Soupçons en Inde : HP dévalorise-t-il MphasiS pour mieux en prendre le contrôle total ?

C’est la question qui agite les analystes en Inde. La filiale indienne du groupe informatique a récemment cessé de publier la segmentation de ses résultats en fonction de ses métiers ainsi que les tarifs moyens de ses prestations horaires, invoquant l’évolution de sa structure organisationnelle. Avant de faire marche arrière sous la pression d’analystes et d’actionnaires dénonçant un manque de transparence quant à ses prestations pour son principal actionnaire et client, HP. Des analystes qui soupçonnent le numéro un mondial de l'IT de vouloir déprécier sa filiale pour mieux en racheter les parts des minoritaires.

C'est le flou depuis l’annonce, la semaine passée, des résultats de MphasiS pour le premier trimestre de son exercice en cours, clos le 31 janvier dernier. S’il n’était que ceux-ci affichaient un recul de 8,5 % par rapport au trimestre précédent, l’action de la SSII à la bourse de Mumbai (Bombay) n’aurait probablement pas brutalement plongé de 27 %. Non, le principal reproche touche à la communication de MphasiS : celui-ci a initialement indiqué ne plus souhaiter ventiler ses résultats par métiers, ni mentionner les tarifs moyens pratiqués pour ses prestations horaires, sur site et offshore. Las, HP, qui détient 60 % du capital de la SSII indienne, en est également le plus gros client - près de 70 % du CA. Et, selon certains analystes, le recul de son chiffre d’affaires serait lié à une baisse des tarifs préférentiels que MphasiS consentirait à son actionnaire principal. D’ailleurs, dans un entretien accordé à la chaîne de télévision CNBC-TV18 ce 3 mars, le PDG de MphasiS, Ganesh Ayyar, a reconnu avoir procédé «à des interventions tarifaires sélectives» en réponse à un climat d’affaires «ralenti» avec HP... Climat qu’il s’attend à voir perdurer. Plus précisément, il assure que HP lui a demandé de consentir à des baisses de prix pour répondre aux exigences de certains de ses clients. Mais Ganesh Ayyar explique surtout le recul séquentiel de son CA en dollars par moins de jours ouvrés sur la période - à hauteur de 3,5 points -, l’encaissement d’un paiement exceptionnel sur la période précédente - à hauteur de 3 points -, la fluctuation des devises - à hauteur de 1 point -, et enfin une baisse des prix, mais à hauteur de seulement 1 point. Reste que la tension ne semble pas complètement dissipée.

Des faveurs pour l’actionnaire de référence

Au point que MphasiS a finalement consenti à présenter ses résultats par métiers, ainsi que certains tarifs moyens. Il s'avère ainsi que l’activité services applicatifs a reculé de 2,4 % sur un an et de 9,5 % séquentiellement, au premier trimestre de l’exercice. Les services d’externalisation d’infratructure IT (ITO) ont quant à eux progressé de 47,2 % sur un an, mais reculé de 6,4 % séquentiellement. Les services de BPO ont enfin reculé de 17,4 % sur un an et réculé de 5,4 % par rapport au trimestre précédent.

Mais le plus étonnant est peut-être la baisse considérable du prix horaire moyen pour les services applicatifs offshore : il serait passé de 23 à 7 $ en l’espace d’un an, selon nos confrères indiens ! Un point que les analystes pourraient relever. D’autant plus que les autres tarifs moyens se sont globalement maintenus : 72 $/h pour les services applicatifs sur site, contre 19 $ en offshore (23 $ un an an plus tôt); et 67 $/h pour l’ITO sur site (70 $ un an plus tôt), contre 19 $ en offshore.

Face à la fronde des analystes et des investisseurs - outre HP - MphasiS s’est engagé à publier ces informations détaillées durant encore 11 mois.

Un déficit d’image historique

Il faut dire que certains analystes n’auraient pas, toujours selon nos confrères indiens, mâché leurs mots, comparant la situation de MphasiS à celle d’une autre filiale de HP, Digital Globalsoft, ancienne filiale indienne de DEC. Nos confrères de DNA India expliquent ainsi que fin 2003, à la suite du rachat de DEC par HP, Digital Globalsoft aurait massivement réduit les tarifs qu’il accordait à son actionnaire de référence - HP donc - avant que ce dernier ne finissent par racheter les parts des actionnaires minoritaires. Dans les colonnes de nos confrères, trois analystes de CLSA tirent la sonnette d’alarme : «nous observons un schéma similaire avec MphasiS.» Et de prévenir : «nous anticipons une dégradation régulière des finances et de la valorisation alors que les intérêts de la maison mère (HP) prennent le pas sur ceux des actionnaires minoritaires.»

Lors de l’entretien accordé à CNBC-TV18, Ganesh Ayyar n’a d’ailleurs pas écarté l’hypothèse d’un rachat d’actions - laquelle vient en seconde place derrière d’éventuelles acquisitions - pour l’utilisation des liquidités de MphasiS. Quant à savoir si la SSII s’orientait vers un retrait des marchés actions : «j’aimerais connaître la réponse tout autant que quiconque » a répondu laconiquement son PDG. Ce qui a eu pour effet de faire légèrement rebondir le titre.

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