Pour le lancement de son offre de virtualisation, Red Hat met l'accent sur les prix

Face à un VMware omniprésent, mais dont les prix élevés suscitent de plus en plus la grogne des utilisateurs, Red Hat débarque sur le marché de la virtualisation avec RHEV for Servers, une solution complète incluant hyperviseur et outil de management à un prix très abordable. La solution s'appuie sur la technologie KVM, dont Red Hat a perfectionné la maitrise avec le rachat de Qumranet.

Après avoir récemment inclus la technologie KVM dans sa distribution Linux RHEL 5.4, Red Hat a formellement annoncé aujourd'hui la disponibilité de son offre de virtualisation Red Hat Entreprise Virtualization for Servers, un package logiciel qui combine l'hyperviseur RHEV  et l'outil d'administration RHEV Manager for servers. Cette offre aura pour mission de concurrencer vSphere 4 de VMware, Hyper-V 2.0 de Microsoft et XenServer 5.5 de Citrix.

Comme RHEL 5.4, la dernière mouture de sa distribution Linux, l'hyperviseur de Red Hat s'appuie sur la technologie de virtualisation KVM (Kernel based Virtual Machine) intégrée au noyau Linux. Un choix qui relègue au second plan la technologie Xen, jusqu'alors utilisée par Red Hat. Selon l'éditeur, ce changement de technologie est pour le mieux, puisqu'il permet de tirer parti des capacité inhérentes du noyau linux en matière de gestion de l'énergie, de gestion mémoire et de gestion du réseau. Ainsi, pour l'hyperviseur, Red Hat propose des fonctions avancées comme la surallocation de mémoire (Memory Page Sharing), le support du multipathing réseau et l'agrégation de liens.

L'outil d'administration RHEV Manager for servers apporte quant à lui le support de la haute disponibilité (redémarrage automatique d'une machine virtuelle sur un autre hôte après la panne sur l'hôte qui l'hébergeait) ainsi que la migration de VM en temps réel, et permet une supervision fine des paramètres techniques du serveur virtualisé comme des VM clientes. RHEV Manager for servers fournit aussi les outils nécessaires à la gestion des images (bibliothèque de modèles, Thin provisionning, snapshots…).

Du fait de l'intégration de KVM au noyau, Red Hat met aussi en avant une garantie de compatibilité binaire des applications certifiées pour sa distribution Linux RHEL sur son hyperviseur. Il assure aussi avoir certifié le fonctionnement de sa solution sur l'ensemble des serveurs déjà validés pour RHEL. Seul bémol, à ce jour, les seuls OS clients supportés sont les distributions Linux de Red Hat et Windows (Server 2003, 2008 et 2008 R2). Aucun support n'est assuré pour d'autres distributions Linux ou pour Solaris.

L'argument du prix

Reste que l'argument massue mis en avant par Red Hat pour vanter sa solution de virtualisation n'est pas technique mais tarifaire. Dans sa version standard (support 12 heures ouvrées, 5 jours par semaine), la souscription annuelle pour RHEV for servers est vendue 499 $ par socket processeur. L'édition Premium (avec support 24/24, 7 jours/7) est quant à elle facturée 799 $ par socket processeur et par an. Dans les deux cas, l'ensemble des fonctionnalités avancées sont disponibles.

Selon Red Hat, une configuration comprenant 10 serveurs bi-processeurs fonctionnant sous RHEV est près de 3,5 fois moins coûteuse que la même configuration utilisant le couple vSphere 4 entreprise et vCenter sur une période de trois ans. RHEV serait aussi environ deux fois moins cher qu'une solution à base de Windows Server 2008 R2 avec System Center VMM. Reste que cette comparaison est à prendre avec les habituelles pincettes.

Par exemple, dans le cas précédent, la configuration Windows inclut par exemple le coût des licences Windows pour les VM clientes. De plus, si l'on réalise la simulation non plus sur trois ans mais sur cinq ans, Red Hat pâtit de son modèle de souscription annuelle. Dans certaines configurations d'entrée de gamme pour PME, vSphere Essentials peut aussi s'avérer une meilleure affaire que RHEV de même que le couple Windows Server 2008R2 et System Center Essentials peut s'avérer être une option intéressante. Et pour ceux qui recherchent la solution la moins chère, on ne fera pas l'offense de rappeler le prix de l'offre de virtualisation d'Oracle...

Une chose est certaine, l'avantage tarifaire de RHEV sur ses concurrents est certain pour les clients utilisant massivement des machines sous Red Hat LInux, d'autant plus que l'éditeur a pris soin de créer un pack de 100 licences pour VM à un tarif sans égal et qui n'est disponible qu'au dessus de RHEV. Mais cet avantage tarifaire est loin d'être aussi évident lorsque l'on inclut Windows dans l'équation. Ainsi, selon les calculs de Red Hat, une configuration incluant 9 serveurs bi-processeurs RHEV avec 100 VM clientes Windows revient à 205 979$. Selon les calculs du MagIT, la même configuration sous Windows Server 2008 R2, Hyper-V et SC-VMM coûte près de 26500$ moins cher.

Dans tous les cas, vSphere s'avère sensiblement plus cher. La pire nouvelle pour VMware tient d'ailleurs dans le fait qu'il est désormais pris dans une tenaille tarifaire entre un Red Hat qui s'affiche désormais comme la solution la moins chère pour virtualiser Red Hat, et un Microsoft dont l'hyperviseur Hyper-V s'affiche comme le moins cher pour virtualiser Windows. Le tout sans oublier le potentiel de nuisance d'un XenServer très compétitif et d'un Oracle qui, une fois sa solution Oracle VM à maturité, pourrait aussi être un redoutable concurrent.

Un défi à VMware et à ses prix élevés de licence

En fait, l'arrivée de RHEV est une nouvelle occasion, après l'assaut mené par Microsoft lors du lancement de Windows Server 2008 R2, de rappeler le coût très élevé des licences VMware, un coût que l'éditeur pouvait jusqu'alors se justifier par des hypothèses de ROI à long terme et par la supériorité de son offre, mais qui, dans cette période de crise, devient de plus en plus difficile à justifier. Si nul ne conteste l'avance technologique de vSphere sur ses concurrents et, surtout, la maturité de son écosystème logiciel et de son réseau de partenaires, ce sont aujourd'hui les tarifs élevés de l'éditeur qui constituent la principale opportunité de développement pour ses concurrents. Tout à son discours sur le cloud, Paul Maritz feint encore de l'ignorer, mais la pression sur VMware ne devrait qu'augmenter au cours des mois à venir. Red Hat, comme Microsoft, est en effet fermement décidé à appuyer là où cela fait mal, c'est à dire au portefeuille, pour inciter les entreprises à utiliser son offre de virtualisation. Et il a toute les chances de convaincre certaines d'entre elles si VMware ne revient pas à plus de raison tarifaire, au risque toutefois d'une guerre des prix entre grands de la virtualisation...

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