Bataille Oracle/Google autour de Java : les réactions

Oracle utilise les technologies Java pour menacer Google. Des technologies passées sous licence Open Source avant que Sun ne se vende à l'éditeur de base de données. Chocking pour les milieux Open Source ? Pas forcément. Certains trouvent à Oracle des circonstances atténuantes.

En fin de semaine dernière, Oracle a décidé de déposer une plainte contre Google, accusant le système d'exploitation pour mobiles Android de violer le copyright et sept brevets relatifs à Java. La plainte a été déposée jeudi 12 août devant la cour de district de San Francisco.

Rappelons que, pour Android, Google a développé sa propre technologie compatible Java, baptisée Dalvik, redeveloppée de zéro, officiellement sans s'appuyer sur les technologies de Sun. Pour tourner sous Dalvik, une application Java venant d'un environnement Sun doit être recompilée au préalable.

Une décision depuis scrutée de près par les milieux Open Source et les opposants au principe de la brévetabilité du logiciel, auprès desquels Oracle récolte parfois une volée de bois vert ou trouve, dans d'autres cas, quelques circonstances atténuantes. Florilège.

James Gosling, considéré comme le père de Java. Gosling, qui a quitté Sun-Oracle après le rachat du Californien par l'éditeur, livre sur son blog un billet assez désabusé sur les mœurs des grands noms de l'industrie du logiciel.

"Il n'a pas une de partie qui soit blanche comme neige dans le petit drame qui est en train de se nouer. Cette échauffourée ne concerne pas des brevets ou des principes de de programmation. Tout y est question d'egos, d'argent et de pouvoir."

"En matière de moralité des grands éditeurs, il est triste de constater que c'est Microsoft - même si je pense qu'ils ne se sont pas améliorés depuis que Sun les a poursuivis - qui atteint le meilleur niveau."

James Gosling indique toutefois que Sun était également inquiet des risques de fragmentation de l'ecosystème Java que portaient en eux les projets menés par Google autour d'Android.

Miguel de Icaza, vice-président en charge du développement de Novell. Animateur des projets Mono et Moonlight chez l'éditeur, l'ex-leader du projet Gnome revient sur l'histoire de cette plainte et livre sa version des faits. Selon lui, le dépôt de cette plainte était écrit dès le rachat de Sun par Oracle.

"Evidemment, Sun n'était pas satisfait de la naissance de Dalvik. Pas seulement parce que Sun avait perdu une important contrat de licence, mais aussi parce que Dalvik a le potentiel pour devenir le standard de fait en matière de machine virtuelle Java dans l'embarqué, en lieu et place du Java Micro Edition de Sun."

"Jonathan (Schwartz, alors patron de Sun, NDLR) a commencé à tenter de vendre Sun fin 2008. Les actifs Java avaient été dévalués du fait du passage de ces technologies en Open Source, sous licence GPL. Je suis prêt à parier que le même soin qui a été apporté au choix de la GPL a servi à évaluer les poursuites potentielles."

"Au moment où Oracle a racheté Sun, l'éditeur savait qu'il allait poursuivre Google et quiconque aurait les poches bien remplies et pas d'accord de licence (avec Sun, NDLR)."

Selon Miguel de Icaza, Oracle va certainement vouloir régler l'affaire avec Google selon des termes qui ne couvrent que ce dernier. Afin de pouvoir poursuivre, par la suite, les constructeurs de téléphones Android, notamment. Remarquons que, pour l'instant, Google n'a pas indiqué qu'il protégera les intégrateurs de son OS mobile.

Bruce Perens, ancien leader du projet Debian, se penche sur les aspects techniques de la plainte, se demandant notamment pourquoi Google a fait des choix techniques qui lui retirent les droits accordés par Sun à tout intégrateur des technologies Java.

"Je pense que Google n'était pas trop inquiet des éventuelles poursuites de Sun. Les deux sociétés partagent un actionnaire majeur (Andy Bechtolsheim) et, surtout, Google pensait sûrement disposer de suffisamment de brevets pour obliger Sun à un accord de licences croisées en cas de nécessité. Est-ce que Google sera en mesure de faire de même avec Oracle ? J'en ai la conviction."

Florian Mueller, lobbyiste européen et activiste anti-brevets, s'inquiète non pas des conséquences pour Google ("Si Google a choisi de ne pas se conformer aux prérequis exigés par Sun pour avoir un accès sans royalties - aux technologies Java, NDLR -, alors il doit payer"), mais de celles sur l'écosystème Android.

"Google doit aussi prendre en compte le très large écosystème concerné, et pas seulement régler le problème pour lui seul. Je m'inquiète bien plus pour tous ces développeurs d'applications Android, qui se sont investis en temps, en énergie et en argent. Google survivra. Mais ces petites structures doivent obtenir des assurances légales. J'espère par exemple que ces développeurs n'auront pas à réécrire leurs programmes."

Brian Proffitt, blogueur de ITworld, livre un billet en forme de clin d'œil, titrant : "SCOracle transforme Java en arme". Une référence (sévère pour la firme de Larry Ellison) à SCO, société qui avait décidé d'utiliser son porte-feuille de brevets comme machine à cash.

Google se dit déterminé à se battre
Dénonçant une attaque "sans fondement", Google a fait part de sa détermination à se battre suite à la plainte d'Oracle. Et tente de s'attirer les grâces de la communauté Open Source. Cité par Computerworld, un porte-parole du géant de l'Internet explique ainsi : "La communauté Open Source Java va au-delà de n'importe quelle entreprise et travaille chaque jour à rendre le Web meilleur". Une façon de dire qu'Oracle piétine les principes de l'Open Source. Et une manière de se racheter une virginité à bon compte après la polémique créée par la proposition de Google et de l'opérateur Verizon sur les évolutions des principes de la neutralité du Net (lire notre revue de presse consacrée au sujet).

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