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Universités : promesse de FUN pour les plates-formes pédagogiques ouvertes en ligne

Anne-Marie Rouzeré

Un vice-président numérique pour chaque université. 20% des cours en ligne d'ici à 2017. Des moyens mobilisés pour former les futurs enseignants à des modalités pédagogiques qui privilégient l'interactivité, les enseignements en petits groupes plutôt que les sempiternels cours en amphi. Tout est sur le papier. Dans deux rapports remis à l'exécutif (le 17 décembre, à l'issue des Assises de l'Enseignement supérieur et de la recherche (ESR), par

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Vincent Berger), le 14 janvier dans sa version parlementaire, par le député Jean-Yves Le Déaut). Des propositions confirmées par ailleurs par la ministre Geneviève Fioraso lors d'un débat à l'université Paris-Diderot. Le tout résumé par un acronyme : FUN, pour France Université Numérique. Un projet qui devrait être présenté au conseil des ministres courant février, annoncé comme « un service public d'ingénierie pédagogique pour l'enseignement supérieur en ligne ». 

« Au moins, la prise de conscience de la nécessité de réagir à l'offensive américaine sur ce terrain se manifeste au plus haut niveau », constate Jean-Marie Gilliot, maître de conférence à Télécom Bretagne, co-initiateur d' Itypa, un des tout premiers Mooc (Massive Open Online Courses) français. Un Mooc modeste ! En comparaison, outre-atlantique, ceux nés à Stanford (Udacity), au MIT et à Harvard (edX), et surtout Coursera ralliant 14 universités (dont l'EPFL, Polytechnique Lausanne), ont su très rapidement se faire des millions d'adeptes. Principalement des étudiants des pays émergents (Brésil, Inde, Chine). La gratuité et la validation potentielle des acquis (crédits) par des universités prestigieuses y sont pour beaucoup. Mais là n'est pas l'essentiel.

  

Le site Coursera

Car avec le savoir ouvert à tous en ligne, et les appétits numériques des jeunes générations, c'est bel et bien un bouleversement profond des relations enseignants-étudiants qui se prépare. Et c'est sur ce plan que l'annonce du projet FUN est attendu au tournant. « Mettre les contenus en ligne ou même en intégrer le recours dans des cursus, n'est intéressant qu'à condition qu'on résolve le problème des taux de réussite de ce genre de formation », insiste Jean-Marie Gilliot. 

Le précédent décevant des UNT 

Le fait de retrouver, dans les rapports Berger et Le Déaut, les points clés de ce qu'il reste à lancer –une initiative ambitieuse de mise en ligne des contenus, le soutien aux innovations pédagogiques, la transformation des bâtiments (moins d'amphi, plus de salles) – est encourageant. De même que la nomination à venir d'un vice-président numérique pour chaque pôle universitaire (selon la ministre citée par le Figaro). 

Sauf que –ironie de l'agenda – l'université de Lyon-1, pionnière en cette matière, vient justement de supprimer ce poste de vice-président. « Tant que l'existence d'un service numérique n'est pas reconnu à part entière dans chaque université, avec des conseillers pédagogiques ad-hoc, c'est sans espoir », résume Christophe Batier, directeur technique de l'université Claude Bernard Lyon-1. Car de toute évidence, le projet FUN ne partira pas d'une page blanche. 

Le programme d'Universités numériques thématiques (UNT) de 2008 (mise en ligne et mutualisation nationale de contenus) a fait quasiment chou blanc (faute de visibilité et d'accompagnement des étudiants). A croire qu'il ne fallait guère attendre plus de « ces vastes espaces de dépôts de ressources hétérogènes de premier niveau, trop rarement organisées en parcours » comme l'écrit Christine Vaufrey, co-fondatrice du Mooc Itypa. Echaudés, les enseignants-contributeurs, encore et toujours considérés comme des pionniers en France après des décennies de e-learning, demandent à voir. Sans attendre, pour autant, pour mettre leurs billes sur de nouveaux projets. 

