Pour une politique industrielle (de capital risque) audacieuse dans l’édition logicielle française

A quelques encablures du premier tour d’une élection présidentielle dont l’issue devra marquer un tournant dans la politique économique de la France LeMagIT revient sur l’enjeu clé concernant le secteur IT : celui du financement de l’innovation « made in France » et d’une politique industrielle relative aux technologies de l’information.

Bien sur nous n’avons pas en France un équivalent français de SAP qui a annoncé récemment qu’il rachetait le grand spécialiste du Cloud Computing américain SuccessFactor pour 3,4 milliards de dollars. Mais derrière Dassault Système, les éditeurs français ont bravé la crise en 2011. Le chiffre d’affaires cumulé des 100 éditeurs de tête en France a progressé, selon Truffle Investissement,  de 10% pour s’établit à 7,7 milliards d’euros, contre 6,6 milliards d’euros en 2010. Le retour de la croissance à deux chiffres est donc là mais les perspectives inquiètent les éditeurs. Notamment en matière de financement ou le secteur devrait pâtir de la refonte annoncée du Crédit Impôt Recherche (CIR) et des Fonds Commun de Placement dans l’Innovation (FCPI) mais aussi de l’absence de capitaux privés liés à la faiblesse structurelle du capital risque en France. 

Ambition commerciale et politique de l’emploi après les élections présidentielles

Au regard de sa taille (10 Mds €) et de son potentiel d’emplois qualifiés ce secteur mérite une attention particulière. Cela serait d’ailleurs une erreur de le traiter de la même manière que celui des services ou encore de diluer dans le cadre des initiatives plus politiquement porteuses autour du numérique et d’internet. Confronté à un vaste mouvement de concentration autour du Cloud Computing et du Saas, l’occasion de rebattre les cartes, de  prendre des positions pour les acteurs français sur fonds de renouveau technologique semble se présenter.

Rattraper l’inertie liée à la campagne électorale

Période électorale oblige  ce qui a été décidé ces derniers mois fait plutôt figure de saupoudrage. Dans le domaine du Cloud Computing et du Saas les initiatives sont restées timides ou compliquées. Par exemple Dans le cadre des investissements d’Avenir du Grand Emprunt, 5 projets de R&D ont été sélectionnés dans le secteur Cloud Computing. Ces cinq projets représentent un investissement total en recherche et développement de 50 millions d’Euros. Parmi les cinq projets qui bénéficieront des aides sont listés le projet de Paas CloudForce d’Orange Labs ; CloudPort de Prologue, qui permet de migrer les applications on-premise vers le cloud (Prologue a notamment contribué aux développements du projet Open Source, CompatibleOne, qui adresse la problématique d’interopérabilité des plates-formes Cloud) ; Magellan de Bull (pour le calcul intensif à la demande) ; le projet Nu@ge de Non Stop Systems (cloud communautaire) ; et enfin le  projet UnivCloud (cloud universitaire). Bull, Prologue, Orange, UnivCloud… des noms bien connus par les grands corps de l’état qui privilégient le coté technique des projets et pas toujours porteurs commercialement.  Dans le domaine du compliqué entre l’état et les entreprises technologiques françaises on peut citer  les 135 millions d’euros qui seront investis  dans Andromède, une co-entreprise développée au départ par Orange, Thalès et Dassault Systèmes (qui a annoncé récemment et contre toutes attentes son retrait) dont l’objectif est de créer un cloud souverain 100% hexagonal. Pendant que ces acteurs français se disputent, les initiatives se multiplient  en Europe pour créer des sites d’hébergement Cloud Computing à faible coût. En dépit de l’annoncer récente de l’entrée du FSI dans le capital de Viadeo (pour 10 millions €) pas de grandes initiatives du coté des acteurs logiciels métiers, sécurité ou Saas  qui regroupent aujourd’hui le gros de l’emploi et des perspectives commerciales notamment à l’exportation. 

L’enjeu après les élections : changer l’approche du financement des projets technologiques 

Fonds Stratégique d’investissement (FSI) ou banque d’investissement des PME/PMI l’enjeu ne sera plus sur la nature du bras armé de l’état pour financer l’offre française dans le domaine du logiciel. Au lendemain des élections, le nouveau gouvernement ne pourra pas trop réduire les mécanismes traditionnels (CIR, FCPI, JEI ou autres)  qui soutiennent sur le court terme l’emploi technologique. Même si ceux-ci génèrent de la dette. En revanche il devra mettre en place rapidement  une véritable politique de l’offre qui sorte des habitudes politiques françaises. Moins de financement de la technologie, plus de financement des marchés et des développements commerciaux. Et donc au final plus de capital risque avec les deniers de l’état mais sans l’intervention de  tout ceux qui le gèrent au quotidien. Cela ne sera pas facile à faire mais cela en vaut la peine au regard du potentiel de cette industrie. 

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