Google entre officiellement dans le collimateur de Bruxelles

Bruxelles pourrait décider d'ouvrir une enquête sur le cas Google. Et non pas dans le cadre d’une opération de rachat. Cette fois-ci, la firme de Mountain View est l’objet de trois plaintes de sociétés Européennes, dont une Française, qui attaquent le moteur pour déréférencement ou dégradation du classement dans les résultats de recherche. Des pratiques qu’elles jugent anti-concurrentielles.

Google, proche de son moment “Microsoft”. La firme de Mountain View pourrait bien avoir pris la succession de Microsoft dans le rôle du vilain petit canard auprès de la Commission européenne. Google vient de confirmer par la voix de son blog officiel que Bruxelles a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire sur le moteur de recherche de n°1 et certaines de ses pratiques qui pourraient être considérées comme anti-concurrentielles sur le marché européen. 

[Mise à jour : dans un communiqué, Bruxelles confirme avoir reçu trois plaintes mais affirme ne pas avoir ouvert d'enquête formelle ]

Trois sociétés ont déposé une plainte auprès de Bruxelles, selon laquelle le moteur de recherche classerait les sites de certains de ses concurrents - dont ceux des 3 plaignants, donc - de façon préjudiciable dans les listes de résultats. Et ce, en notant défavorablement ces mêmes sites dans son très populaire Page Rank, le puissant et populaire algorithme de la marque qui calcule la position et la pertinence des résultats grâce à la prise de compte de paramètres précis (comme le fameux backlink).

Foundem, un site de comparateur de prix anglais, Ciao.de, une filiale allemande de Microsoft (société rachetée en 2008 par Redmond) et enfin le Français ejusticefr, un moteur de recherche spécialisé dans le juridique ont lancé l'offensive. Trois moteurs de recherche verticaux qui se positionnent comme concurrents directs à Google.

ejustice.fr, victime de déréférencement à répétition

 ejustice.fr, édité par la société 1PLusV localisée à Versailles, se définit comme “le 1er moteur de recherche des professionnels de la justice”.  “1PlusV est une jeune entreprise innovante spécialisée dans les moteurs de recherche spécialisés (Vertical search) et les applications associées utilisant les APIs des principaux moteurs de recherche (Google CSE, Google Maps, Google Suggests, Google Subscribed Links, etc...),” écrit la société sur son site Internet. Dominique Barella, directeur de la publication ejustice.fr, interrogé par LeMagIT, explique que son service de recherche spécialisée a été victime à trois reprises de déréférencement de l’index Google depuis 2007. Sans autre raison finalement que de fournir un algorithme maison qui permette d’être plus pertinent que Google sur le segment du juridique. Résultat, constate-t-il, une baisse drastique de son trafic, qui passe de 15 000 visites à 750. A cela s’ajoute évidemment un manque à gagner en termes publicitaires, affirme-t-il, tout en ajoutant avoir été à l’équilibre avant les incidents.
Dominique Barella confirme avoir tenté en vain d’entrer en contact avec Google sur la période, tout en s'indignant du combat que mène l'ogre Google contre un "petit site" comme le sien.

Un Google "imparfait" dans une informatique difficile

Aujourd’hui, affirme le Wall Street Journal, la Commission n'aurait ouverte qu'une enquête préliminaire, c’est à dire que Bruxelles cherche pour l’heure à ne réunir que des documents dans le but de comprendre les faits , ajoutant qu’aucune action légale pourrait n'en sortir. Google, de son côté, affirme qu’il se pliera à la demande de Bruxelles, mais reste confiant quant à l’issue. “Tout en confirmant notre intention de répondre à ces plaintes et de fournir des informations complémentaires, nous sommes confiants dans le fait que nos activités agissent dans l’intérêt des utilisateurs et de nos partenaires, et que nous sommes en conformité avec les lois européennes sur la concurrence”, déclare Julia Holtz, Senior Competition Counsel chez Google. 

Plus haut dans ce billet de blog, Julia Holtz rappelle également combien il est difficile de classer les résultats d’un moteur de recherche, et combien cela peut impacter les activités d’une société, commercialement parlant. “Nous sommes aussi les premiers à admettre que notre recherche n’est pas parfaite, mais il s’agit d’un difficile problème informatique à régler”, a -t-elle ajouté.

Même si Google martèle depuis son introduction en bourse son motto “We are not Evil”, le groupe de Mountain View reste depuis plusieurs années un objet d’étude pour la Commission dans deux domaines : la protection des droits d’auteurs et le marché de la recherche et de la publicité en ligne.

La question de la protection des droits d’auteur est notamment au coeur d’une vaste polémique autour du programme de numérisation Google Livre qui a déjà provoqué la condamnation du groupe en France face aux éditions La Martinière. Aux Etats-Unis, Google est parvenu à un accord avec les puissantes associations d’auteurs qui comprend notamment un partage des revenus. Une alliance qu’une coalition menée par l’Internet Archive (un site qui s’est fixé pour mission d’archiver tout le Web) essaie par ailleurs de briser.

Quant à la question sur le marché de publicité en ligne et de la recherche en Europe, Google avait été placé sous observation lors du rachat de Doubleclick en 2008. Bruxelles avait fini par donner son approbation.

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