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Au cœur de la stack technologique de la prochaine vague d’actifs numériques
Les actifs numériques, comme les cryptos et les stablecoins, s’installent progressivement dans la finance, portés par un cadre réglementaire plus clair, une infrastructure plus sûre et des technologies plus sophistiquées.
Un nouveau socle d’infrastructure de paiement prend forme, et il est très différent des systèmes traditionnels sur lesquels la finance internationale repose depuis plusieurs décennies.
Cette transformation s’opère sans rupture spectaculaire, mais avec détermination. Les régulateurs précisent les cadres juridiques. Les entreprises réclament des règlements en temps réel et une meilleure résilience. Et les ingénieurs repensent l’architecture des paiements pour un monde qui fonctionne en continu.
Des paiements qui circulent comme des données
Les actifs numériques modifient en profondeur la manière dont les fonds circulent
Les systèmes de paiement traditionnels ont été conçus pour un environnement plus lent et avec plus d’interventions manuelles. Ils reposent sur de multiples intermédiaires et des horaires d’ouverture déterminés.
À l’inverse, les actifs numériques permettent aux flux financiers de circuler comme des données sur internet : plus rapidement, plus directement et avec davantage de transparence. Cette évolution est particulièrement pertinente pour les paiements transfrontaliers, où la rapidité, le coût et la visibilité ont longtemps été des points de friction.
Les stablecoins et les paiements basés sur la blockchain rendent possible un règlement quasi instantané. Ces technologies sont de plus en plus utilisées en complément des systèmes existants pour améliorer l’efficacité. À tel point que même les institutions régulées explorent les actifs numériques comme un levier de modernisation des paiements, d’optimisation des flux de trésorerie et de développement de services en temps réel que les infrastructures historiques peinent à assurer.
La tokenisation étend ces bénéfices au-delà des seuls paiements.
En transformant des actifs réels – monnaie, titres financiers ou autres – en jetons numériques (token), il devient possible d’automatiser leur propriété et leur transfert. Les actifs peuvent ainsi être fractionnés, échangés et réglés en temps réel, avec des procédures et des mécanismes de conformité intégrés directement dans le système.
La régulation redéfinit l’infrastructure crypto
Selon une enquête menée par Coinbase en 2025, environ 86 % des investisseurs institutionnels détiennent déjà des actifs numériques ou prévoient d’y être exposés cette année. L’industrie crypto serait ainsi à l’aube d’un soutien institutionnel élargi.
Des cadres réglementaires comme le règlement européen Markets in Crypto-Assets (MiCA) et le Digital Operational Resilience Act (DORA) accélèrent également cette dynamique. Ils poussent les entreprises qui développent et exploitent des services crypto, des stablecoins et des solutions de paiement basées sur la blockchain à renforcer leurs standards de transparence, de résilience et de sécurité.
En parallèle, le projet de loi américain GENIUS Act signale un mouvement mondial vers l’intégration formelle des stablecoins et des infrastructures de paiement numériques dans le système financier.
La technologie joue un rôle déterminant pour répondre à ces exigences. Les systèmes des entreprises doivent être capables de démontrer une conformité en temps réel, une surveillance continue et une résilience opérationnelle.
DORA met par exemple l’accent sur la gestion des risques liés aux technologies de l’information et de la communication, la déclaration d’incidents et les tests de résilience. Cela suppose des plateformes modulaires, observables et capables d’évoluer rapidement.
L’IA au service de la conformité et de l’échelle
La conformité tend progressivement à s’intégrer directement dans le paiement lui-même. Les nouveaux systèmes utilisent l’IA pour effectuer des contrôles réglementaires au moment où les transactions ont lieu – plutôt que de s’appuyer sur des traitements par lots a posteriori ou sur des règles statiques.
