Cloud va évoluer. Nous savons que cela aura un impact majeur sur nos revenus dans le futur, mais nous n'avons pas d'attentes sur le court terme. Nous estimons qu'il est important de proposer des offres sur ce segment, tant sur le cloud public que privé, qu'en matière d'Iaas et de Paas. En ce qui concerne le Paas, notre objectif est désormais de construire une base d'utilisateurs, de créer un intérêt pour les développeurs et d'attirer les partenaires. Et nous avons un bon savoir-faire en la matière grâce à notre expertise Open Source. Puis nous commencerons à monétiser cela progressivement. Et seulement là, le cloud comptera pour une partie significative de nos revenus. Mais aujourd'hui nous ne communiquons nos prévisions en la matière.

LeMagIT : Pouvez-vous nous décrire le programme Cloud Access ?

Résumé : Craig Muzilla explique les intérêts du programme de support Cloud Access et des différents modèles économiques visés avec les technologies de Cloud du groupe.

LeMagIT : En tant qu'acteur-clé dans l'éco-système du Cloud, considérez-vous que le cloud manque de quelque chose ?
C.M : La sécurité est toujours un problème, mais finalement peut-être pas autant que cela est rapporté. Les données sont également un problème. Les utilisateurs sont toujours préoccupés par l'exposition de leurs données à l'extérieur, dans un cloud. L'idée des sources de données dans le Cloud est actuellement en train d'évoluer. Il est peu probablement que les utilisateurs utilisent les traditionnelles bases de données relationnelles dans le Cloud. Les concept de Big Data, de NoSQL, de cache distribué, de données en mémoire vont devenir clé dans un modèle global. L'offre est aujourd'hui réduite, mais elle évolue rapidement. […] Je dois également dire que la plupart des offres de cloud sont aujourd'hui limitées, au niveau des services proposés. Je peux placer mon code dans un container et créer des applications simple,s mais comment faire pour créer quelque chose de plus complexe, qui nécessite d'orchestrer des processus métiers, ou repose sur des transactions qui doivent être contrôlées. Ces types de services ne font qu'arriver. Alors que de notre côté, nous proposons un portefeuille technologique étendu. Les autres clouds n'ont pas encore cette richesse fonctionnelle. Red Hat a donc sa carte à jouer.

LeMagIT : Comment considérez-vous le futur de Java ?
C.M. : IL est très difficile de le savoir. Mais nous sommes très optimistes. Nous ne sommes pas assurés que la communauté reste soudée et influente et et nous ne maîtrisons pas les actions et les choix d'Oracle. Mais nous restons très optimistes. Des discussions sont actuellement en cours afin de créer une gouvernance plus ouverte au sein du JCP [Java Community Process, N.D.L.R.], plus démocratique et plus flexible. Le JSR 348 [Java Specification Requests qui détermine les évolutions de la plate-forme Java et du JCP, N.D.L.R.] devrait aider à donner un nouveau socle au JCP. Oracle a été très actif, y compris avant l'acquisition de Sun, dans le processus d'ouverture. En fait, en 2007, Oracle a écrit une lettre ouverte au JCP, demandant à Sun d'ouvrir un peu plus les processus. Nous restons donc optimistes et espérons qu'Oracle poursuive cette idée d'ouverture. Nous restons également optimistes, car il y a 5 ans, sous l'ère Sun, le JCP était devenu stagnant. En 12 mois, avec Oracle, nous avons défini les spécifications J2EE 7 et annoncé J2EE 8, des JSR se sont formées. Il y a donc du mouvement, et les dialogues entre éditeurs sont plus nombreux qu'ils ne l'étaient dans le passé, comme avec IBM par exemple.

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