HPE cède ses logiciels non stratégiques à Micro Focus

HPE conserve OneView et Helion et confirme son recentrage sur l’infrastructure et le Cloud. Micro Focus gagne des actifs comme Mercury et peut s’installer sur un marché où il n’est pas présent : le Big Data.

Étape majeure dans la transformation de HPE. Le groupe américain a annoncé sa décision de se séparer de ses activités logicielles qui n’étaient plus considérées comme stratégiques, pour les céder au Britannique Micro Focus, dans une opération évaluée à quelque 8,8 milliards de dollars. Dans le cadre de cette transaction, MicroFocus versera 2,5 milliards de dollars à HPE, le reste en actions. Dans le cadre de ce spin-off, les actionnaires de HPE contrôleront  50,1 % de la nouvelle société issue de la fusion – Micro Focus donc.

Pour HPE, cette transaction constitue une nouvelle étape de la stratégie déclinée par Meg Whitman, la CEO de HPE. Depuis la scission de HP en deux entités, HPE (technologies et services aux entreprises) et HP Inc , HPE s’est aussi séparé de ses activités de services aux entreprises, cédées à la SSII américaine CSC en mai dernier.

Avec la cession des logiciels considérés comme non stratégiques, la CEO de HPE met ainsi en musique sa stratégie qui consiste à recentrer HPE autour de l’infrastructure et du Cloud hybride.  HPE explique ainsi céder ses actifs logiciels liés aux domaines de l’Application Delivery Management, au Big Data, à la sécurité des entreprises, à la gestion et à la gouvernance de l’information, et enfin à la gestion opérationnelle. Autrement dit, HPE ne conserve que les outils de gestion d’infrastructure, tels que Oneview et bien sûr Helion (qui regroupe tous les logiciels Cloud de la marque, dont sa déclinaison OpenStack).

Dans la pratique Microfocus hérite des lignes de produits suivantes : ALM, AppPulse (surveillance des performances applicatives) ; IDOL, Vertica, Haven OnDemand (pour le Big Data) ;  Fortify, ArcSight, Atalla, Voltage (ces deux  derniers portent sur le chiffrement) ; Digital Safe, Data Protector (gestion de l’information) ; Service Manager et Service Anywhere (ITSM), Datacenter Automation, Cloud Orchestration (gestion des opérations IT).

Concrètement, HPE compte désormais se recentrer sur les segments des serveurs, du stockage, du réseau, des systèmes convergés (à l’image de Synergy) et enfin dans le déploiement de Clouds privés sur mesure (avec hybridation).

« Le logiciel est encore essentiel dans notre stratégie pour aller de l’avant, mais nous avons besoin des bons éléments pour gagner sur nos marchés cibles. En avançant ainsi, nous allons doubler la mise sur le potentiel de nos logiciels qui motorisent nos solutions d’infrastructure, nous différencient, et sont essentiels dans un environnement Cloud », a précisé Meg Whitman sur le site de HPE.

Suse : Linux préféré et co-développement

Cette transaction comporte également un volet propre à Suse, l’éditeur Linux dans le giron de Micro Focus depuis le rachat d’AttachMate.  Dans le cadre de cette fusion, un accord commercial a été scellé entre l’éditeur et HPE qui prévoit que Suse soit le « partenaire Linux préféré » de HPE. En outre des travaux de codéveloppement sont également prévus autour d’Helion OpenStack (la déclinaison OpenStack de HPE) et de Stackato, le Paas Cloud Foundry de HPE — racheté à la société ActiveState. Notons qu’historiquement, Helion s’adosse à Debian.

Micro Focus : un des principaux acteurs du logiciel dans le monde

Si  HPE et Micro Focus évoquent logiquement des portefeuilles complémentaires, il apparaît que Micro Focus se donne aussi les moyens de poursuivre sur sa lancée et de se positionner comme un acteur clé du logiciel dans le monde. Le Britannique, historiquement positionné sur le segment du mainframe et du monde Cobol, a progressivement étendu sa portée à coup de rachats successifs et structurants. On se rappelle celui de Borland (outils de développement et ALM), mais également celui d’AttachMate (Suse — voir aussi encadré —, Novell, NetIQ), et plus récemment celui de Serena Software, accentuant un peu plus le positionnement du groupe sur la gestion du cycle vie des développements, de la gestion applicative et du très tendance DevOps — bref du développement moderne.

À ce portefeuille, Micro Focus ajoute désormais les puissants outils d’ALM de HPE, issus du rachat de Mercury — une solution qui reste majeure dans les entreprises. « Cette acquisition des activités de HPE “est en ligne avec ce qu’ils ont bâti par voie de rachats », commente Olivier Rafal, consultant principal chez Pierre Audoin Consultants (groupe CXP). De quoi même devenir « un acteur incontournable », avec cet apport de Mercury.

Selon le consultant, il ne manque plus qu’à Micro Focus une offre de Paas — qui lui fait aujourd’hui défaut — pour proposer un service de développement en ligne, comme le propose Google, par exemple. « Si Micro Focus dispose de la partie développement traditionnelle, il peut aujourd’hui s’étendre vers des outils de développements modernes — et donc Paas », précise-t-il. Cela pourrait par exemple prendre vie via les codéveloppements entre Suse et HPE autour de Stackato (voir encadré).

Quel rôle pour Autonomy ?

Restera aussi à se poser la question des actifs Big Data et sécurité de HPE,  représentés notamment par le concept de plateforme Haven (et de ces composantes : Vertica, Hadoop, Arcsight, Autonomy,…).  Si Meg Whitman affirme que « l’approche de MicroFocus en matière de gestion d’assets logiciels assurera de bons niveaux d’investissement dans des domaines de croissance comme le Big Data analytics », les synergies entre MicroFocus et la gestion des données et le Big Data ne sont aujourd’hui pas claires.  Le Britannique s’ouvre donc à un nouveau marché, avec un très fort potentiel de croissance. Un point que soutient également Olivier Rafal.

Pour mémoire, HP avait racheté Autonomy pour la somme pharaonique de plus de 11 milliards de dollars — une opération menée par Leo Apotheker, le CEO de l’époque. Cette transaction avait pour but d’accentuer le positionnement du groupe dans le logiciel alors que celui-ci était déjà à la recherche d’un second souffle. Très vite, ce rachat et son montant avaient irrité les actionnaires de HP. Ce qui avait été amplifié lors du passage d’une charge exceptionnelle de presque 9 milliards de dollars dans les comptes du groupe — 5 milliards étant liés à  une prétendue fraude des anciens dirigeants d’Autonomy.

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