Abandon du projet de co-entreprise IBM/SNCF

Ultime rebondissement dans le projet de co-entreprise IBM/SNCF, dit Ulysse, lancé en fanfare en janvier 2010 : dans un courrier électronique adressé au personnel de la direction des systèmes d’information et de télécommunication de la SNCF, Gilles Albertus, son directeur, a annoncé l’abandon du projet. Mais pas de la stratégie de transformation de l’entreprise. Chez les syndicats, l’heure n’est donc pas au soulagement.

C’est fini. Dans un courrier électronique diffusé ce mercredi 7 décembre en fin de matinée, et dont LeMagIT a obtenu une copie, Gilles Albertus, nommé à la tête de la direction des systèmes d’information et de télécommunication (DSI-T) de la SNCF en mai 2010, explique que «SNCF via Stelsia va prendre le contrôle à 100% de NoviaServ ». Pour mémoire, Stelsia est une filiale de la SNCF disposant d’une participation dans NoviaServ, avec IBM. Un montage indirect qui a permis d’éviter les phases d’information-consultation de la plupart des instances représentatives de l’entreprise publique, comme nous l’expliquions en juin 2010. Gilles Albertus avait fait état de la négociation d’un avenant en juin 2010, lors d’une table ronde avec les syndicats : il voulait impliquer les représentants du personnel dans la négociation mais ceux-ci lui avait adressé une fin de non recevoir. Dans son courrier, Gilles Albertus le reconnaît bien volontiers : «j’avais eu l’occasion de vous faire part des difficultés contractuelles qui avaient abouti au protocole d’accord présenté au CA du 28 juillet dernier prenant acte de l’inapplicabilité du contrat initial et posant les bases d’une refondation dont la contractualisation devait intervenir au 30 octobre dernier.» Las, «la conclusion des accords définitifs n’a pas été possible. SNCF et IBM ont donc convenu de ne pas poursuivre la co-entreprise ».

Pour mémoire, la création d’une co-entreprise pour regrouper des prestations informatiques dispersées devait permettre à la SNCF de réaliser 300 M€ d’économies en six ans. Le contrat initial, d’une durée de six ans et d’un montant de 1,7 Md€ couvrait la maintenance, le développement, l’exploitation des applications et la gestion des études. Les informaticiens de la SNCF s’y étaient très vite opposés. Pour eux, derrière le discours officiel, ce qui se tramait avec ce projet appelé Ulysse, n’était ni plus ni moins qu’une délocalisation vers l’Inde et le Maroc «où IBM dispose déjà de centres de services», nous indiquait fin mars 2010 Emmanuel Vinuales, délégué Sud Rail et informaticien ASTI à la SNCF - une entité qui s’occupe du déploiement des applications et du support des postes de travail, notamment : «l’exploitation de l’informatique de la SNCF est déjà suffisamment industrialisée pour qu’il ne soit pas possible de faire chuter son coût de 520 €/jour homme en moyenne à 230 €/jour homme (la cible du projet Ulysse, NDLR) sans recours à l’offshore.» Mais la reprise par la SNCF, via sa filiale Stelsia, de la co-entreprise NoviaServ ne donne pas de coup d’arrêt à la stratégie de «transformation» engagée par la DSI-T.

Dans son courrier, Gilles Albertus explique en effet que «l’écosystème constitué de NoviaServ et de Stelsia, qui avait pour objectif d’accélérer l’extension des Centres de Services demeure le moteur de transformation. Désormais, la continuité des opérations doit être notre objectif. Elle doit nous permettre de débloquer les Centres de Services aujourd’hui en attente de contractualisation.» Et de souligner que, «ces deux années ont en effet permis de bien préparer la transformation envisagée ». Du coup, pour les syndicats, l’heure est tout sauf au soulagement et l’inquiétude relative à la maîtrise du système d’information soulevée initialement, ainsi que celle liée au recours à l’offshore, demeurent. 

Pour Gilles Albertus, l’heure est en tout cas à la «réversibilité », avec IBM, qui «reste un des grands fournisseurs de SNCF» et qui «continuera d’être un des acteurs importants de l’évolution de nos systèmes d’information ». En attendant, le patron de la DSI-T souligne que Stelsia et NoviaServ vont avoir besoin d’une «plus grande présence de collaborateurs SNCF» et cet «écosystème» viendra proposer «des postes aux personnels du groupe ».

De nombreuses questions restent en suspens, à commencer par les modalités de ces éventuels transferts, mais aussi le coût, pour la SNCF, de la sortie d’IBM de NoviaServ. Les services de communication des deux partenaires ont été sollicités par la rédaction. Ils n’ont pas encore répondu à nos demandes de commentaires. 

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