3 ans après sa sortie de la bourse, Dell affiche une santé insolente

Denali Holdings, la maison mère de Dell a pour la première fois en trois ans publié ses résultats financiers trimestriels. L'occasion pour le MagIT de faire le point sur la santé financière de la firme et de comparer sa trajectoire à celle d'HP/HPE au cours des 3 dernières années.

À la surprise générale, Denali Holdings, la société mère de Dell a publié cette semaine ses comptes trimestriels détaillés. Denali n'avait plus communiqué sur les finances de Dell depuis la fin du second trimestre fiscal 2014 ce la firme (achevé le 2 août 2013).

Cette publication intervient alors que la fusion entre Dell et EMC - qui donnera naissance à Dell Technologies - est attendue pour les semaines à venir (début juillet si les informations que nous avons obtenues à EMC World se confirment). Elle permet d’en savoir plus sur la santé de Dell, mais surtout de comparer la trajectoire de la firme et celle du couple HP/HPE, qui a adopté une stratégie d’éclatement - confortée par la récente filialisation/fusion des services d'HP avec CSC - aux antipodes de la stratégie de consolidation actuellement poursuivie par Dell.

En étudiant les chiffres publiés par les trois firmes (HP Inc., HPE et Dell), c’est bien Dell qui a le mieux tiré son épingle du jeu au cours des trois dernières années. La firme fondée et dirigée Michael Dell a vu ses différentes activités progresser plus vite que celles d’HP/HPE et a surtout réussi à rembourser la lourde dette contractée lors de sa sortie des marchés financiers à un rythme impressionnant.

Dell : une dette réduite à marche forcée au cours des trois dernières années

Lors de son rachat par Michael Dell et Silver Lake, en 2013, Dell avait une trésorerie de près de 10 Md$ et n’était que peu endetté (environ 4,1 Md$ de dette à long terme). Le rachat, financé massivement par endettement, a ajouté à la barque près de 21 Md$ de dette, que Denali/Dell s’est employé à rembourser religieusement, trimestre après trimestre. Comme le montrent les chiffres du trimestre écoulé, la firme a ainsi remboursé près d’un milliard de dollars en capital au cours du trimestre écoulé et a aussi payé près de 205 M$ d’intérêts sur sa dette.

3 ans après sa sortie des marchés financiers, le bilan de Denali est plus que rassurant. La firme dispose de 6 Md$ de trésorerie en banque et sa dette à long terme n’est plus que de 10,6 Md$ (avant la cession de Dell Services à NTT Data pour environ 3 Md$). La firme a donc peu ou prou réussi à éliminer près de 11 milliards de dette en 3 ans, tout en se restructurant. À titre de comparaison, le seul Hewlett-Packard Enterprise, au dernier trimestre, affichait une trésorerie de 9 Md$ et une dette à long terme de 15,2 Md$.

La performance de Dell impressionne face à HP/HPE

Le plus impressionnant est que depuis sa sortie des marchés financiers, la plupart des activités de la firme se sont développées. Pour effectuer ce constat, nous avons comparé les résultats trimestriels publiés par Denali cette semaine à ceux publiés par Dell lorsqu’il était encore coté en bourse pour le même trimestre en 2013. Les revenus dérivés des ventes de serveurs et d’équipements réseaux ont bondi de 15% en trois ans, pour passer à 3, 07 Md$. Les ventes de stockage ont progressé de 26% pour s’établir à 538 M$ au dernier trimestre. Le logiciel a progressé de 13% à 334 M$. Enfin, dans un marché en plein marasme, Dell a réussi à contenir la baisse de son activité PC et a même gagné des parts de marché. En trois ans, ses revenus dérivés de la vente de PC et de périphériques n’ont reculé que de 3,9%, à 8,57 Md$.

Sur le marché des serveurs et des réseaux, HPE a fait un peu mieux que Dell avec une progression de 20% de ces activités en 3 ans, à 4,43 Md$. Mais toutes ses autres activités ont fait considérablement moins bien que Dell. Par exemple, les ventes de stockage d’HPE ont reculé de 12,2% (à 752 M$) et ses revenus logiciels ont plongé de 17,7% (à 774 M$). De même, les revenus dérivés des PC et des imprimantes (désormais chez HP Inc.) ont reculé de 14,9% en 3 ans (à 11,62 Md$). Côté financier, HP avait une trésorerie de 13,2 Md$ à la fin du mois d’avril 2013 et une dette de 19,8 Md$. Le couple HP/HPE (nous avons additionné les chifrfes des deux firmes afin de disposer d'une base de comparaison similaire) avait quant à lui une trésorerie cumulée de 13,6 Md$ à la fin avril 2016 et un endettement de 21,9 Md$. HP/HPE a donc vu son bilan se dégrader en trois ans, quand Dell améliorait nettement le sien.

Michael Dell entend reproduire avec EMC ce qu'il a réussi avec Dell

Clairement, la stratégie de Michael Dell s'est avérée payante. La firme a sacrifié sa rentabilité à court terme au cours des 3 dernières années pour pouvoir rembourser sa dette à un rythme soutenu. C'est ce qui lui permet aujourd’hui de se lancer à l’assaut d’EMC. Le pari de Michael Dell est clairement de reproduire avec EMC ce qu’il a réussi avec Dell. Sorti de la bourse, EMC devrait pouvoir générer près de 6 à 7 milliards de dollars de cash-flow par an, qui seront affectés au paiement des quelque 50 milliards de dette additionnelle que va générer le rachat.

Si l’intégration du futur Dell/EMC se passe sans trop de difficultés, le nouvel ensemble devrait générer un flux de trésorerie positif de 10 à 11 Md$ par an, de quoi rembourser sa dette à un rythme soutenu avant de devenir une machine à cash pour les actionnaires de Denali. Bien sûr il s’agit là du scénario idéal. Car si la machine à cash venait à s’enrayer, le poids de la dette pourrait plomber tout l’exercice. Michael Dell fait donc clairement un pari, mais en ces temps de taux d’intérêt bas, les conditions n’ont sans doute jamais été meilleures pour un tel pari…

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