Reportage à New York : la récession frappe l’IT de Wall Street, mais avec nuance

Comment se porte l’activité IT dans le cœur de la finance mondiale, Manhattan ? Pas si mal. Deux professionnels du secteur, œuvrant sur place, nous décrivent une situation contrastée, loin de l’euphorie, mais pas forcément en pleine déprime.

Coeur de la finance mondiale et épicentre de la crise financière, Wall Street constitue un bon baromètre de la santé des investissements IT, annoncés en récession en 2009. Pour nous faire une idée plus précise du climat dans ce quartier qui concentre de nombreuses institutions financières ayant fait la une des journaux ces derniers mois, nous avons rencontré sur place deux professionnels travaillant dans l'IT à Wall Street. Le premier est directeur d’une entreprise spécialisée dans l’édition de logiciels dédiés à la gestion des transactions hors marché et souhaite rester anonyme. Pour lui, le marché IT pour l’industrie des services financiers est actuellement atone : « il ne se passe pas grand chose. J’ai des amis chez Goldman Sachs et JP Morgan : ils ne font rien ; tout est gelé. » La tendance est donnée.

Budgets : - 5 %, pas plus

Dans le détail, certains domaines continuent néanmoins de bien se porter : « il y a toujours des renouvellements de matériels. Mais les budgets sont observés à la loupe. Dans l’ensemble, il y a peut-être une réduction de 5 %, mais pas plus. »

C’est le domaine du logiciel qui, selon lui, souffre le plus : « il y a moins de budgets pour les projets relatifs aux applications. Bien qu’on en trouve encore quelques-uns dans les domaines du décisionnel et en particulier de l’ETL. » Dans les domaines du Cloud Computing, de la virtualisation, « il ne se passe pas grand chose. Beaucoup de gens ont fait des études et des analyses sur le sujet, mais il n’y a pas, pour le moment, de projets d’investissement pour des initiatives de grande échelle. » Linux en profite-t-il pour faire son chemin dans les institutions financières de Manhattan ? Non. « Nous avons déjà pris cette voie. Mais nous tendons désormais à réduire la place de Linux. » La principale difficulté tiendrait au manque de personnels compétents sur les environnements hétérogènes, « et ils coûtent cher. » Goldman Sachs, par exemple, serait en train de revenir sur ses déploiements Linux, même pour ses postes de travail virtualisés avec Citrix.

Dans ce contexte, le front de l’emploi semble lui aussi peu actif, mais stabilisé : « Il n’y a ni contraction, ni embauche. » Mais l’outsourcing et l’offshoring n’en profitent pas – « on y recours peut-être même un peu moins. » Une logique patriotique ? Non, « il y a eu de nombreux projets par le passé, mais ils n’ont pas été pleinement satisfaisants et l’efficacité de la solution n’a pas été démontrée. »

Tout de même des investissements

Jusqu’à récemment, Ed Maguire - notre second témoin - était directeur chez Merrill Lynch Technology Investment Banking. Il vient de fonder sa propre société de conseil en investissement dans les entreprises technologiques, MAGNet Strategies. Pour lui, la période est « assez exceptionnelle ; nous sortons d’une importante phase de consolidation entre banques ; trois d’entre elles ont disparu. Ici, tout le monde est conscient des redondances existantes. »

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L’un des enjeux majeurs du moment est donc, très logiquement, l’intégration des systèmes. Une intégration d’autant plus délicate que « les gens qui ont conçu ces systèmes il y a dix ans peuvent ne plus être là. » S’ajoute à cela « une pression croissance des autorités publiques sur le plan réglementaire. » Pour Ed Maguire, c’est bien sûr une opportunité pour les prestataires de services informatiques. Pour autant, il n’est pas sûr que ceux-ci profitent réellement de la situation.

Cloud Computing : mise en oeuvre d'infrastructures internes

Contrairement à ce qu’indiquait notre premier interlocuteur, Ed Maguire estime qu'il y aurait un intérêt croissant pour l’externalisation, « de tout ce qui peut être externalisé, en fait. » Et notamment la sécurité informatique. De même, les investissements commenceraient à se développer dans le Cloud Computing, mais essentiellement pour des nuages internes. Et avec une démarche très pragmatique : « l’ancien modèle consistant à simplement s’appuyer sur une batterie de programmeurs n’est tout simplement pas capable de monter en puissance. » Même en ayant recours à des développeurs à bas coût, offshore.

Autre domaine d’investissement, le décisionnel : « les données sont un actif dont les entreprises sont déjà propriétaires ; la question est de savoir comment générer plus de valeur à partir des données dont on dispose. » La sécurité continuerait aussi d’être un poste de dépense important, non seulement pour éviter les pertes liées aux fraudes et vols de données, mais aussi pour sécuriser les données dans le cadre d’opérations d’externalisation. Reste que l’offshore n’aurait plus forcément autant la cote qu’il a pu l’avoir : « les gens ont pris conscience que travailler avec des informaticiens économiques à l’autre bout du monde peut faire perdre beaucoup de temps. » Et, même avec les anglophones, « il y a une barrière linguistique », qu’il s’agisse de confort avec la langue, avec la rapidité d’élocution ou encore avec les différences d’accent.

La phase de fusions/acquisition dont sort l’industrie américaine des services financiers a laissé bon nombre d’informaticiens sur le carreau – dans certaines entreprises victimes de restructuration, on évoque le départ de près de la moitié des informaticiens – : un vivier formidable pour les petites entreprises, les start-ups, « qui ont accès à un coût raisonnable à des ressources qui étaient jusque là captives. » 

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