Les millions de dollars de l'édition Open Source ont eu raison de l'esprit libertaire

C'est autour d'une table qu'Alexandre Zapolsky, le patron de Linagora, a officialisé devant un parterre de journalistes l'enterrement quasi-officiel du concept qu'il avait contribué à créer voici quelques années. Celui de SSLL, autrement dit de société de services en logiciels libres.

C'est autour d'une table qu'Alexandre Zapolsky, le patron de Linagora, a officialisé devant un parterre de journalistes l'enterrement quasi-officiel du concept qu'il avait contribué à créer voici quelques années. Celui de SSLL, autrement dit de société de services en logiciels libres. Un changement de cap pour celui qui avait longtemps affiché ses réserves face aux versions commerciales que distribuent des éditeurs comme MySQL, Alfresco ou Talend.

De facto, le marché de l'Open Source, 730 millions d'euros en France en 2007 selon le cabinet Pierre Audouin Consultants, migre lentement mais sûrement d'un marché de services vers un modèle d'édition. La plupart des acteurs, notamment américains mais pas seulement (comme le montrent les exemples du Suédois MySQL ou du Français Wallix), s'orientant vers un modèle d'édition, où une version communautaire cohabite avec une mouture entreprise.

Virage sur l'aile vers l'édition

Linagora reste aujourd'hui la dernière SSLL généraliste du marché français, les autres ayant migré vers l'édition de solutions Open Source, voire vers l'édition tout court, comme IdealX devenu OpenTrust. Plus pour longtemps, si on extrapole le discours d'Alexandre Zapolsky, qui, à l'heure où sa société réfléchit à une implantation aux Etats-Unis, relève l'appétit des entreprises américaines pour les versions d'entreprise. « Pour les usages critiques, les clients américains sont prêts à payer », explique le Pdg de Linagora, qui relève toutefois que le marché français n'est pas (encore ?) dans les mêmes dispositions. Un point que conteste bien évidemment Bertrand Diard, le cofondateur et Pdg de l'éditeur d'ETL Open Source Talend, pour qui les grands comptes hexagonaux sont d'ores et déjà dans les mêmes dispositions que leurs homologues d'outre Atlantique.

En réalité, la position des deux hommes tient avant tout au modèle économique de leur entreprise respective. Alors que Talend repose sur un modèle d'édition déjà très international, Linagora reste très dépendant de son activité de services en France. Certes, en juin dernier, la SSLL a racheté Aliasource (qui édite la solution de messagerie OBM) se rapprochant ainsi du modèle de l'édition Open Source. Un modèle qui sera exploité pour assurer l'expansion internationale, notamment aux Etats-Unis. Reste que l'activité édition ne pèse encore que 40 % de l'activité de la SSLL, dont 60 % dépend de services. Et notamment de l'offre de support de logiciels libres, Open Source Software Assurance, créée à l'origine pour palier l'absence d'un acteur installé capable de garantir support et maintenance aux entreprises utilisatrices. Un rôle de référent que revendiquent aujourd'hui les éditeurs Open Source.

Version entreprise, pas vraiment un logiciel ouvert

Sur ce créneau là aussi, la mutation semble en cours chez Linagora, qui a multiplié les accords de partenariats avec des éditeurs pratiquant la double licence, comme MySQL (SGBD), OpenBravo (PGI), Open-Xchange (sécurité) ou encore Zend (développement). Une façon de se positionner en intégrateur partenaire qui ressemble à s'y méprendre aux accords que signent les SSII avec les éditeurs « classiques ». D'ailleurs, Linagora vient de renforcer ce positionnement en se rapprochant de EnterpriseDB, un éditeur de produits reposant sur la base de données Open Source Postgre SQL et pratiquant lui aussi la double licence.

Et tant pis si cette mutation remet en cause une partie du discours (marketing ?) sur l'Open Source. « Le logiciel distribué sous licence commerciale n'est pas à proprement parler ouvert, reconnaît Andy Astor, le Pdg de EnterpriseDB. Les utilisateurs ont bien sûr accès au code source, mais ils ne peuvent pas redistribuer le produit d'une façon ou d'une autre ». L'important aujourd'hui n'est plus à l'orthodoxie du libre, mais plutôt au business. En essayant surtout de se placer sur la route d'un grand de l'industrie pour être racheté à bon prix. Les exemples de Jboss, (350 millions déboursés par RedHat), XenSource (500 millions de dollars par Citrix) et MySQL (un milliard de dollars par Sun) ont laissé des traces durables dans l'esprit des créateurs des ex start-up de l'Open Source.

Et, selon le cabinet d'études Gartner, il y a urgence à surfer sur la vague Open Source, car celle-ci pourrait bientôt décroître. Selon une note que vient de publier le cabinet d'études, le modèle sera d'ici à 2012 détrônée par le Saas (Software as a service) comme méthode préférentielle pour diminuer les coûts de l'IT. « Les deux modèles sont basés sur l'abonnement et reposent sur de faibles marges, note le cabinet. Tous deux constituent une réponse à la réduction des coûts de l'IT que demandent les entreprises, mais le Saas réduit aussi les besoins en compétences techniques en interne, alors que l'Open Source a tendance à les augmenter. »

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