IBM France: Comptes et décomptes sous la loupe des syndicats

Au menu du second semestre 2013, départs volontaires, mesures d'âge et transferts de personnel pour 689 postes supprimés (7,7% des effectifs). Mais, assure la direction d'IBM France, pas de fermeture de site. Tout en dénonçant un "plan boursier", les syndicats ciblent une révision à la hausse des conditions de sortie et de mobilité, ainsi que des garanties pour la suite.

Depuis fin mai, le verdict du plan d'adaptation des effectifs d'IBM France annoncé un mois plus tôt est connu et largement médiatisé : 689 supressions de postes en 2013 (soit 7,7% des effectifs) et, sauf revirement de conjoncture inespéré, poursuite des ajustements au même rythme en 2014. A l'origine, pas question de plan social. Mais une ventilation étudiée des coupes et des transferts de personnel envisageables, dans le cadre du cycle biennal de GPEC (gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences). Qui, du coup, a pris tournure de plan de sauvegarde de l'emploi (PSE). Le tout, sur la base du volontariat, encouragé par un arsenal de mesures. La nuance est soulignée du côté de l'état-major de la firme. "Toutes les catégories de personnel et tous les sites sont concernés, sans qu'aucun décompte par site ne soit défini", précise Constance Bordes, directrice de la communication d'IBM France. 

Des coupes ventilées par catégorie de personnels 

En effet, le processus d'information et de consultation du personnel lancé depuis deux mois table désormais sur une série de mesures destinées à "faciliter les départs volontaires et non contraints", souligne la direction. La pyramide des âges vieillissante de l'entreprise (21,6% des salariés ont 55 ans et plus, "dont peu peuvent prétendre à la retraite dans les deux ans à venir", précise la CFDT) contribue à mettre en exergue "les mesures de fin de carrière": départ à la retraite avec financement du rachat de trimestres et de points; bonification de l'indemnité de départ; dispense d'activité de courte durée indemnisée. S'y ajouteront des mesures d'encouragement au départ pour projet personnel, des congés de reclassement indemnisés, des reclassements de personnel à des postes actuellement occupés par des sous-traitants (en ligne avec la jurisprudence), mais aussi des mutations géographiques "aux conditions habituelles" d'indemnisation (129 personnes concernées). 

Au total, un ensemble de propositions jugé "au rabais" (notamment par la CFTC). En tout cas, dans l'état actuel des négociations, trop peu susceptible de motiver assez de départs volontaires pour éviter au final le recours aux licenciements. "Surtout dans l'état de stress du marché de l'emploi en région Paca", confie Dominique Clerico, délégué syndical central suppléant et secrétaire du comité d'entreprise de l'établissement de la Gaude (Alpes-Maritimes). 

Car même si, comme le réaffirme la direction de la communication, la répartition des suppressions de postes est faite selon les catégories de personnel, et non définie pour l'heure établissement par établissement, certains se pressentent plus proches du couperet que d'autres. 

Redéploiement des activités 

"Les métiers les plus touchés seront les supports (finance, RH, marketing, sales et supply chain) GBS et GISF (plus de 20%)", indique l'expertise mandatée par la CFDT. De fait, la business unit de services (Global Business Services) est appelée à contribuer pour plus du tiers (240 personnes) à la réduction de voilure (avec force activités potentiellement délocalisables, craignent les représentants du personnel). "Les architectes IT chargés de la surveillance des réseaux font partie des personnels les plus exposés", déduit-on à La Gaude. Pour cet établissement qui emploie 573 personnes, la "fourchette de flexibilité" va jusqu'à 173 suppressions de postes au dernier pointage. Sous-entendu: 173 personnes sont potentiellement concernées par les mesures de départs et/ou de transferts "volontaires", mais la réduction d'effectifs peut être moindre. Rien n'est encore fixé. 

Pour autant, la surcapacité de certaines implantations, politique de mobilité jouant, est aussi en cause (900 postes de travail fréquentés en moyenne par 450 personnes sur le site de Marne-la-Vallée, 800 postes libres en région parisienne selon le site Miroir social) donnant prise à des transferts de personnel pas forcément confinés à la région d'implantation (comme le soulignait l'Unsa fin avril). Sans oublier l'autre facette habituelle et cruciale d'une telle contraction d'effectifs, à savoir les conditions de travail (surcharge, efficacité des équipes, équilibre économique) résultant du redéploiement des activités des salariés partants. De quoi relancer les suspicions de délocalisation et les doutes quant à la pérennité de certains sites... dont celui de la Gaude. 

Aucune fermeture de site 

"Aucune fermeture de site n'est envisagée dans le cadre du plan d'adaptation en cours", assure la directrice de la communication d'IBM France. Pour le site de la Gaude, notoirement concerné par la surcapacité des locaux, après les épisodes de délocalisations de sous-traitants (l'été dernier), le choc de la fermeture de l'établissement voisin de Texas Instruments (517 emplois à la trappe) contribue à raviver les inquiétudes. Mais les atermoiements des mois derniers autour de possibles déménagements et regroupement (les ex-Ilog restés dans leurs locaux d'origine sur la technopole de Sophia Antipolis) vers un nouveau site de la vallée du Var proche de l'aéroport Nice-Côte d'azur (Eco-Vallée) sont éclipsés, dans l'esprit des partenaires sociaux, par la négociation du PSE. 

"Notre objectif doit être d'éviter les licenciements", résume Dominique Clerico. D'où le bras de fer engagé actuellement au sujet des mesures d'accompagnement des départs, sachant qu'est prévu pour fin septembre un premier bilan des candidatures au départ et de leur validation. Pour autant, même dissonantes quant à la négociation en cours (CGT d'un côté, CFDT,CGC-CFE de l'autre à la Gaude), les organisations syndicales - tant au niveau national que local - ont voté unanimement des motions d'opposition au PSE, sur fond de contestation de la justification économique de cette contraction radicale d'effectifs, et d'autres de relance d'expertise concernant les conséquences sociales et économiques pour les établissements.

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