L’IT indien à un tournant de son histoire

Alors que les quatre principales SSII indiennes ont publié leurs résultats pour le premier trimestre 2013, c'est un paysage de crise structurelle qui se dégage derrière un contexte économique assurément incertain.

Le club des grands de l’IT indien apparaît plus partagé que jamais. Si HCL Technologies s’était démarqué de ses concurrents Infosys, TCS et Wipro, au début de la crise, en 2008, il n’est plus seul à afficher une santé insolente. TCS l’a rejoint et l’on ne serait pas surpris que Cognizant annonce des résultats et des perspectives plutôt sains. Au premier trimestre, TCS a ainsi réalisé un chiffre d’affaires de 3,04 Md$, en progression de 14,72 % sur un an. Contre 1,19 Md$ pour HCL, soit 13,65 % de mieux qu’au premier trimestre 2012. Chez ce dernier, le bénéfice net a en outre fait un bond de près de 60 % à 193 M$. Chez TCS, il a progressé de 11,24 % à 663 M$. 

De son côté, Infosys a récemment inquiété les investisseurs avec ses résultats trimestriels. Wipro vient d’en faire autant. Son chiffre d’affaires pour le trimestre écoulé a été de 2,02 Md$, soit modestement 4,12 % de croissance sur un an; la plus mauvaise performance du club des grands de l’IT indien. Mais son bénéfice net a toutefois progressé de près de 9 % à 317 M$. Mais alors que la SSII est en train de se recentrer sur son coeur de métier, celui-ci donne des signes de faiblesse. Ses activités de services IT ont réalisé un chiffre d’affaires de 1,6 Md$, soit une progression sur un an de seulement 3,2 %, avec un bénéfice opérationnel de 20,2 %. Et Wipro ne prévoit pas mieux pour le trimestre en cours. Dans une note à ses clients, UBS s’inquiète : «nous craignons que Wipro ait besoin de renforcer ses investissements au détriment de ses marges pour prendre des parts de marché, posant les bases d’un abaissement des perspectives.» De quoi déjà alimenter le recul du titre sur les marchés boursiers indiens. Pour Jefferies, les augmentations de salaires prévues pour juin devraient également contribuer à un recul des marges de la SSII. 

Un défi structurel plus que conjoncturel 

Si le contexte économique et ses incertitudes sont régulièrement appelés à la barre pour justifier de certaines difficultés, la problématique de l’IT indien semble plus structurelle que conjoncturelle. Siddarth A Pai, président du cabinet de conseil ISG pour la région Asie-Pacifique, en évoque ouvertement l’hypothèse dans les colonnes de l’Economic Times of India. Pour lui, les évolutions technologiques et leur impact sur certains segments de marché commandent aux SSII indiennes «de s’adapter rapidement» à défaut de quoi elles prendront «le risque de perdre en pertinence ». Et de souligner que «leurs concurrents mondialisés l’ont fait il y a cinq ou six ans, lorsqu’ils ont augmenté explosivement leur présence en Inde pour rester compétitifs ». Selon lui, les SSII indiennes doivent prendre leurs distances d’avec leur modèle traditionnel pour s’orienter vers une approche centrée sur les solutions complètes. Un pari risqué «qui implique zéro chiffre d’affaires pour les premières années et l’investissement dans la construction de solutions potentiellement lucratives ». D’autant plus que, selon Siddarth A Pai, il faudra composer avec des investisseurs frileux. 

Reste que les premiers signes d’un effort de transformation sont bien là, notamment chez HCL. Dans les colonnes de nos confrères, Anant Gupta, PDG de la SSII, explique se concentrer «continuellement sur le développement d’une croissance non linéaire ». Une tendance qui ne se limite pas à HCL. TCS prévoit d’embaucher 45 000 personnes au cours de son exercice fiscal 2013-2014, contre 69 000 au précédent. Mais il compte tout de même  renforcer ses embauches aux Etats-Unis, ne serait-ce que pour mieux s’adapter aux évolutions des règles d’immigration de travail. 

Le Nasscom, qui représente les entreprises du secteur IT en Inde, a déjà prévu que l’industrie IT indienne génèrera moins d’emplois cette année que l’an passé - de 130 000 à 150 000 contre 180 000. Mais à terme, cette évolution, si sa nature structurelle et durable venait à se confirmer, ne manquerait pas d’avoir des conséquences sur une société indienne où l’IT s’apparente à une poule aux oeufs d’or depuis maintenant longtemps : comme nous le rappelaient plusieurs dirigeants de SSII en 2008, le salaire d’un seul de leurs employés profite généralement à quatre, cinq voire six personnes de son entourage proche.

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