Mandriva, entre «le marteau et l’enclume»

Après des années de combat contre la faillite, Mandriva a jusqu’au 16 janvier midi pour assurer son financement au risque de se déclarer en cessation de paiement. En cause, un désaccord entre actionnaires qui bloque la recapitalisation de l’éditeur Linux.

«Entre le marteau et l’enclume». C’est ainsi que Jean-Manuel Croset, directeur des opérations de Mandriva décrit la situation que vit actuellement l’éditeur en ce début 2012. L’avenir de l’une des icônes françaises de Linux se retrouve tributaire d’un désaccord entre actionnaires qui sans compromis, poussera le 16 janvier prochain l’éditeur à la cessation de paiement. En clair la faillite de la société.

Le 23 décembre dernier, Dominique Loucougain, nommé temporairement Président du Directoire le 11 juillet dernier en remplacement de Arnaud Laprévote, a envoyé une lettre alarmiste aux actionnaires du groupe leur indiquant qu’aucun des différents projets de recapitalisation n’avait été accepté. Dans sa missive, il pointe sévèrement du doigt l’actionnaire minoritaire LinLux (à qui détient 42% de la société) qui, à deux reprises, le 30 septembre et le 5 décembre, a voté contre tous les dispositifs de recapitalisation proposés. Bien que Mandriva ait accepté certains compromis, et que l’actionnaire de référence Townarea Trading & Investments (composé de membres russes) ait accepté de supporter seul la recapitalisation à hauteur de 4 millions d’euros. Une recapitalisation que Dominique Loucougain qualifie de «vitale» dans sa lettre.

«La situation se résume à deux actionnaires qui ne parviennent pas à s’entendre. D’un côté, l’actionnaire majoritaire qui accepte de remettre des capitaux et de l’autre l’actionnaire minoritaire, bloquant, qui n’accepte pas le projet et n’entend pas laisser faire l’actionnaire majoritaire», commente-t-il. Peut-être de peur de voir sa participation diluée de manière trop importante.

Un projet qui dort

Pourtant, affirme-t-il, «Mandriva est prêt à repartir et a la possibilité de le faire», sans toutefois détailler la stratégie du groupe, qui reste encore confidentielle. Si un business plan est effectivement prêt et accepté, sur le principe, par l’actionnaire principal, rien ne sera engagé si la structure capitalistique n’est pas valide, souligne Jean-Manuel Croset. Dans sa lettre, Dominique Loucougain évoque notamment la signature de contrats au Brésil avec le ministère de l’Education National local, qui aurait relancé les ventes de l’éditeur.

La proposition de Townarea Trading & Investments de supporter seule le financement n’étant plus valide après cet ultime rejet, «cela signifie que si durant le mois de janvier, l’entreprise ne trouve pas de solution de financement adéquate, j’aurais à déclarer la faillite de notre société qui nous conduira vers sa liquidation», écrit encore le président de Mandriva. La date butoir : le 16 janvier à midi.

Janvier pourrait donc bien être le mois couperet pour Mandriva dont les affres se poursuivent depuis plusieurs années. Avant l’été 2010 par exemple, le groupe, déjà au bord de la liquidation judiciaire était parvenu à attirer des nouveaux investisseurs, sauvant in extremis l’éditeur. A l’époque une rumeur de revente de l’éditeur avait couru sur Internet. En septembre 2010, quelques mois après ce sauvetage, une partie de la communauté Mandriva, accompagnée d’anciens salariés de la filiale Edge-IT de l’éditeur (dans les services), avait décidé de créer un fork de la distribution Linux français, n’étant pas convaincu par la recapitalisation en cours. Etait né Mageia.

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