L’Europe s’unit pour tirer profit du potentiel de croissance du numérique

Réunis de manière informelle, par visioconférence, les ministres européens des télécommunications ont apporté leur soutien, ce lundi 19 avril, aux propositions de la vice-présidente de la Commission Européenne Neelie Kroes visant à « maximiser le potentiel économique et social des technologies de l’information et de la communication » en Europe. En particulier, la Commission milite pour l'accélération du développement du très haut débit et veut renforcer la lutte contre la cybercriminalité. Elle entend aussi encourager les efforts de recherche et développement et renforcer l’interopérabilité via le soutien des standards ouverts.

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Neelie Kroes, à l'époque en charge de la
concurrence à la Commission Européenne

« J’accueille chaleureusement la déclaration des ministres européens des télécommunications qui s’accordent pour améliorer la coopération et prendre des mesures concrètes pour relever les défis du futur du numérique. » C’est en ces termes que Neelie Kroes, vice-présidente de la Commission Européenne, a salué l’issue d’une réunion informelle des ministres européens des télécommunications, ce lundi 19 avril. Une réunion organisée en vidéo-conférence, nuage de cendres oblige. Dans un communiqué, Neele Kroes souligne que « nous ne cherchons pas à dicter la conception, l’échelle et les directions futures des technologies de l’information et de la communication. Mais nous sommes déterminés à créer un nouvel ensemble de conditions pour le futur des TIC et d’Internet. »

Fluidifier et sécuriser l’économie numérique

Et la commissaire de pointer les domaines dans lesquels la Commission entend s'investir de façon prioritaire, afin de fluidifier et desécuriser l’économie numérique. Tout d'abord Neelie Kroes souligne « le manque d’investissements dans les réseaux », et appelle à « faciliter les investissements dans les nouveaux réseaux Internet rapides qui seront au cœur d’une économie future compétitive et inclusive ». Toujours pour les réseaux, il est urgent selon la Commission, de faire de la lutte contre la cybercriminalité une priorité : « les internautes n’avanceront pas vers des usages toujours plus sophistiqués s’ils n’ont pas confiance dans le fait que leur vie privée est protégée et qu’ils peuvent pleinement s’appuyer sur les réseaux. » En outre, l’Europe « doit adresser les nouvelles formes de cybercriminalité et assurer la résilience des systèmes et réseaux IT. »

Mais ce n’est pas tout. La Commission entend mettre l'accent sur l’interopérabilité des équipements numériques à l'échelle de l'Union : « l’Europe n’en tire pas actuellement tous les bénéfices. Les faiblesses dans l’établissement des standards, dans les commandes publiques et la coordination [des politiques] empêchent les services et appareils numériques utilisés par les européens de fonctionner ensemble comme ils le devraient. »

Investir dans la recherche et la formation

Nellie Kroes appelle également de ses vœux des efforts en faveur de la formation : « l’Europe souffre d’un manque croissant de compétences TIC professionnelles » et même du « déficit » de culture du numérique de ses concitoyens. Et de pointer également des « efforts de recherche et développement insuffisants. »  

Reste à savoir quelles seront les répercutions concrètes de ces déclarations. En novembre dernier, le libre français s’est notamment insurgé contre le brouillon du cadre d’interopérabilité européen (European Interoparibility Framework, EIF) lui reprochant notamment une définition alambiquée de l’intéropérabilité qui, dans la mouture de l’automne dernier, ne reposait plus uniquement sur des standards ouverts. Un changement de cap radical perçu comme faisant apparaître au grand jour le lobbying de certains grands industriels auprès des organismes et groupes de travail logés au sein de la Commission Européenne. Dans un communiqué, l'April souligne d'ailleurs que "les déclarations des ministres et de la commissaire Neelie Kroes [...] resteront lettre morte sir l'EIF 2.0 vide les standards ouverts et l'intéropérabilité de leur sens. Adopter le point de vue de Microsoft sur ces questions reviendrait tout simplement à bazarder le travail accompli ces dernières années."

Quant à la recherche et au développement, si l’effort d'investissement a progressé en Europe au cours des dernières années, cela s’est fait, au moins jusqu’en 2007, sans les TIC. En outre, de nombreux acteurs IT européens ne cachent pas leur intention de transférer une part croissante de leur R&D dans des pays à bas coût, à commencer par l’Inde. Ce n'est d'ailleurs finalement que l'aboutissement logique d'unprocessus qui avait débuté avec l'industrie. Il est ainsi ironique de constater que l'ex-patron d'Alcatel rêvait il y a dix ans d'une entreprise sans usine. Cette étape largement franchie, le même Alcatel n'hésite plus aujourd'hui à réfléchir ouvertement à l'externalisation de pans entiers de sa R&D (quand ce n'est déjà pas le cas comme le montre l'exemple d'Alcatel Shanghai Bell). Et il n'est pas le seul. A l'échelle hexagonale, la division Télécom d'HP, qui disposait historiquement d'équipes qualifiées en France, a largement transféré le développement de ses logiciels pour opérateurs en Asie. Chez les grands éditeurs comme dans les SSII hexagonale, la course à l'offshore est engagée.  Des géants du logiciel comme Oracle ou Novell s'appuient de plus en plus sur leurs bases indiennes pour le développement de leurs logiciels (il faut se rappeler que Suse est d'origine allemande). Et ce ne sont que quelques exemples. Sous les coups de boutoir de la globalisation, c'est l'ensemble du secteur de l'IT européen qui plie et dont la R&D fuit peu à peu vers les pays à bas coût. Et pour l'instant les incantations de la Commission et des gouvernements ne semblent pas avoir eu d'impact sur cette tendance...

L’Inde et la Chine ne captent encore qu’une part limitée des budgets R&D des multinationales
Selon le cabinet de conseil Zinnov, le Top 1000 des investisseurs en R&D ont dépensés 42,1 Md$ dans le domaine du logiciel et d’Internet, 37,3 Md$ dans les semiconducteurs et 29,2 Md$ dans les réseaux. Mais alors que des exemples notables tels que ceux de Ericsson, Nokia Siemens, Microsoft ou encore Juniper et National Instruments, qui ont récemment annoncé le renforcement de leurs activités de R&D en Inde, la part des investissements R&D des multinationales effectivement captés par les pays émergents reste limitée, selon Zinnov. Et le cabinet de l’évaluer, pour l’Inde, à 2,77 Md$ pour le logiciel, contre 1,04 Md$ pour les télécoms et les réseaux, et 0,73 Md$ pour les semiconducteurs. Pour la Chine, la répartition est différente : 0,81 Md$ pour le logiciel, 1,38 Md$ pour les télécoms et les réseaux, et 1,08 Md$ pour les semiconducteurs. Seul bémol dans l'analyse, le coût réduit de la main d'oeuvre en Asie fait que pour un milliard de dollar en Asie on peut faire travailler 3 à 4 fois plus d'ingénieurs qu'en Europe. Chaque milliard transféré en Asie pourrait ainsi réduire de 3 à 4 milliards les budgets investis dans les pays occidentaux (avec l'impact que l'on sait sur l'emploi). Et c'est bien là le problème...

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