SAP / Sybase : SGBD, BI et mobilité, coups de canon contre Oracle

En signant le rachat de Sybase la semaine dernière, SAP s’est offert un socle solide pour supporter son infrastructure mobile et se donner un nouvel élan face à son éternel rival Oracle. Si ce rachat ne devrait pas redessiner les frontières du marché des SGBD, il pousse l’Allemand vers ce segment historique d'Oracle et l’installe définitivement sur le créneau de la BI, en venant compléter les offres issues du rachat de BO.

Jim Hagemann Snabe, la 2e tête pensante de SAP, nous avait prévenu la semaine dernière dans le Financial Times : l’Allemand souhaitait étendre son terrain de chasse à "de nouveaux horizons technologiques". SAP a donc tenu sa promesse et on en connait désormais les bornes : les bases de données, la BI haut de gamme et la mobilité. Surtout, en s'offrant Sybase mercredi dernier pour 5,8 milliards de dollars, SAP signe l’un des plus importants rachats de son histoire après l’acquisition de Business Object (racheté pour 4,8 milliards d’euros).

Une opération structurante pour SAP symbole de la montée en puissance de sa nouvelle direction bicéphale, nommée après le tumultueux départ de Leo Apotheker. Avec en ligne de mire Oracle, le rival favori du groupe allemand, mais également - et c’est là l’un des principaux objectifs du rachat - le besoin de doter ses applications d’un pendant mobile puissant, en ligne avec les orientations et les tendances au décloisonnement du marché.

Un renforcement fort de l’infrastructure mobile

Un objectif d'autant plus cohérent que sur ce terrain, Sybase et SAP ne sont pas exactement des inconnus l'un pour l'autre. Les deux groupes avaient noué un partenariat autour de l’intégration du middleware mobile de Sybase iAnywhere aux outils de CRM de l’Allemand. Objectif : porter les lourdes applications de relation clients vers les smartphones iPhone, Windows Mobile et Blackberry.

Ce volet mobilité constitue donc bien - au delà d'une entrée symbolique et remarquée sur le marché des SGBD - l’un des piliers de ce rachat. Ce que confirme Ed Maguire, directeur Software US Equity Research, CLSA, interrogé par la rédaction qui explique que "l’essentiel de cette annonce, c’est le développement de la mobilité en entreprise. Ce qui a poussé SAP à s’engager dans cette opération, c’est le succès - déjà - de l’iPad.[...] SAP s’est dit : nous devons suivre cette tendance; nous devons nous assurer que nos applications fonctionneront sur des terminaux comme l’iPad. Et puis Sybase dispose aussi d’une solution d’administration de terminaux mobiles pour parcs hétérogènes. De son côté, Oracle peut déjà compter sur AT&T et sa solution Workbench, présentée en mars dernier, pour rendre mobiles certaines de ses applications [CRM On Demand, en particulier; en avril, Oracle a en outre annoncé le support de l’iPad pour Siebel CRM]".

Sur le volet mobilité reste cependant quelques interrogations posées par nos confrères de TechTarget. Si l’intégration entre les deux technologies - d’un côté Netweaver MI et de l’autre le middleware de Sybase - est plus que probable, que deviendront, sur le long terme, les liens entre SAP et ses partenaires technologiques, nombreux autour de la stratégie mobilité du groupe jusqu'alors largement externalisée ? L’accès aux données en environnement mobile n’étant pas le point fort de SAP, le groupe s’était en effet rapproché de sociétés spécialisées pour le développement de composants métiers... Autant de frères d'armes qu'il faudra sans doute délaisser ou gérer dans un cadre relationnel plus complexe.

BI sous stéroïdes

Au-delà de la mobilité, Sybase représente également une possiblité de mettre en valeur BO, jusqu'alors rachat phare de SAP et dont l'activité a permis, malgré la crise et les tensions avec les utilisateurs du PGI, de surnager un peu ces derniers mois. SAP semble décidé à pousser plus loin son avantage dans la Business Intelligence - l'un des segments logiciels les plus résilient à la crise - en tapant vers le haut de gamme grâce notamment à Sybase IQ, la base de donnée en mode colonne, qui devrait muscler les capacités analytiques et onDemand de l’Allemand. Un des objectifs pourrait notamment être d'étayer "In-Memory", une technologie d’accélération d’accès aux données appliquée au dessous de la base de données, l'une des clé de l'analyse en temps réel. 

SAP, au-delà du middleware

SAP / Sybase c'est enfin pour l'Allemand l'occasion de se placer au delà de la couche middleware pour s’installer sur le marché des bases de données, comme l’indique Christophe Toulemonde, directeur du cabinet d’étude Jemm Research, qui parle bien d'un "nouveau SAP". Là où finalement les clients de SAP dépendaient initialement de la concurrence - comprendre Oracle - ils pourront à terme s'appuyer sur une offre intégrée déjà éprouvée sur des secteur clés, comme la finance où Sybase est particulièrement présent.

Reste que sur ce dernier point, il s'agit avant tout d'une action défensive, Ed Maguire estimant que "cela ne devrait pas changer radicalement le visage du marché des bases de données pour entreprises". Et d'ajouter que "Sybase n’a pas connu le succès d’autres sur le marché des bases de données génériques, mais qu'il a su garder une base installée très loyale et se concentrer sur les développements et les évolutions susceptibles d’apporter de la valeur à ses clients. Au final, aujourd’hui, c’est une activité de niche qui se porte très bien dans des domaines verticaux tels que les services financiers ou la gestion du risque et l’analytique. Peut-être néanmoins cela permettra-t-il à SAP de construire de nouvelles offres avec, par exemple, des applications mobiles de gestion du risque. Pour cela, ils disposent désormais de l’ensemble des briques nécessaires."

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