L'ambiance dans la Silicon Valley : la crise, quelle crise ?

Cela tient à la fois de l’analyse, du mantra et du message officiel : dans la Silicon Valley, tout va bien. Au-delà du discours, la réalité est plus contrastée, plus complexe. Surtout, une loi d’airain semble s’être abattue sur les salariés des entreprises IT de la vallée : il faut serrer les rangs – à défaut d’autre chose – et faire bonne figure.

La Silicon Valley n’est qu’à un saut de puce de San Francisco, où se déroule actuellement le salon Macworld Expo. Du coup, ce dernier est l’occasion de rencontrer de nombreux salariés d’entreprises de la vallée, exposants comme visiteurs du salon, ou simplement individus venus passer une soirée en ville. L’occasion donc de prendre une modeste mesure de l’ambiance qui règne dans le sanctuaire de l’informatique mondiale.

La constat objectif, mis en avant par beaucoup, est connu : l’impact de crise financière mondiale sur la Silicon Valley est moins important que celui de l’explosion de la bulle Internet du début des années 2000. L’explication semble évidente : les grandes entreprises IT de la vallée sont aujourd’hui assises, pour nombre d’entre elles, sur d’impressionnants trésors de guerre. Ceux qui résident dans ou autour de la vallée précisent : « les prix de l’immobilier ne baissent pas ici, cela signifie que l’afflux reste important », confie un confrère installé sur place. Une consultante qui souhaite garder l’anonymat tempère néanmoins : « aujourd’hui, l’immobilier ne progresse pas ; ce n’est pas normal. San Francisco, par exemple, c’est petit ; l’immobilier n’a jamais été flat que lors de périodes de crise comme après le tremblement de terre de la fin des années 80. » Reste un chauffeur de taxi, qui se veut rassurant : « le business ne va pas très fort, mais le week-end, tout le monde sort faire la fête comme d’habitude. »

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Derrière le discours de façade

Mais alors, cette crise, où est-elle ? La Silicon Valley n’est-elle pas ce petit monde dans lequel chacun, ou presque, se connaît ? En grattant un peu, une autre facette de la réalité transparaît. Sur le stand Apple de Macworld Expo, un collaborateur de la firme à la pomme, venu d’une ville du Midwest, s’expose un peu : « vous pouvez demander à mes collègues de Cupertino, mais vous n’aurez que le discours officiel. » Il y a donc bien un discours de façade… C’est un salarié d’un éditeur qui confirme, de manière anonyme, bien sûr : « on nous a demandé de faire comme si de rien n’était. Chez nous, il y a eu des licenciements. Du jour au lendemain, certains ont dû partir. Et ce n’était pas la peine de chercher à discuter. Ceux qui restent ont pour consigne de faire comme si de rien n’était ; de continuer à travailler comme d’habitude. » Et cette consigne semble passer sans trop de peine. Un consultant local explique : « les gars tiennent à leurs postes ; ils s’investissent à fond pour ne pas devenir ce mouton noir que l’on n’hésitera pas à virer sans ménagement. » p1010792Et de préciser : « il faut savoir lire entre les lignes. Par exemple, certains ne parlent pas de gel des embauches mais juste de pause dans le recrutement… »

Mais qu’en est-il de ces piles de cash sur lesquelles seraient assises les sociétés de la Silicon Valley ? Pas grand chose : « il faut rassurer les investisseurs ; réduire la voilure pour montrer que l’on s’adapte à la crise. » Et, n’en déplaisent à certains, la crise est bien là. Dans les rues San Francisco, ce mercredi matin, un petit cortège hétéroclite manifestait pour dénoncer la situation de Wells Construction Inc., une entreprise de BTP, apparemment incapable de « payer les salaires et les avantages financiers déterminés par les charpentiers de cette zone. » Et représentée sans concession par une figure satyrique plutôt explicite (en photo ci-contre).

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