Les épines sociales s'accumulent pour les SSII

Grogne sur les salaires, embrouillamini juridique autour des mécanismes en faveur du pouvoir d’achat des salariés. Les SSII affrontent un climat social difficile, alors même que l’horizon économique s’obscurcit.

Soupe à la grimace chez les patrons de SSII. Si l'activité se porte bien et si presque personne n'entrevoit le début d'un ralentissement économique (ou en tout cas s'y efforce), les dirigeants des sociétés de services ne se privent pas de faire passer un message clef aux journalistes, comme ce fut le cas hier dans les contre-allées de la conférence de Syntec Informatique, la chambre patronale des SSII et éditeurs : l'application des mécanismes en faveur du pouvoir d'achat des salariés (exonération des heures supplémentaires, rachat de RTT) tourne à l'imbroglio et, du coup, personne n'en profite. Au grand désespoir de leurs équipes, selon les mêmes patrons.

Un message relayé ce matin par Alain Donzeaud, président du département Social, Emploi et Formation au Syntec Informatique, lors de la présentation de la politique de l'organisation patronale sur ces sujets. Qui a reconnu que le nombre d'informaticiens en SSII bénéficiant déjà de la loi Tepa (loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat) est très faible. En cause : une modalité d'application des 35 heures qui concerne environ 150 000 salariés du secteur et dont le traitement reste sujet à interprétation au regard de la loi. Le point de cristallisation : Syntec Informatique n'est pas sûr que cette modalité bénéficiera de la défiscalisation prévue par la loi, et attend une confirmation officielle de l'Urssaf. Confirmation qui ne vient pas... En attendant, le secteur est au point mort, comme l'ont confirmé plusieurs patrons de SSII.

Eviter l'inflation des salaires

Un blocage qui tombe au plus mal pour Syntec Informatique et ses adhérents. Ceux-ci subissent en ce moment une forte pression des salariés pour une revalorisation des salaires. Chez Capgemini, où un appel à la grève était lancé aujourd'hui et un second pour mardi prochain (voir notre article), mais aussi chez Altran, Atos-Origin ou Business Objects. Et d'autres conflits menacent.

« Dans le secteur, tout le monde est concerné par la pression sur les salaires », reconnaît Alain Donzeaud, par ailleurs DRH du groupe Capgemini. Un déblocage rapide des mécanismes de reversion prévus par Tepa ou par la loi sur le pouvoir d'achat de février 2008 – surtout le rachat des RTT dans la branche - permettrait aux SSII de faire retomber la pression syndicale. Et d'éviter l'inflation des salaires, qui leur serait fatale en cas de retournement brusque de la conjoncture économique. Un ralentissement qui devrait impacter les chiffres des sociétés de services quelque part entre le milieu de cette année et le début 2009.

Salarié en SSII, électeur chez le client

Autre sujet sur lequel le Syntec Informatique doit s'employer pour faire avancer ses intérêts : la représentativité des salariés. En cause : des arrêts de la chambre sociale de la Cour de cassation, qui estiment que les salariés des prestataires présents dans les locaux de leurs clients doivent voter (et se présenter le cas échéant) aux élections professionnelles de ces derniers. Et non à celles de leur employeur prestataire. Une véritable boîte de pandore pour Syntec Informatique, qui estime que ces arrêts ouvrent la voie à des conflits en matière de délit de marchandage et de prêt illicite de main d'oeuvre, deux spectres qui guettent l'activité des prestataires dès lors que le lien de subordination les rattachant à leurs salariés en mission devient moins clair. Un amendement visant à rétablir la situation ayant déjà été plusieurs fois écarté (faute de concordance avec l'objet de la loi), Syntec Informatique attend la bonne occasion. Le bon véhicule parlementaire. En attendant, le flou demeure.

Dans ce contexte, le syndicat patronal se serait volontiers passé du retour sur le devant de la scène du CDD de mission. Une forme de contrat qu'avait pourtant appelé de ses voeux le Syntec Informatique par la voix de... Alain Donzeaud. C'était en 2003 et ça s'appelait le contrat de mission. Le contexte était, il est vrai, différent. « Aujourd'hui, l'intérêt est marginal vu les tensions sur le recrutement, estime Alain Donzeaud. On aura la loi, éventuellement des accords d'entreprise, mais pas un syndicat pour signer un accord de branche. » Le second « cadeau » gouvernemental à la profession fait une nouvelle fois un flop.

Approfondir

Soyez le premier à commenter

M'envoyer une notification dès qu'un autre membre commente.

Merci de créer un identifiant pour pouvoir poster votre commentaire.

- ANNONCES GOOGLE

Close