Prêts pour les classes inversées ? 

Car paradoxe des Mooc's, « massive et open » par essence, c'est d'abord dans leur couplage avec l'enseignement présentiel – donc privilégiant la proximité entre étudiants et enseignants ainsi que le travail en petits groupes – qu'ils semblent avoir un avenir en France, et plus largement en francophonie. « La pression vient de l'extérieur, avec les grandes manoeuvre américaines », résume Jean-Marie Gilliot. « Mais après des décennies de e-learning, les Mooc's n'ont rien inventé sur le plan technique ; ce sont toujours des quiz, des video en ligne, etc. Si ce n'est que les universités s'en emparent et qu'elles se montrent capables de toucher des millions de personnes ». Un changement d'échelle considérable dès lors qu'il bouleverse le contexte de la relation pédagogique. A l'opposé du modèle de la salle de classe, avec des élèves connus, l'enseignant se retrouve dans un espace ouvert, évalué sur la qualité pédagogique de ce qu'il propose, face à des étudiants qui ont un vaste accès à des ressources. « C'est dans l'interaction entre contenus, personnes et outils support d'interactivité que se fait l'apprentissage », commente Jean-Marie Gilliot. Les enseignants sont-ils prêts pour prendre en mains des « classes inversées » ? Où les étudiants travaillent par eux-mêmes sur les contenus, le temps dégagé par la suppression des cours magistraux étant consacré à les accompagner sur des travaux en groupe ou en mode projet. Comme le pratique une partie du corps enseignant de l'Epitech (selon le témoignage recueilli par le Figaro). 

Priorité aux projets agiles 

L'avance qu'ont pris les américains (y compris dans les usages de classe inversée ou flip classroom, concept né à Harvard ) tient surtout à l'agilité de la mise en oeuvre. « Coursera a démarré sur un mode très frustre, du e-learning d'il y a vingt ans, mais qui a réussi d'emblée à séduire 150 000 personnes. Respect ! », commente Jean-Marie Gilliot. Neuf mois plus tard, le compteur de Coursera est à plus de 2,3 millions d'inscrits. Grâce au mode start-up adopté, avec un modèle d'affaire à l'américaine, financé par des entreprises, le projet se développe par itération, quasiment en mode essai-erreur, capitalisant sur ce qui marche. A l'opposé d'un projet lourd et centralisateur comme l'ont expérimenté, en France, les UNT. De telles graines d'initiatives ne manquent pas non plus dans l'Hexagone. A commencer dans le secteur IT. La e-Miage et autres cursus en ligne des écoles d'ingénieurs, ou plus récemment le Mooc Itypa (Internet, tout y est pour apprendre) animé par une équipe de Télecom Bretagne (pour l'Institut Mines-Telecom) et de l'Ecole Centrale de Nantes. Un deuxième Mooc francophone, animé par la même équipe, est d'ailleurs en gestation sur le thème des « réseaux mobiles ». Naissance annoncée pour avril 2013. Depuis Centrale Lille est animé un Mooc gestion de projet lancé l'été dernier. 

Sans compter qu'un peu partout, des enseignants-chercheurs ont rénové, à coup de wiki, de forums et autres astuces d'interactivité, les usages. Lyon-1 en tête ( Spiral, serveur pédagogique interactif) souvent cité en exemple au niveau national pour son usage dans la formation des étudiants en médecine. Mais ces pionniers sont encore trop souvent considérés comme des non-conformistes, pour ne pas dire des marginaux. « Nous avons un solide savoir-faire. Il reste à changer d'échelle, avec la même agilité. Pas forcément de gros moyens. Mais surtout pas un dispositif prescriptif et centralisateur. C'est la diversité des initiatives qu'il faut encourager», résume Jean-Marie Gilliot. « Un vrai plan de bataille, relayé localement », lance Christophe Batier. Même avec un modeste objectif de 20% des contenus en ligne (en 2017!) la réponse viendra-t-elle avec FUN ?    


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