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Impératif « Net Zéro » : des objectifs européens aux projets IT des entreprises

Les objectifs Net Zero de l’Union européenne en 2050 se traduisent très concrètement par de nouveaux impératifs pour les entreprises. La DSI a une place centrale à jouer dans ces évolutions ; qui sont aussi des opportunités, explique Talan.

À l’heure où les enjeux climatiques prennent de l’ampleur, la question de la neutralité carbone se pose avec acuité. L’Union européenne à vingt-sept, et qui a annoncé son « green deal », ambitionne d’être le premier continent neutre pour le climat d’ici à 2050, c’est-à-dire d’atteindre le point dit de « Net Zero ». En d’autres termes, il s’agit d’œuvrer pour que les émissions et les absorptions de gaz à effet de serre (CO2, Méthane, Ozone, CFC, etc.) qui contribuent au réchauffement climatique se neutralisent.

Un équivalent CO2 a été défini pour les différents gaz afin de mesurer leur effet combiné suivant une même référence. En Europe, l’Allemagne et la France figurent en tête du classement des émetteurs et leurs trajectoires varient.

Suite à une décision de la Cour Constitutionnelle, le gouvernement allemand a décidé de relever ses objectifs de réduction de 55 % à 65 % d’ici 2030 et prévoit une neutralité carbone proche de 2045, soit cinq ans plus tôt. Dans son rapport annuel 2021 paru en juin, le Haut Conseil pour le Climat souligne, pour la France, que « les efforts actuels sont insuffisants pour garantir l’atteinte des objectifs de 2030 » et que « le rythme actuel de réduction annuelle devra pratiquement doubler, pour atteindre au moins 3,0 % dès 2021 ».

Une grande diversité de situations en fonction des secteurs

Vue de loin, l’équation paraît simple : il faut réduire drastiquement les émissions et dans le même temps, développer des moyens de capture efficaces des gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone. En pratique, c’est plus compliqué. Il y a d’abord une grande diversité de situations, par pays et par secteur, et il est important d’anticiper les impacts sociaux économiques des changements à mettre en œuvre sur les territoires.

Du point de vue des secteurs, les principaux émetteurs sont l’énergie, les transports, le bâtiment, l’industrie et l’agriculture. Chacun s’inscrit dans une problématique spécifique. À ce titre, le secteur de l’énergie pourrait atteindre l’objectif en premier, aux alentours de 2045.

La performance de ces technologies reposera sur leur optimisation via la collecte des données opérationnelles et leur valorisation par l’intelligence artificielle.

Pourtant, ce secteur fait face à une situation paradoxale. En effet, selon une étude du cabinet de conseil McKinsey, la demande nette en électricité devrait doubler d’ici 2050 pour atteindre 5 900 TWh sous l’impulsion de l’électrification de pans entiers de l’économie, notamment dans les transports. Globalement, il s’agit donc d’abaisser l’intensité carbone de la production d’un kilowatt-heure. La moyenne européenne est actuellement proche de 300gCo2/kWh, et révèle une forte disparité notamment avec la Pologne et la République tchèque, qui dépendent beaucoup d’énergies fossiles comme le charbon et le lignite. Quant à la France, elle s’appuie sur l’énergie issue du nucléaire.

La décarbonation de ce secteur pourra s’opérer avec l’appui de technologies déjà disponibles qui devront se généraliser comme l’éolien ou le solaire et avec le perfectionnement des solutions de capture de CO2. D’autres défis seront également à relever tels qu’une meilleure interconnexion entre les régions, ou l’utilisation des surplus pour produire de l’hydrogène qui sera ensuite utilisé comme source de production stockable, défi clé de cette énergie.

Du côté des transports, la décarbonation passe principalement par une électrification et une hybridation, une plus grande efficience énergétique des moyens de transport, une utilisation de l’hydrogène et une réduction plus ou moins volontaire de la demande et des carburants alternatifs.

La performance de ces technologies reposera sur leur optimisation via la collecte des données opérationnelles que ces dispositifs produiront et leur valorisation par l’intelligence artificielle. Néanmoins, tout ne dépendra pas de la technologie. Les changements de mode de vie et de consommation auront également une influence forte. Les États et leur pouvoir de régulation devront permettre la création de cadres nouveaux et incitatifs, y compris par des investissements directs.

Il est clair que ces changements vont nécessiter des investissements colossaux, tant du secteur public que du secteur privé : 1 000 milliards d’euros par an d’ici 2050, tous secteurs confondus, selon l’étude citée ci-dessus.

Les DSI aussi se mettent en ordre de bataille

À l’échelle de l’entreprise, nous avons vu émerger ces derniers mois des projets concrets et se dessiner des objectifs mesurables.

