Externalisation : le « small is beautiful » prend de la hauteur

Un rapport de Gartner, faisant le bilan des contrats d'outsourcing en 2007, souligne l'inexorable déclin des « megadeals », synonyme d'externalisation globale pluri-annuelle. Partout dans le monde, les grands donneurs d'ordre ont compris que « megadeal » signifiait surtout risque de « megaplantade »

Un rapport du cabinet d'études Gartner met en exergue l'inexorable chute des contrats d'externalisation monolithiques. Selon les analystes, au cours de l'année 2007, seuls 10 contrats d'outsourcing de plus d'un milliard de dollars ont été signés dans le monde, contre 12 en 2006. Surtout la valeur de ces contrats continue de diminuer. En 2007, les dix premiers contrats d'outsourcing signés dans le monde pesaient 12 milliards de dollars. Soit plus de deux fois moins qu'en 2006 (26 milliards). C'est aussi le total le plus bas enregistré depuis huit ans. « On ne verra probablement plus une entreprise du CAC 40 se lancer dans un megadeal, tranche Lyonel Rouast, directeur général de Compass Europe. Cette forme d'externalisation peut continuer à exister, mais plutôt pour une gamme d'entreprises de taille plus raisonnable ou en forte croissance. »

A l'inverse, les contrats de moins de 50 millions sont de plus en plus courants, souligne Gartner. Ils représentaient en 2007 près de 40 % du nombre total de contrats signés (mais seulement quelques 3 % du marché en valeur).

Des donneurs d'ordre plus avertis

Très en vogue voici quelques années, les contrats d'externalisation totale auprès d'un unique prestataire ne sont plus en odeur de sainteté chez les grands donneurs d'ordre, qui leur préfèrent des contrats plus sélectifs. Classiquement, dans ce schéma, le donneur d'ordre retient plusieurs prestataires pour couvrir soit des domaines disjoints (infrastructure, applicatif, poste de travail), soit des métiers différents, soit des zones géographiques réparties dans le monde. « Avec un système de gouvernance bien structuré, on est aujourd'hui capable de fonctionner avec des prestataires distincts y compris avec des acteurs offshore, analyse Lyonel Rouast. Ce qui milite en faveur de l'infogérance sélective et du multi-sourcing »

Pour ce spécialiste du conseil aux grands donneurs d'ordre en matière d'externalisation, les grands comptes ont gagné en maturité. En déployant des catalogues de service relativement précis, ils ont adapté leur fonctionnement au multi-sourcing, mélangeant des prestations assurées en interne à d'autres réalisées en externe, par plusieurs prestataires.

Cette tendance au découpage des contrats résulte à la fois des difficultés qu'ont connu de grandes entreprises (notamment anglo-saxonnes) avec leur contrat monolithique, mais aussi de la pression des cabinets de conseil intervenant en amont, lors du choix du ou des prestataires. Des cabinets comme Gartner, TPI ou Compass. « Clairement, les cabinets de conseil ont poussé dans ce sens là, explique sans détour Lyonel Rouast. Les megadeals mettaient aux prises un petit nombre d'acteurs, la gouvernance du contrat était plus difficile, nous avions des difficultés à isoler la prestation IT et à benchmarker les prix ». La réduction de la taille des contrats permet à l'inverse de mettre en compétition un plus grand nombre de prestataires. « La palette des choix se trouve élargie. C'est d'ailleurs un des intérêts. » Avec la capacité de prendre le meilleur spécialiste lot par lot.

3 à 5 ans, pas plus

En parallèle, les grands comptes ont tendance à réduire la durée de leur engagement, comme en témoigne par exemple le récent contrat passé par Michelin avec plusieurs prestataires (quatre vainqueurs pour dix lots) pour la gestion de ses applicatifs. Un contrat de 3 ans seulement, alors que les prestataires espéraient un engagement plus long. Un exemple révélateur de la tendance générale : la plupart des spécialistes s’accordent à dire que les contrats sont actuellement signés pour une durée comprise entre 3 et 5 ans, contre 5 à 7 ans autrefois. Une façon pour les entreprises de se prémunir contre un des principaux risques de l'infogérance : l'absence d'évolution des applicatifs ou infrastructures une fois que le contrat a atteint son rythme de croisière. Avec des durées plus courtes, le prestataire n'a pas tendance à s'installer dans une forme de confort... synonyme d'optimisation de sa marge.

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