SSII indiennes : optimisme prudent pour 2013

L’horizon reste encombré mais le ciel montre quelques signes d’éclaircie. Les perspectives de l'industrie indienne des services informatiques pour 2013 apparaissent porteuses d'espoirs, notamment en Europe. Mais le modèle économique de ces SSII semble s'approcher de plus en plus vite de ses limites.

Les années de croissance ultra-rapide sont-elles derrière l’industrie indienne des services informatiques ? Difficile d’en juger. Mais si le Nasscom, la chambre syndicale du patronat des SSII indiennes, vient de relever ses prévisions de croissance pour l’exercice prochain, cela reste avec prudence. De fait, il vient d’indiquer une fourchette de 12 à 14 % de croissance en dollars pour l’exercice 2013-2014 (qui démarrera le 1er avril), contre 11 à 14 % précédemment. Ce qui devrait conduire l’industrie à générer de 84 à 87 Md$ de chiffre d’affaires, contre 75,8 Md$ attendus pour l’exercice en cours. Et Som Mittal, le président du Nasscom, d’anticiper un chiffre d’affaires de 225 Md$ à l’horizon 2020. Selon Fitch, si les budgets devraient rester serrés cette année, les procssus de décisions devraient toutefois s’accélérer. Un regard partagé par le fonds d'investissements Kotak Technology. Reste que la croissance de l’industrie indienne des services informatiques pourrait être notamment alimentée par un marché domestique qui progresse : celui-ci devrait croître de 13 à 15 % - il aura représenté environ 20 Md$ cette année.

Une industrie et sa représentation en peine de réformes

Alors que se déroule cette semaine l’India Leadership Forum 2013 organisé par le Nasscom à Mumbai, les critiques fusent. L’incapacité matérielle de l’industrie indienne des services informatiques à se transformer est largement pointée du doigt. Frank JH Ridder, vice-président, chargé de l’externalisation IT chez Gartner, relève ainsi dans les colonnes de nos confrères de l’Economic Times of India, que les SSII indiennes doivent «commencer par admettre que le jeu basé sur les volumes de recrues est fini ». Bref, qu’elles doivent commencer à penser création de valeur plutôt que volumes de commandes. Et peut-être enfin concrétiser leurs aspirations de croissance non linéaire. Pour Pradeep Mukherji, du cabinet de conseil Avasant, il ne fait pas de doute que «la capacité à s’adapter aux changements du marché est le plus gros défi de l’industrie ». Mais le Nasscom lui-même n’est pas épargné, certains cadres de l’industrie IT indienne appelant à sa réforme vers une organisation «plus fédérale», avec des pouvoirs de décision basés sur la capitalisation des membres plutôt que sur leur chiffre d’affaires.

Mais l’heure n’est pas à l’emballement. Selon Cognizant, les salaires devraient rester stables à l’embauche. Et si Infosys estime que le marché reste incertain, c’est sans surprise que TCS indique ne pas prévoir de grosses embauches pour le prochain exercice. La faute à des taux d’intercontrat encore élevés. Certains tirent d’ailleurs plus ou moins la sirène d’alarme, soulignant que l’industrie IT indienne n’est plus en mesure d’absorber tous les diplômés en informatique qui sortent des écoles. Les SSII indiennes ne prévoient d’ailleurs pas de remontée significative de l’attrition. 

Des efforts qui commencent à porter leurs fruits 

Reste que les SSII du sous-continent pourraient bien commencer à pouvoir compter sur l’Europe comme véritable support de croissance. Selon Pierre Audouin Consultants, «cinq ans après le début de la conquête du marché européen [...] leurs efforts commencent à porter leurs fruits ». Pour Christine Nayagam, consultante senior spécialisée en stratégie des sociétés indiennes chez PAC, «les résultats de toutes les sociétés ont été marqués par l’Europe en tant que marché phare de l’année 2012 et, contrairement aux prévisions de 2011, la crise économique dans la zone euro ne s’est pas traduite en disette commerciale pour les acteurs indiens ». Mieux, elle leur aurait été bénéfique, avec des marchés «traditionnellement hostiles à l’offshore comme la France ou l’Allemagne [qui ont montré] des signes d’ouverture à l’Inde ». Pour 2013, le cabinet estime que la «tendance à accepter l’offshore va s’accentuer et se généraliser ». Une année que PAC anticipe comme «la pire période pour la zone euro depuis le début de la crise en 2008», ce qui poussera notamment les entreprises à miser sur l’Inde pour réduire leurs coûts. Les meilleures opportunités de croissance seraient en France et en Allemagne. 

Récemment, Som Mittal, président du Nasscom, nous expliquait d’ailleurs que «l’Europe continentale continue d’être une région très importante pour l’industrie IT indienne», soulignant que, malgré quelques années difficiles, «nous avons constaté une reprise de la croissance graduelle dans la région ».

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