T-Systems sous-traite sa présence offshore

On annonçait une fusion à grand spectacle. Ce sera finalement un accord commercial aux termes assez généraux. Lors du CeBIT de Hanovre (voir photo ci-dessous), l'opérateur germanique Deutsche Telekom a annoncé la signature d'un partenariat de cinq ans entre T-Systems, sa SSII interne (une grande spécialité des industriels d'outre-Rhin), et l'Américain Cognizant.

On annonçait une fusion à grand spectacle. Ce sera finalement un accord commercial aux termes assez généraux. Lors du CeBIT de Hanovre (voir photo ci-dessous), l'opérateur germanique Deutsche Telekom a annoncé la signature d'un partenariat de cinq ans entre T-Systems, sa SSII interne (une grande spécialité des industriels d'outre-Rhin), et l'Américain Cognizant. Ce dernier, qui a réalisé un chiffre d'affaires de 1,44 milliards d'euros en 2007 (presque 10 fois moins que T-Systems pour un effectif similaire d'environ 55 000 personnes !), se caractérise par une forte présence en Inde. Sur les 110 000 personnes que compte l'alliance, 40 000 travailleront offshore. Des forces amenées presque entièrement par Cognizant (qui compte 9 implantations sur le sous-continent), les effectifs de T-Systems en Inde se limitant à 1 150 personnes. Cette implantation de l'Allemand sera d'ailleurs versée dans les actifs de l'Américain.

« Il faut que ça s'organise »

Il s'agit là du seul point réellement concret ressortant de l'annonce. En dehors de ce transfert d'actif, les deux partenaires affirment leur volonté de bâtir un modèle de services global, qu'ils partageront dans le domaine de l'intégration de systèmes, et de pratiquer des ventes croisées reposant sur leur complémentarité géographique et sectorielle. Sur certains marchés, les prospects seront adressés conjointement par les partenaires. Et les revenus partagés. En dehors de quelques comptes clefs, les deux SSII s'engagent dans tous les cas à travailler exclusivement ensemble et à pousser les offres de leur partenaire. De belles promesses réciproques qui restent soumise à interprétation et devront être validées sur le terrain et dans la durée, souligne le cabinet Ovum. En France par exemple, les modalités d'application restent à discuter entre les deux filiales. « On en est à définir des règles pour le groupe, explique Pierre Joudiou, président de T-Systems France. Il faudra les compléter par des accords locaux. » Mais sans précision en matière de calendrier. « Il faut que ça s'organise », commente une personne de Cognizant France, selon laquelle les premiers contacts ont été noués avec la filiale française de la SSII allemande.

Présente en France depuis 2004 et comptant actuellement une trentaine de salariés (pour y faire de la prospection commerciale et accompagner des clients américains comme IMS), Cognizant est avant tout spécialisée dans la finance (près de la moitié de son activité) et la santé. Tandis que T-Systems se distingue dans l'industrie, les télécoms ou le secteur public. La SSII américaine, qui réalise plus de 80 % de son activité outre-Atlantique, propose un porte-feuilles de services allant du conseil, au BPO (business process outsourcing), en passant par l'intégration de systèmes, et l'outsourcing (applicatif et infrastructures). Via le partenariat avec T-Systems, elle espère réduire sa dépendance vis-à-vis du marché américain, touché par la crise des « subprimes ».

Casse sociale : la France épargnée ?

De son côté, T-Systems va s'appuyer sur les capacités offshore existantes de Cognizant pour proposer à ses clients, très largement européens, des prix plus attractifs. Ou des prestations jusqu'alors absentes de son porte-feuille. « Sur nos contrats actuels, nous n'effectuerons pas de transfert vers les sites indiens, explique Pierre Joudiou. Mais l'accord avec Cognizant va nous permettre de gagner de nouveaux contrats, notamment dans le domaine de la TMA. » Dans ses motivations, le « deal » rappelle donc les rapprochements entre Capgemini et Kanbay ou Steria et Xansa. Dans tous ces cas, la volonté des SSII européennes d'accélérer leur déploiement à l'offshore apparaît clef. A part qu'ici, l'Allemand va devoir concéder une part du chiffre d'affaires à son partenaire.

Une perspective qui annonce probablement de la casse sociale pour T-Systems, qui a terminé 2007 – pourtant une année faste dans les services – sur une perte de plus de 320 millions d'euros. « Il est clair que nous ne pourrons pas emmener tout le monde dans ce partenariat », a d'ailleurs reconnu Reinhard Clemens, le Pdg de T-Systems, cité par l'AFP. En France, selon le président de la filiale, les effectifs, 1800 personnes, ne seraient pas menacés : « nous sommes dans une logique inverse de celle de la maison mère. Nous avons du mal à faire face à la croissance de notre activité », explique Pierre Joudiou. En 2007, T-Systems France a engrangé 267 millions d'euros (à 50 % dans l'intégration).

L'hypothèse Tata : un salarié sur deux sur le carreau

Ce sont probablement ces coûts de restructuration en Allemagne, auxquels T-Systems ne pourra pas échapper, qui ont bloqué les fusions évoquées jusqu'alors entre la SSII allemande et divers prétendants. Tout à tour, diverses formes de rapprochements avec l'Américain EDS, le Français Atos-Origin, le Canadien CGI ou l'Indien Tata avaient fuité dans la presse. Longtemps, ce dernier a semblé tenir la corde. Le magazine allemand Focus allant même jusqu'à dévoiler en janvier dernier les termes du partenariat envisagé avec l'Indien. Un partenariat portant déjà sur le périmètre de l'intégration de systèmes et aboutissant à la délocalisation en Inde de la moitié des 13 000 salariés de cette activité chez T-Systems. A posteriori, on peut y voir une façon de préparer l'opinion d'outre Rhin à l'inéluctable.

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Les chemins de fer britanniques confient leur infrastructure IT à cinq SSII Network Rail, l’équivalent britannique de RFF (Réseau Ferré de France), vient de consolider la sous-traitance de ses systèmes d’information auprès de 5 SSII, dont Accenture, CSC, Cognizant et TCS. Dans un communiqué, Network Rail explique qu’il se reposait jusqu’ici sur plus de 270 fournisseurs individuels pour l’exploitation de systèmes dont certains ont été conçus dans les années 1970. Si l’accord cadre est évalué à 350 M£ (422 M€), l’exploitant et propriétaire des chemins de fer britannique précise l’absence d’engagement sur un montant : «le potentiel est là pour qu’il y ait le transfert de certaines sommes d’argent mais, pareillement, les entreprises concernées savent qu’il est possible qu’elles n’aient pas de mission.

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