Crédit Agricole fait le ménage dans son IT

Le projet dit Nice, de consolidation des systèmes d’information des caisses régionales du Crédit Agricole, ne doit officiellement être présenté que ce vendredi 6 novembre. Ses grandes lignes – suppression de plus de 40 sites sur une soixantaine, ainsi que de plus d’un millier de postes en maîtrise d’œuvre – font néanmoins déjà grincer les dents de syndicats qui dénoncent un projet « sous-dimensionné au niveau des effectifs » et un traitement du volet social « au rabais. »

Consolider les systèmes d’information de l’ensemble des caisses régionales du Crédit Agricole. C’est l’objet du projet Nice, qui doit être officiellement présenté ce vendredi 6 novembre. Un chantier qui s’affiche déjà comme particulièrement ambitieux : à ce jour, 5 groupements d’intérêt économique (GIE) gèrent ces SI : Atlantica – 525 personnes –, AMT – 684 personnes –, Comete – 325 personnes –, Exa – 527 personnes –, et Synergie – 448 personnes. Au total, l’informatique des caisses régionales du Crédit Agricole emploie donc 2 509 personnes réparties sur une soixantaine de sites. A l’issue du projet, il ne devra plus rester que 1 471 personnes réparties sur environ 15 sites.

Une organisation cible "sous-dimensionnée"

C’est là dessus que butent, en premier lieu, les organisations syndicales. Pour Arlette Carrié-Tisne, l’une des porte-paroles de l’intersyndicale de la fédération nationale du Crédit Agricole, « l’ambition d’avoir une informatique permettant de développer des produits et services innovants ne peut se faire avec un plan informatique limité à 100 000 jours homme. Nos directions voudraient faire mieux que nos concurrents au niveau technique (bascules de l’informatique des Caisses Régionales réalisées en moins de 4 ans et plan de charge réduit) et budgétaire (en diminuant de moitié la masse salariale). » Globalement, l’intersyndicale estime même que « la perspective d’un plan de charge cible à 140 000 jours homme en 2014 [est] irréaliste si on le compare aux prévisions des grands groupes bancaires français mutualistes comparables, et met en danger dès l’origine la possibilité de réussir ce projet. »

La faisabilité du projet questionnée

Concrètement, l’objectif de la direction est d’atteindre un budget maîtrise d’œuvre SI de moins de 500 M€ en 2014, contre plus de 700 M€ projetés à cette échéance sur les bases actuelles (à partir d’un budget 2009 d’un peu plus de 600 M€). Côté maîtrise d’ouvrage, le budget cible serait de l’ordre de 30 M€, contre plus de 40 M€ cette année. Des réductions drastiques qui paraissent difficilement atteignables aux organisations syndicales compte tenu des suppressions de postes envisagées.

En outre, les syndicats s’interrogent sur la capacité des GIE concernés à mener à bien le projet de fusion en seulement 5 ans, « un chantier que nous imaginions sur 10 ans », indiquent-elles. Les organisations syndicales dénoncent justement le fait d’avoir été tenues à l’écart de l’étude de faisabilité – une demande vieille de 6 mois. Elles revendiquent d’ailleurs de pouvoir disposer des conclusions de cette étude avant l’ouverture du processus d’information/consultation des salariés.

Des inquiétudes sur le volet social

Mais, outre la faisabilité matérielle du projet, les représentants du personnel s’inquiètent de son accompagnement social. Si la direction a proposé, d’entrée de jeu, de limiter au volontariat la mobilité géographique, certains points ont fait l’objet d’âpres discussions. Les syndicats ont toutefois obtenu l’absence de départs contraints ou encore la garantie que les reclassements se feraient avec le bénéfice de la convention collective du Crédit Agricole. D’après les représentants du personnel, la direction a également accepté assez vite le principe d’une extension, si nécessaire, au-delà de 5 ans, de la gestion sociale du projet Nice. Certains points restent néanmoins encore en discussion comme le droit au retour pour les personnes appelées à la mobilité géographique.

Mais, globalement, les promesses de reclassement laissent encore dubitative Arlette Carrié-Tisne. Certes, les caisses régionales mettront en place un dispositif de péréquation pour partager équitablement le coût des reclassements. Mais comment conduire des informaticiens à se reclasser dans des métiers bancaires, à fortiori en agence ? C’est l’une des interrogations clés du projet pour des syndicats qui indiquent que, désormais, leur priorité est d’obtenir la réduction du nombre de suppressions de postes et de fermetures de sites.

Malgré les demandes et les inquiétudes exprimées par les syndicats, le processus d’information/consultation des salariés doit s’ouvrir comme prévu ce vendredi 6 novembre avec, notamment, les CE d’AMT, Atlantica et Exa. Et l’intersyndicale de prévenir de mouvements sociaux en préparation.

D’autres fusions en cours et à venir

Arlette Carrié-Tisne, l’une des porte-paroles de l’intersyndicale de la fédération nationale du Crédit Agricole, ne cache pas sa méfiance. Si la direction affirme que le projet Nice « est la dernière fusion sur les SI », Arlette Carrié-Tisne, de son côté, en anticipe une autre : « celle avec la production SI de LCL. » Rappelons que Crédit Agricole avait mis la main sur LCL en 2003. Une perspective dont la logique paraît indéniable.

Mais un autre rapprochement se profile : celui de Sofinco et de Finaref, présenté fin mai dernier. Les deux filiales de Crédit Agricole S.A. – dont la fédération nationale du Crédit Agricole est actionnaire majoritaire – spécialisées dans le crédit à la consommation doivent être regroupées au sein d’une entité baptisée Crédit Agricole Consumer Finance. Ce regroupement doit générer des « synergies à hauteur de 75 M€ par an ». En ce qui concerne la partie systèmes d’information, la création des synergies semble avoir été anticipée : Sofinco et Finaref ont déjà lancé un projet de rapprochement de leurs systèmes d’information, baptisé Convergence SI. Présenté en mars 2008, ce projet devait initialement aboutir en novembre 2009. Mais, en mars dernier, l’échéance a été repoussée – à une date ultérieure qui ne nous a pas été précisée – et le projet réorganisé en 10 projets métiers et 7 projets transverses. Le coût global de l’opération pourrait exploser, passant de 20 000 jours hommes à 42 000, de source syndicale.

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