Co-entreprise avec IBM : la SNCF cherche à renégocier depuis un an

La SNCF s’apprête-t-elle à mettre un terme à Ulysse, son projet de co-entreprise avec IBM, lancé en janvier 2010 ? Si la dernière information au Conseil d’Administration ne le laisse guère penser, il apparaît que l’entreprise publique cherche depuis un an à renégocier l’accord avec IBM, en vain jusqu’ici. L’un des administrateurs de la SNCF et les syndicats pointent les dysfonctionnements et réclament une enquête indépendante.

«La renégociation de l’accord a commencé dès juin 2010 », indique-t-on, de source syndicale, alors que les promesses non tenues de la co-entreprise liant la SNCF à IBM sont désormais dénoncées sur la place publique et que la survie même de l’accord pourrait être aujourd’hui compromise. De fait, le «resolutioning», comme il est appelé en interne, a commencé «suite au départ de Michel Baudy», le DSI de la SNCF qui avait négocié l’accord initial avant d’être nommé à la tête de la co-entreprise entre IBM et la société de chemin de fer. Michel Baudy a été remplacé par Gilles Albertus en mai 2010; Michel Baudy aurait quant à lui été remercié de NoviaServ en septembre 2010. Gilles Albertus a fait état de la négociation d’un avenant en juin 2010, lors d’une table ronde avec les syndicats : il voulait impliquer les représentants du personnel dans la négociation mais ceux-ci lui ont adressé une fin de non recevoir. Selon un interlocuteur de Sud Rail, «si la négociation avait abouti, son résultat aurait été présenté au conseil d’administration de mai ». Ce qui n’a pas été le cas. D’après lui, «il semble que la SNCF se soit dotée des conseils d’un grand cabinet d’affaires américain» pour l’accompagner dans cette renégociation. Il faut dire que l’enjeu, pour l’entreprise publique, est grand : «en cas de retrait unilatérale de l’un des parties, les pénalités à verser à l’autre se chiffreraient en dizaines de millions d’euros.» La CGT, elle, avance un chiffre de plus de 40 M€. Mais, pour l’heure, «il n’y a pas eu de pénalités de versées à notre connaissance », indique notre interlocuteur. 

Une mobilisation des personnels toujours forte

En attendant, Christian Mahieux, membre du conseil d’administration de la SNCF et représentant de l’Union syndicale Solidaires, interpelle aujourd’hui Guillaume Pepy, Pdg de la SNCF, dans une lettre ouverte. Pour lui, le dossier Ulysse est «un sujet important à divers titres : social, économique, et [...] éthique. [...] emploi, lutte contre l’externalisation, refus du dumping social, les motifs d’agir collectivement ne manquent pas et les informaticien-ne-s l’ont encore montré massivement le 30 juin» lors de la grève engagée à l’occasion du dernier conseil d’administration de l’entreprise. Selon Cortis, généralement bien informé, et alors que la direction de la SNCF n’a pas communiqué sur la mobilisation lors de cette grève, «à 10h, les syndicats parlaient d’un premier chiffre de 37,5 % à la DSI-T (sans doute beaucoup plus à Lyon et peu à Paris). Mais en région (dans les Asti - entités qui s’occupent du déploiement des applications et du support des postes de travail, notamment), la mobilisation était plus forte.

Christian Mahieux revient plus loin sur l’enjeu économique, reprenant les propos de l’administrateur Sud Rail lors du conseil d’administration de janvier 2010 : «La SNCF ne doit pas abandonner sa maîtrise stratégique et sa capacité de mise en oeuvre de ses propres systèmes d’information». Pour lui, avec le projet Ulysse, «IBM sera alors de facto celui qui oriente et pèse de plus en plus sur les choix de détermination et de définition des systèmes informatiques de l’entreprise ».

En appeler une nouvelle fois à la représentation nationale

Dénonçant de multiples dysfonctionnements et des points qu’il qualifie «d’anomalies», l’administrateur va jusqu’à questionner la régularité de certains éléments comptables qu’il lie plus ou moins directement au projet Ulysse. Au final, pour lui, la gestion du dossier «fait apparaître des lacunes graves» et se demande «quelles conséquences en tirer sur les responsabilités dans l’entreprise ? [...] Au-delà des réponses nécessaires à ces questions, au-delà de mettre un terme rapidement à ce scandale organisationnel et financier, en rompant ce marché avec IBM et en abandonnant le projet Ulysse, l’enjeu est aussi de comprendre comment et pourquoi cela s’est passé ainsi ». Selon lui, un audit détaillé et «une enquête indépendante paraissent indispensables.» Les syndicats de cheminots s’apprêtent à relayer son message et à alerter les députés et les sénateurs. Ils envisagent de demander la création d’une commission d’enquête parlementaire. 

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(photo par Glenn5108)

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