Entretien

Nicolas Leroy Fleuriot, Cheops : "Les DSI veulent du cloud computing personnalisés"

Cheops annonce chaque trimestre une activité soutenue sur le front du cloud computing. Qu’en est-il actuellement?

Aujourd’hui nous en sommes à 71 références sur iCod, notre offre de cloud privé, dont des systèmes majeurs en production, comme la gestion du SI d’Euralys ou encore le système de VPC d’Yves Rocher. Et des projets d’envergure sont en cours de négociation. Nous nous positionnons donc clairement comme l’un des leaders du cloud computing en France, particulièrement sur la cible des entreprises de taille intermédiaire. Le cloud représente une part de plus en plus importante de notre revenu, ce qui se traduit par la montée en puissance de la division Infogérance de Cheops. Sur ce segment nous enregistrerons encore une croissance de 50% sur 2013 (exercice clos le 30 avril, ndlr) après une progression de 80% lors du précédent exercice. 

Les entreprises positionnées sur le cloud ne connaissent donc pas la crise?

Pas tout à fait. Le Cloud Computing est une tendance forte et qui apparait inéluctable. Mais ce n’est pas seulement de l’activité en plus, c’est également un changement pour nos sociétés de services. C’est vrai que la conjoncture demeure difficile. Et si nous enregistrons de beaux succès sur notre activité cloud computing, le marché est beaucoup moins tonique sur l’activité infrastructure. C’est normal et nous accompagnons le transfert de revenu de l’un vers l’autre. 

Les opérateurs semblent s’être mis en marche dans la foulée de l’Etat qui souhaite voir émerger des cloud souverains de grande envergure. Quelle est votre point de vue sur ce qui se passe à ce niveau?

En fait, je suis animé par deux sentiments distincts. D’abord, je trouve que l’arrivée des grands offreurs avec leurs projets ambitieux est une bonne chose, dans la mesure où elle s’accompagne d’une grosse couverture médiatique et d’un effort marketing. Du coup, il y a un processus de vulgarisation et d’évangélisation sur les concepts autour du cloud computing qui bénéficie à l’ensemble du marché. Mais lorsque l’on observe les besoins réels des entreprises, il y a de quoi être sceptique sur le succès de ces approches, surtout quand on voit les montants importants investis qu’il faudra amortir. Ce qui nous est demandé par les DSI, ce sont des environnements offrant la souplesse bien comprise du cloud, mais avec un niveau de personnalisation très élevé sur l’ensemble des problématiques, que ce soit le service, l’infrastructure, le SLA … Pour l’un de nos clients dans la grande distribution de biens culturels, on a proposé comme unité d’œuvre dans la mise en place d’un cloud le « magasin » ! Je ne vois pas comment ces grosses structures en construction et qui affirment viser les PME vont pouvoir proposer la flexibilité et les échanges attendus par les clients. Elles risquent d’avoir du mal, dès lors qu’il faudra personnaliser la relation sur la base de transferts d’environnements de production beaucoup plus critiques que ce que l’on voit aujourd’hui sur les cloud publics. Selon moi, leur marché se situerait plutôt sur des offres standards, hors production ou encore sur le secteur public. 

Quel est aujourd’hui la spécificité de Cheops sur un marché en pleine effervescence?

Aujourd’hui, la force de Cheops ce situe à deux niveaux. D’abord, lorsque l’on parle de cloud computing, on parle d’un projet de migration d’infrastructure. Dans ce cadre notre double compétence historique, infrastructure et infogérance, est clé. Je vous ai parlé d’un transfert de revenu de l’infrastructure vers l’infogérance, donc vers notre offre de cloud. Cela s’accompagne également d’un transfert de profils avec des besoins au niveau d’iCod, de profils proche des environnements de production pour pouvoir accompagner la bascule de nos clients. Cheops est capable de former les gens sur des infrastructures hébergées chez nous et non plus chez le client. Notre troisième pilier business est également mis à contribution avec une offre « trajectoire vers le cloud » proposée par la division modernisation technologique. Il s’agit en amont d’aider le client à bien définir sa démarche vers le cloud computing (unité d’œuvre, planification etc…). Tous les processus de transfert sont définis préalablement et le client à le choix entre le big bang (bascule sur quelques jours de l’ensemble d’un environnement, ndlr) ou une approche plus progressive (pas à pas, par lot applicatif, ndlr). 

Vous proposez votre propre datacenter là où d’autres ont choisi finalement de proposer un service de migration vers le cloud basé sur des infrastructures tierces, chez des hébergeurs. Quel est l’intérêt pour vous de disposer de votre propre infrastructure?

C’est vraiment un choix fort fait dès le départ et c’est la seconde force de Cheops. Le cloud computing, c’est également un modèle économique de paiement à l’usage. Pour maitriser ce modèle dans la relation avec le client, il faut pouvoir maîtriser l’ensemble de la chaîne de coûts à mutualiser. Car se retrouver dépendant de contrats de services d’un côté et de l’infrastructure d’un tiers de l’autre peut très vite s’avérer problématique. De plus, nous avons observé que la détention de notre propre datacenter crédibilisait l’offre vis-à-vis des clients, surtout que l’on parle ici de cloues privés dédiés à des environnements de production. Aujourd’hui, j’entend bien que tout le monde veut faire du cloud computing. Mais pour proposer une offre maîtrisée à même de permettre aux entreprises de basculer leurs environnements de production, la barrière est très élevée.

Ce contenu a été publié pour la première fois en novembre 2012

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