Ulysse : le bras de fer se poursuit à la SNCF

Ulysse, le projet de consolidation géant de la sous-traitance informatique de la SNCF va mal. Lancé en grande pompe mi-janvier 2010, le projet n’a pas donné les résultats attendus à ce stade, que ce soit du côté de l’entreprise publique ou de son partenaire, IBM. Le sort d’Ulysse pourrait être décidé fin juillet. Et les syndicats, engagés depuis 18 mois dans une véritable guerre de tranchées avec leur direction, maintiennent la pression pour que prenne fin un contrat qui laisse la part belle à l’offshore.

Une lueur d’espoir pour les syndicats des informaticiens de la SNCF ? Ce mardi 5 juillet au matin, dans le 7/9 de Patrick Cohen, sur France Inter, Guillaume Pepy, Pdg de l’entreprise, a pu donner l’impression de mettre de l’eau dans son vin. Répondant à notre confrère qui l’interpellait sur un article des Echos estimant que le partenariat conclu entre IBM et la SNCF «bat de l’aile», Guillaume Pepy [à partir de la 108ème minute de l’enregistrement] indique qu'«on est en train de débattre. On en discutera le 27 ou le 28 juillet [à l’occasion du prochain conseil d’administration de l’entreprise, NDLR]. L’enjeu est de faire des économies sur notre sous-traitance informatique, sachant que les cheminots qui sont à l’informatique, qui font le travail pour le compte de la SNCF ne sont pas en cause ». Et de faire la promotion de la stratégie retenue avec IBM, en insistant sur le fait d’avoir «choisi de garder à la SNCF des informaticiens qui sont des cheminots, et qui ont le statut de cheminots ». Pour nos confrères du Figaro, la messe est dite : à travers ces propos, Guillaume Pepy reconnaît à demi-mots qu’il «envisagerait de mettre fin au contrat ». Mais, selon nos informations, il n’en est rien.

Des bénéfices retardés

Une note d’information présentée en conseil d’administration le 30 juin dernier fait le point sur l’avancement du projet. Et, dès les premières lignes, le constat n’est pas brillant : «le projet [Ulysse] a donné lieu à la signature d’accords le 23 décembre 2009, soumis au C.A du 11 janvier 2010, pour une période d’application stipulée de 6 ans et deux mois, renouvelable ensuite à la seule initiative de la SNCF pour 3 ans, puis 2 ans. Ces accords restaient néanmoins à parfaire et à compléter sur les plans contractuel et opérationnel - ce qui n’a pu être achevé à ce jour.» Premier écueil - la liste est longue : «Les vérifications conjointes [...] celles qui ont abouti, ont permis de constater des écarts significatifs de diverses natures : sur les volumes d’activité prévus (env. -50 %), sur le périmètre des matériels et logiciels inclus dans les accords, sur le périmètre des différents centres délivrant les services, sur la cible d’optimisation de ces centres de service, sur la trajectoire et le rythme de transformation et d’optimisation de ces centres de service, sur l’homogénéité des situations et des pratiques entre les différents secteurs SNCF concernés, sur l’importance de la conduite du changement à mener.» Concrètement, certains «écarts» retiennent particulièrement l’attention : «retards dans l’atteinte des gains qualitatifs, surcoûts pour Stelsia [filiale à 100 % de la SNCF et intermédiaire entre l’entreprise et son prestataire final, la co-entreprise avec IBM, Noviaserv, NDLR], économies moins importantes et obtenues plus tardivement que dans le Business Plan initial.» Le verdict est sans appel : «la diversité et la complexité opérationnelles ont été sous-estimées» pour conduire, in fine, à «un optimisme excessif des anticipations possibles ainsi que des taux cible de productivité ». Pour mémoire, la SNCF envisageait, à terme, une économie de 300 M€ sur la période initiale du contrat, avec notamment un coût de 520 €/jour homme en moyenne réduit à 230 €. Le tout grâce à un recours massif à l’offshore, en Inde, et des intermédiaires en Roumanie. 

Vers une durée initiale prorogée de deux ans

Cela suffirait-il à faire reculer la SNCF, comme certains voudraient le croire ? Probablement pas. Le même document présenté la semaine dernière en conseil d’administration évoque plutôt une «nécessaire refondation du partenariat », qui doit être signée avant le 28 juillet. Cette «refondation» doit notamment passer par une révision de la durée du partenariat et des objectifs de gains de la SNCF et d’IBM. L’idée serait désormais de porter à 7 ans et deux mois la durée initiale du partenariat, à compter du 1er janvier 2011. Ce qui consisterait, en fait, en une rallonge de deux ans. Le volume d’affaires de Noviaserv serait revu à la baisse : 1 Md€, contre 1,7 Md€ initialement. Et les économies, côté SNCF, ne seraient plus que de 12 % au lieu de 17 %. Bref, loin d’un renoncement, cette refondation envisagée ressemble plus à un effort pour sauver ce qui a déjà été accompli, mais sans aller beaucoup plus loin. D’autant plus que le rôle de Noviaserv commencerait à «être reconnu par les DSI», en interne. Et Stelsia a commencé à remplir son rôle de consolidation des achats de prestations. Bref, la traduction concrète d’Ulysse a commencé mais la SNCF a peut-être intérêt à lâcher un peu de lest et à jouer l’apaisement, quitte à relancer la machine plus tard. 

Reste à savoir si cela suffira à amadouer des syndicats qui restent vent debout contre Ulysse. Le 30 juin dernier, ils ont ainsi appelé à un mouvement de grève «très largement suivi,» avec toujours le même mot d’ordre principal, repris notamment par Cortis : «arrêt de la co-entreprise SNCF/IBM.»

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