Par exemple, de nombreux groupes ayant des usines se penchent sur la consommation énergétique (électricité, gaz liquide, etc.) liée à leurs processus de fabrication et cherchent des moyens de la diminuer. Le bénéfice est double : l’atteinte des objectifs de réduction de l’intensité carbone qu’ils se fixent et la réduction des coûts.

Le numérique devrait représenter 7,5 % des émissions carbone mondiales en 2025.

Les approches sont en cours de construction. Cela va de la révision des processus, de l’approvisionnement et de la nature des matières premières jusqu’à la mise au point d’algorithmes permettant de repousser les limites actuelles de l’efficience opérationnelle, avec des réglages machines plus fins et plus dynamiques.

Les directions informatiques se mettent aussi progressivement en ordre de bataille pour actionner les leviers dont elles disposent, sachant que le numérique devrait représenter 7,5 % des émissions carbone mondiales en 2025 selon TheShiftProject.

Le premier axe d’amélioration consiste à s’intéresser de près à l’empreinte carbone induite par la digitalisation des processus et par l’utilisation de nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle ou la 5G. L’enjeu est de limiter le volume de données traité, malgré tout en forte expansion, et les traitements qui sont effectués par les différentes applications de l’entreprise.

Pour cela, il faut concevoir des architectures qui optimisent considérablement l’accès à ces données en évitant les mouvements ou copies inutiles et développer des applications dont le code est « frugal » en traitements.

Pour le parc applicatif existant, un audit doit permettre d’identifier les traitements obsolètes et ceux qui mobilisent beaucoup trop de ressources. Des plans de remédiation pourront alors être mis en œuvre.

Le deuxième axe d’amélioration se situe au niveau des data centers – qui sont le point névralgique de ce que nous venons de citer. Les grands opérateurs tels qu’Azure, AWS, GCP ou OVH investissent sur trois fronts :

  1. l’efficience des machines et du matériel
  2. la réduction de l’empreinte carbone de l’énergie nécessaire aux opérations (ex. augmentation de la part des renouvelables ou la réduction de l’utilisation de l’eau)
  3. l’utilisation de l’énergie née des opérations (comme la chaleur des serveurs transmise à un système de chauffage voisin).

Ici, les directions informatiques n’ont pas la main, mais par leurs choix peuvent avoir une influence certaine.

À l’image des directions opérationnelles, les bénéfices tangibles se traduiront par une réduction de l’empreinte carbone et des coûts.

Les projets Net Zéro ne sont plus une option, mais un impératif

Ce type d’initiatives n’est plus une option. Elles s’inscrivent dans une lame de fond, renforcée par la stratégie des investisseurs, à l’image de BlackRock. Le plus grand fonds mondial avec 9 000 milliards de dollars d’encours déclare orienter de plus en plus ses choix en fonction de la fiabilité du plan de neutralité carbone d’une entreprise. Et les fonds dits « ESG » (Environment, Social, Governance) fleurissent. L’« impact investing » est constamment mis en avant.

Cette tendance implique de redéfinir comment la performance d’une entreprise est mesurée.

Le climat est aussi une formidable opportunité de bâtir un nouveau modèle économique dans lequel la compétitivité des entreprises européennes serait renforcée.

De nouvelles données, de nouveaux standards et de nouveaux modèles d’intelligence artificielle permettront ces analyses complexes à une échelle planétaire. C’est ce qu’ambitionne de mettre en place le projet NASA Harvest, en association avec CropX qui doit permettre de minimiser l’utilisation de produits chimiques et le besoin en eau par des capteurs au sol et l’analyse d’images satellites d’une zone de production agricole.

Grâce à cela, 11 millions d’emplois devraient être créés, ce qui invite à repenser l’organisation de l’éducation et du travail pour gérer au mieux cette transition majeure.

L’enjeu principal réside dans l’alignement entre les grands objectifs de neutralité carbone à l’échelle de l’Europe d’une part et les canaux de transmission et de réalisation que représentent l’ensemble des pouvoirs publics, les acteurs économiques, la société civile d’autre part.

Seule une coopération internationale pourra, à terme, éloigner un peu la menace du changement climatique pour notre planète. Grâce aux investissements dans les technologies liées aux énergies renouvelables, à la création d’entreprises en mesure de répondre à une demande d’envergure mondiale, l’Europe pourra se positionner comme précurseur dans le domaine énergétique.

Si le climat est, sans aucun doute, le plus grand défi à relever de notre époque, il constitue une formidable opportunité de bâtir un nouveau modèle économique, dans lequel la compétitivité des entreprises européennes serait renforcée.

Pour aller plus loin

Le Crédit Agricole refroidira ses serveurs dans des bains d’huile. Après deux ans de tests, la banque a décidé d’immerger les serveurs de deux de ses datacenters dans des bacs d’huile, afin de passer d’un PUE de 1,4 à 1,04.

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