Laurent Charreyron, MicroFocus : "il faut optimiser la production"

Quand plus rien ne va, le mainframe est là. Telle pourrait être la devise des éditeurs qui gravitent autour de l'ancêtre et de son langage phare, le Cobol. C'est le cas de MicroFocus, spécialiste de la modernisation d'applications Cobol, qui a profité de la crise pour rafler quelques concurrents et se bâtir, à coup de rachats, une seconde activité, dans le test logiciel. Un domaine où il aura fort à faire face à HP ou IBM.

Moins de six mois après le rachat des activités tests et qualité logicielle de Compuware et la reprise de Borland, rencontre avec le nouveau directeur général de MicroFocus en France, Laurent Charreyron. Un dirigeant bien placé pour porter un œil neuf sur cet éditeur spécialiste du langage Cobol, puisqu'il n'est lui même en poste que depuis le début de l'été, en provenance du spécialiste des clients légers Wyse. En France - le second pays européen pour l'éditeur -, MicroFocus emploie environ 50 personnes, mais est présent chez de très grands comptes de l'Hexagone. La plupart de ceux qui possèdent un patrimoine applicatif en Cobol...

charreyronLeMagIT : suite à ces rachats, quel est le nouveau profil de MicroFocus ?

Laurent Charreyron : L'entreprise réalise en année pleine environ de 450 millions de dollars de chiffre d'affaires (avec les derniers rachats, ndlr), à 60 % dans notre cœur de métier, autour des applications Cobol. Le reste provient de notre activité de test, que nous avons bâtie en utilisant nos revenus très récurrents pour effectuer des rachats technologiques. Dont dernièrement ceux de Borland et d'une division de Compuware, mais on pourrait également citer celui de Netmanage (connectivité avec les grands systèmes, ndlr).

Si le Cobol n'est pas un monde en extension - notre moteur de croissance sera plutôt le test -, cela reste une activité où la demande est forte. Avec des questions typiques comme : comment ces applications Cobol - un langage qui va bientôt avoir cinquante ans - s'insèrent-elles dans de nouvelles architectures ? Les porter ou les réécrire s'avère souvent trop cher et trop dangereux, car ces applications sont la plupart du temps très critiques.

LeMagIT : Quels effets ont eu la crise tant sur les ventes de nouvelles licences que sur les prix ?

L.C. : MicroFocus a été peu affecté. Parce que nous contribuons à maîtriser les budgets IT. Quand on regarde tout le chemin parcouru par la production depuis quelques années, on se rend compte que la seule chose qui reste à optimiser, c'est cet éléphant dans le couloir ! D'autant que la question peut vite devenir essentielle : quand on expose une application mainframe sur le Web - par exemple un système de réservation aérienne -, on voit la consommation augmenter. Pour ne pas avoir à racheter des MIPS (puissance de calcul, ndlr) à IBM, il faut décharger le mainframe de certaines applications, par exemple en migrant les environnements de développement. Soit sur un autre système, soit au sein d'une partition Linux sur le mainframe. Ce sont des offres que nous proposons avec nos partenaires intégrateurs. Et c'est un métier où on travaille avec des contrats à engagements de résultat.

LeMagIT : Vous arrivez sur le marché du test, avec une offre assemblée par rachat. N'est-ce pas un peu tard face à des mastodontes comme HP ou IBM ?

L.C. : Ce marché est clairement dominé par Mercury, aujourd'hui passé dans le giron de HP. Nous ne sommes pour l'instant que des challengers, avec une offre qui dépasse les seuls tests pour couvrir tout le cycle de vie des applications, notamment avec des outils d'analyse du patrimoine. Notre gamme est en train d'être intégrée, avec d'ailleurs peu de recouvrements entre les technologies héritées de Borland et celles venues de Compuware. Par exemple, la gestion des exigences est beaucoup plus fine dans les outils rachetés à Borland.

En complément:

- Avec les rachats de Borland et Compuware, MicroFocus prône l'ouverture

- Mainframe : MicroFocus rachète Relavitivity et ses outils COBOL

Pacbase, une mort programmée qui inquiète
En 2015, Pacbase, atelier de génie logiciel (AGL) générant du Cobol, ne sera plus supporté par IBM. "Un sujet majeur pour de nombreux grands comptes", estime Laurent Charreyron, directeur général pour la France de MicroFocus. Et une épine dans le pied d'IBM pour qui il s'agit d'un problème quasiment confiné à la France, où cet AGL est très utilisé, notamment par de grandes banques ou assurances. Pour s'en sortir, IBM a lancé un plan dit de convergence, passant par la mise à disposition d'un éditeur de Cobol natif (Rational Developper for Z) doté d'une vue Pacbase. Cette solution, attendue pour 2011/2012, garantirait la reprise à l'identique du patrimoine applicatif, évitant de coûteux tests de non-régression. "On est en discussion avec nos grands clients pour voir ce qu'ils attendent", explique de son coté le directeur général France de MicroFocus, qui envisage des migrations vers Java dans certains cas. Une façon de rester à l'affût d'un marché potentiellement gigantesque dans l'Hexagone.

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