L’IA permet aux plateformes crypto de traiter en continu de forts volumes de transactions, tout en s’adaptant à l’évolution des risques et des contraintes réglementaires. Elle optimise la liquidité entre différents moyens de paiement et différents actifs numériques, en orientant dynamiquement les transactions selon le coût, la congestion ou le niveau de risque.
Parallèlement, des modèles de machine learning (ML) analysent les transactions en temps réel pour détecter des anomalies, signaler des activités suspectes et ajuster les modèles de risque face à de nouvelles menaces.
Cette approche dépasse celle avec des règles prédéfinies. Le ML trouve des corrélations à travers les portefeuilles, les appareils et les réseaux, ce qui favorise une détection plus précoce des fraudes et des décisions de conformité plus contextualisées.
Des menaces cyber en constante évolution
Malheureusement, l’essor des actifs numériques attire également des attaques plus sophistiquées. Les campagnes de phishing sont particulièrement efficaces.
Au niveau des infrastructures, les attaquants ciblent de plus en plus les API, les erreurs de configuration cloud et les vulnérabilités de la chaîne d’approvisionnement. En réponse, là où les systèmes traditionnels reposent souvent sur des contrôles périodiques et des procédures manuelles, les plateformes crypto doivent être conçues pour une surveillance continue et une réponse rapide.
L’analyse comportementale, la détection d’anomalies et les mécanismes automatisés de réaction deviennent essentiels pour limiter l’impact des incidents.
La planification de la résilience doit aussi privilégier la rapidité de reprise et la continuité d’activité plutôt que la recherche illusoire d’une prévention absolue.
Le cloud comme socle de résilience
À mesure que les paiements en actifs numériques s’étendent à des secteurs comme l’immobilier, le voyage ou le commerce en ligne, les attentes en matière de disponibilité et de performance augmentent.
Ces industries dépendent de systèmes toujours opérationnels, capables d’absorber des pics de demande sans dégradation.
Les infrastructures cloud offrent cette flexibilité et cette résilience. En concevant des systèmes capables de fonctionner sur plusieurs serveurs et de basculer automatiquement en cas d’incident, les organisations peuvent évoluer plus facilement, mettre à jour leurs services sans interruption et éviter qu’un incident mineur ne se transforme en panne majeure.
Les stacks de paiement de nouvelle génération sont pensées pour fonctionner en continu, avec règlement, rapprochement et reporting quasi en temps réel à travers différentes juridictions.
Les serveurs MCP, vers des systèmes financiers adaptatifs
Parmi les évolutions récentes, les serveurs MCP (Model Context Protocol) servent de couche d’interconnexion – un tissu conjonctif – entre modèles d’IA, sources de données et environnements d’exécution. Leur capacité à s’adapter dynamiquement permet des décisions contextualisées au sein de systèmes distribués, sans nécessiter de réentraînement des modèles.
Dans le domaine des paiements, cela se traduit par une infrastructure capable de réagir instantanément aux exigences réglementaires, à la congestion des réseaux ou à l’apparition de nouvelles menaces. L’utilisation de données contextuelles contribue également à optimiser les coûts et l’usage des ressources.
Contrairement aux architectures serveur traditionnelles, les systèmes MCP sont modulaires et interopérables. Ils prennent en charge des workloads dans des environnements cloud, en edge ou sur site. Cette flexibilité permet aux plateformes d’évoluer au rythme des réglementations et des attentes du marché. Elle offre également une agilité que les infrastructures historiques n’étaient pas en mesure de fournir (parce que non conçues dans cet objectif).
L’agilité infrastructurelle comme avantage concurrentiel
La convergence entre régulation, systèmes transactionnels alimentés par l’IA et infrastructures adaptatives, comme les serveurs MCP, jette les bases du futur de la finance. Les années qui viennent détermineront quelles organisations seront réellement prêtes à en tirer parti.
Mustafa Budak est directeur technique (CTO) de la passerelle de paiement en cryptomonnaies Bitpace, où il dirige une équipe chargée du développement des logiciels et infrastructures liés aux cryptomonnaies.
