Open Source : Symbian ouvre en grand les bras aux développeurs mobiles

C’est aujourd’hui que Nokia devrait libérer Symbian et verser le code de l’OS dans l’Open Source. Un mouvement qui tombe à pic pour le système n°1 des mobiles qui, face à la montée en puissance d’Android dans l’Open Source, doit utiliser la communauté comme un parapet et comme un accélérateur d’innovation.

Aujourd’hui, le marché des OS mobile bascule un peu plus dans l’Open Source. Le n°1 du secteur, Symbian, devient, comme prévu par Nokia, un système au code ouvert. Rejoignant ainsi Android, LiMo et Maemo, autres projets Open Source - reposant quant à eux sur un noyau Linux.

En termes de parts de marché, l’Open Source vient rivaliser confortablement avec le modèle propriétaire. Les parts de Symbian et celles d’Android cumulées, le modèle se hisse aujourd’hui à près de 40 % du marché - sans compter les OS comme Limo ou Maemo -, si on se base sur les chiffres de l'institut GlobalStat. L’iPhone et le Blackberry, les deux concurrents directs du côté des OS propriétaires, dépassent d’une courte tête les OS ouverts, avec presque 44 % de parts de marché. Reste que l’Open Source n’a jamais été aussi influent sur le marché.

Ce poids devrait déclencher une arrivée massive de développeurs sur ces OS open Source, attirés non seulement par des possibilités plus étendues de distribution de leurs applications - grâce à l’adoption grandissante des constructeurs -, mais également par l’écosystème ouvert que propose l’Open Source en matière de développement. Juniper Research, dans un livre blanc, prévoit d’ailleurs que le nombre de smartphones équipés d'un OS Open Source disponibles sur le marché passera de 106 millions en 2009 à 223 millions en 2014. Le cabinet parle également, à la faveur de cette percée, d’une modification de l’équilibre du marché mobile. 

Attirer des développeurs d’interface pour devenir "plus fun"

D’un point de vue développement, à quels changements faut-il s’attendre ? Si Symbian passe bien à l’Open Source, il n’est rien sans S60 (un système d’interface graphique), expliquait Leif-Olof Wallin, un analyste du Gartner lors du dernier Mobile World Congress de Barcelone. Et justement, l’Android et l’iPhone ont, grâce à leurs innovations en la matière, habitué les utilisateurs à des expériences évoluées, comme les écrans tactiles ou des accès très ergonomiques aux fonctions. Chez Symbian, l’ergonomie a toujours été la bête noire de l’OS. Un point que confirme Nicolas Delcourt, co-fondateur de Keyneosoft, société localisée à Tourcoing et spécialisée dans le développement d’applications mobiles. “Aujourd’hui, Symbian doit rattraper son retard dans le domaine des interfaces”, explique-t-il. Pour aller vers un Symbian “plus fun” en quelque sorte. L’ouverture à la communauté Open Source devrait ainsi fédérer également les esprits plus tournés vers le design. “Il faut prendre exemple sur Blackberry, qui a commencé à faire des efforts en ce sens, progressivement”, reprend Nicolas Delcourt.

Côté écosystème de développement, la mise en Open Source devrait également profiter à Symbian. “Aujourd’hui, il [pourtant le n°1 des OS mobiles en termes de parts de marché, NDLR] n’est pas complet et le développement d’applications y est complexe, résume Nicolas Delcourt. La communauté doit ainsi aider à simplifier l’environnement de développement”. Surtout, elle devrait représenter un accélérateur d’évolution - un avantage du modèle de développement libre souvent cité - , et contribuer à combler plus rapidement le retard pris par Symbian. D’autant que la pression mise par Android s'accentue. "Aujourd'hui, Symbian ne constitue pas une part importante des demandes émanant de nos clients", témoigne le co-fondateur de Keyneosoft.

Entretenir une communauté

Pour orienter les axes de développement, Nokia devra jongler avec une communauté de développeurs, Open Source oblige. “Nous sommes une communauté, pas une entreprise, détenue par des membres qui n’appartiennent pas à une unique entité”, affiche aujourd’hui Symbian sur son site Web. Un message directement adresssé à Android, dont les développements - pourtant entre les mains de l’Open Handset Alliance - sont contrôlés principalement, selon certains observateurs, par des employés de Google.

“Ce gage d’ouverture devrait contribuer à construire plus rapidement un modèle, explique Nicolas Delcourt, pour ensuite déclencher l’éclosion de services reposant sur des apps et enfin, donner la possibilité de gagner de l’argent dessus [via l’OVI Store, NDLR].” En clair, faire de l’OS une porte d’entrée vers la mise en place de services à valeur ajoutée. Une continuité OS + services qui est déjà la voie choisie par Android.

En complément:

- Android, un ogre prêt à redessiner les frontières des OS mobiles

Le choix d'une licence Eclipse

Selon nos confrères de ComputerWorld, Symbian prévoit de publier le code sous une licence Open Source Eclipse (Eclipse Public Licence, EPL). Une licence, plus permissive que la GPL (avec qui EPL n’est d’ailleurs pas compatible), qui n’oblige pas les développeurs ou éditeurs à reverser le code de leur travaux dans la communauté. Même si Symbian encourage fortement les contributions, affirme ComputerWorld. Cette licence permet également d’inclure un programme sous EPL dans un produit dit commercial. Ce que les constructeurs ne manqueront certainement pas d’apprécier. Android, de son côté, préfère une licence Apache 2.0, mais contient des briques sous d’autres licences Open Source, comme le noyau sous licence GPL.

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