Red Hat 6 confirme la stratégie d'intégration technologique de l'éditeur

La première version bêta de la distribution Red Hat Entreprise Linux 6.0 a été l'occasion, pour l'éditeur, de confirmer le retrait de l'hyperviseur Xen au profit de sa propre technologie, KVM. Une décision qui confirme la volonté de Red Hat de rester maître des technologies qu'il embarque dans sa distribution. L'éditeur met aussi en avant de multiples améliorations techniques dans Red Hat 6.0.

RedHat a publié, hier, sur son site web, la première version beta de sa future distribution Red Hat Entreprise Linux 6; une version qui devrait apporter de multiples améliorations en matière de performances, d'économies d'énergie et d'administration mais qui sera aussi la première à faire l'impasse sur l'hyperviseur Xen définitivement jeté aux orties par Red Hat, au profit de la technologie KVM, dont il a acquis le créateur israelien, Qumranet.

Red Hat met en avant de multiples améliorations...

La dernière mouture de la distribution linux de Red Hat profite des nombreuses améliorations en matière de performance et de fiabilité apportées par les derniers processeurs Intel Xeon et AMD Opteron. Et elle inclut un support amélioré des technologies les plus récentes de virtualisation (notamment un bien meilleur support de la technologie de virtualisation d'entrées/sorties SR-IOV). Red Hat 6 s'installe par défaut en utilisant le système de gestion de fichiers ext4 et inclut une version expérimentale du système Btrfs, un file system ironiquement né chez Oracle et dont les caractéristiques rappellent de façon troublante celles de ZFS (btrfs fait partie des filesystems retenus dans le noyau linux depuis la version 2.6.29 - sortie en janvier 2009 - mais il fait encore l'objet de développements intensifs). L'OS inclut aussi de nombreuses améliorations à LVM (Logical Volume Manager) et apporte des nouveautés en matière de gestion des périphériques de stockage, notamment pour ce qui est de l'attachement des périphériques SAN et de la gestion du multipath.

Red Hat promet aussi de nombreuses évolutions dans la gestion de l'énergie, un support enrichi d'IPv6 et une pile réseau revue afin de permettre plus de parallélisme dans le traitement des paquets; une approche déjà adopté par Sun dans Solaris mais qui est loin d'aller aussi loin que Crossbow, la nouvelle stack réseau de l'OS de Sun.   

...mais sacrifie Xen sur l'autel de KVM

Depuis que XenSource a été acquis par Citrix, Red Hat n'a jamais vraiment caché son intention de trouver une solution de rechange. KVM est cette solution et, dans Red Hat Entreprise Linux 6.0, la technologie vient remplacer définitivement Xen - RHEL 6.0 continuera toutefois à fonctionner de façon optimisée en tant qu'environnement client au dessus d'un hyperviseur Xen. Présenté par Red Hat comme plus élégant, KVM est en fait un moniteur de machines virtuelles intégré au noyau Linux et peut donc s'appuyer sur l'ensemble des pilotes développés pour l'OS. A ce jour, Red Hat et Ubuntu sont les deux distributions les plus engagées sur KVM. Novell, de son côté, semble attaché à Xen, ce qui est aussi le cas de Sun et d'Oracle. L'une des raison de ce choix est la maturité à laquelle ils sont arrivés avec leurs implémentations de Xen, mais aussi la richesse grandissante de l'outillage autour de Xen. Xen est en outre massivement utilisé par plusieurs grands hébergeurs tels qu'Amazon. 

Dans le cas de Red Hat, le choix de remplacer Xen par KVM apparaît plus comme un pari politique que comme un choix technique. Il permet à l'éditeur de disposer de son hyperviseur et d'en maîtriser largement les évolutions. Certes, le code reste libre mais, dans la pratique, le contrôle exercé de fait par Red Hat lui permet de continuer à construire sa propre pile "maison" et à en maitriser les évolutions stratégiques (une chose qu'il lui était difficile de faire avec Xen). Cette approche est cohérente avec l'attitude générale de la firme depuis plusieurs années et qui vise à offrir une alternative à ses grands concurrents sur l'ensemble des grandes briques d'infrastructure.

Une stratégie d'intégration qui se traduit par des coûts de plus en plus élevés

Cette stratégie qui continue à s'appuyer sur des produits à code ouvert en GPL, respecte la lettre du libre. Mais elle s'éloigne peu à peu de son esprit. D'ailleurs, si le code source des produits Red Hat reste ouvert, c'est bien la seule chose que l'éditeur publie encore. Sa distribution est ainsi l'une des rares à ne plus être téléchargeables librement et son outil de gestion de la virtualisation (sous Windows Server 2003) est inaccessible hors de toute souscription. Il est vrai que l'éditeur, qui détient 80% du marché des distributions Linux, est en position de force.

Reste que cette position a un prix pour les utilisateurs. Il faut ainsi compter 799$ par an pour RHEL 5.x (avec support 12x5) sur un serveur bi-socket et 1499$ par an pour un serveur quadri-socket. Ces prix passent à 1299 et 2499$ par an avec un support 24/24 7j/7 - et ils n'incluent pas la couche d'administration de la virtualisation qui ajoute encore entre 499$ (12x5) et 799$ (24h/24 7j/7) par an par processeur serveur virtualisé géré.

A titre de comparaison, Oracle VM, l'hyperviseur Xen d'Oracle, et ses outils d'administration, sont gratuits. Oracle facture séparèment le support 24x7 pour les clients intéressés, un support qui revient à 539$ par an pour un serveur bi-socket et à 1079$ pour une machine quadri socket. Sur 5 ans, la facture du support 24x7 des seuls outils d'administration de la virtualisation pour un serveur quadri-socket coûte ainsi 16 000 $ avec Red Hat, contre au maximum 5 400 $ avec Oracle. A cela s'ajoute les gains sur le support d'Oracle Linux, le clone Red Hat d'Oracle, bien moins coûteux que RHEL.

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