Recul des dépenses IT : la France victime du syndrome Tchernobyl ?

Une sacrée claque. Il aura quand même fallu plusieurs mois avant que Forrester ne prenne la mesure de l'impact de la crise qui secoue les Etats-Unis. Après avoir abaissé une première fois ses prévisions de croissance de la dépense IT mondiale, le cabinet d'étude vient d'effectuer une seconde révision, ramenant la progression de 9 à 6 %.

Une sacrée claque. Il aura quand même fallu plusieurs mois avant que Forrester ne prenne la mesure de l'impact de la crise qui secoue les Etats-Unis. Après avoir abaissé une première fois ses prévisions de croissance de la dépense IT mondiale, le cabinet d'étude vient d'effectuer une seconde révision, ramenant la progression de 9 à 6 %. Principale raison de ce recul : la décélération du marché américain, qui, dans la boule de cristal de Forrester, passe de 4,6 % de croissance à 2,8 %. « Les Etats-Unis demeurent le plus grand marché de biens et de services informatiques (un tiers du total, ndlr), il n’est donc pas surprenant que le marché mondial en soit lourdement affecté », note Andrew Bartels, vice-président de Forrester Research. En 2007, les achats informatiques au niveau mondial ont augmenté de 12 %. Aux Etats-Unis, cette croissance atteignait 6,2 %.

Consensus autour des 3 %

Si le scénario d'une récession semble se préciser outre Atlantique – difficile aujourd'hui de nier l'évidence -, les analystes écartent toujours l'idée d'une contagion à l'Europe. Pour Forrester, le Vieux Continent croîtra lentement mais sûrement. A un rythme de 5 % en 2008 (3 % en euro). En 2007, la progression avait atteint les 15 % selon le cabinet d'études, mais elle reposait fortement sur la chute du dollar, l'effondrement du billet vert favorisant les acheteurs de la zone euro. Des chiffres qu'on retrouve peu ou prou chez Gartner, qui prévoit une croissance des budgets IT français de 3,15 % en moyenne. Chez les analystes hexagonaux, c'est cette même tendance mi-chèvre, mi-chou qu'on observe. L'Observatoire des TIC, réalisé par les cabinets d'études PAC, Idate et Coe-Rexecode, table lui aussi sur 3 % de progression des dépenses informatiques en France. Soit un point de mieux que la croissance du PIB. Avec, selon cette étude, un ralentissement dans la banque, mais aussi le gel de projets non stratégiques dans l'industrie, le commerce et la distribution. La faiblesse de ces secteurs sera en partie compensée par la solidité des transports, de l'énergie ou de l'administration. Sans surprise en période de vaches maigres (ou moins grasses), l'infogérance continuera sa progression, tandis que l'intégration patinera.

Un accélérateur pour l'offshore

Bref un véritable consensus d'analystes autour des 3 %. Alors estimation fiable ou nouvelle manifestation de la méthode Coué, consistant à prédire la croissance pour espérer la retrouver à la fin de l'année ? « On observe souvent un décalage de 9 mois à un an entre les Etats-Unis et la France. Mais il n'y a aucune raison pour que nous échappions à un ralentissement, note Dominique Raviart, analyste chez Nelson Hall et spécialiste du marché des services dans l'Hexagone. Nous sommes aujourd'hui à un point d'inflexion. La crise peut soit être douce, avec une simple pression sur les tarifs des services, ou plus dure, avec une pression des donneurs d'ordre tant sur les prix que sur les volumes. Je penche aujourd'hui pour la seconde hypothèse. » Pour l'analyste, si la crise n'a aucune chance d'être aussi grave que celle qu'a connu le secteur après l'explosion de la bulle Internet, l'industrie IT reste cyclique. En France y compris ! « Je m'attends à une révision des chiffres du Syntec Informatique », ajoute Dominique Raviart. A l'automne dernier, la chambre patronale des SSII et éditeurs prévoyait 6,5 % de croissance des logiciels et services en France en 2008. Soit la continuation de la tendance observée en 2007, malgré l'éclatement des « subprimes » en août dernier.

Spécialiste du conseil aux grands donneurs d'ordre, Compass s'attend lui aussi à traverser une période plus trouble. « Pour l'instant, on ne constate pas encore une baisse sensible des budgets, remarque Lyonel Rouast, le directeur général pour la France. Même si, dans le secteur financier, pour la première fois, il y a eu une révision à la baisse des budgets en fin d'année dernière. Je crois donc que l'impact de la crise des « subprimes » sera réel, mais l'IT n'en sera pas la première victime. Car, souvent, l'informatique participe aux projets d'optimisation des entreprises. » La tension qui s'annonce pourrait en tout cas profiter à l'offshore (externalisation dans des pays à faible coût de main d'oeuvre comme l'Inde). « Dans la finance, on sent monter la pression des actionnaires et des directions générales pour développer une politique d'offshore, politique restée jusqu'alors très prudente », observe Lyonel Rouast, qui affirme recevoir en ce moment des demandes concrètes en ce sens.

 

 

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