Métier : l'architecte IT plus intégrateur que jamais

Vieux comme l'informatique, ou presque, le métier d'architecte IT version 2013 vit à l'heure de l'acronyme SMAC (Social, Mobile, Analytics et Cloud). Une évolution majeure commentée ici par Patrice Duboé, responsable de la communauté des architectes de Capgemini.

Vieux comme l'informatique, ou presque, le métier d'architecte IT version 2013 vit à l'heure  de l'acronyme SMAC (Social, Mobile, Analytics et Cloud). Une évolution majeure commentée ici par Patrice Duboé, responsable de la communauté des architectes de Capgemini.

 

LeMagIT : L'animation de la communauté des architectes IT de Capgemini dont vous êtes responsable se réfère à l'acronyme SMAC – Social, Mobile, Analytics , Cloud. Quel est le message envoyé ainsi?

Patrice Duboé : D'abord une constante : la veille technologique est une des composantes essentielles du métier de l'architecte. Pour exercer cette activité, il faut être curieux, passionné, savoir se remettre en question. Faute de quoi, on peut tenir un an ou deux. Au delà, cela devient compliqué. L'architecte – à la différence de l'expert qu'il a peut-être été auparavant – doit avoir une vision transverse de l'état de l'art. Comme dans le bâtiment, ce n'est pas lui qui va monter les murs. Mais pour que la maison tienne et qu'elle soit conforme à la régulation en vigueur, encore faut-il qu'il se tienne au courant de l'évolution des matériaux, des normes et des règles. Les quatre piliers technologiques résumés par l'acronyme SMAC mettent encore plus en exergue cette nécessité de développer une vision transverse. 
 

LeMagIT : Encore plus transverse, pourquoi ? 

Patrice Duboé : Rien de révolutionnaire, en effet, pour l'architecte, quant aux réseaux sociaux qui constituent simplement une évolution des moyens d'échanger et d'exploiter les informations, avec cependant un surcroît d'exigence en sécurisation. Même chose pour la mobilité qui implique de concevoir des applications accessibles « Any Time, Any Where, Any Device ». De même, pour le cloud computing qui n'est pas un but en soi mais implique que tout projet soit tenu d'intégrer la composante cloud. Face à ces tendances de fond, l'architecte a essentiellement un rôle de conseil, de mise en garde, auprès des entreprises clientes et des équipes de conception-réalisation : « avez-vous pensé à … ? ».

En revanche, avec le Big Data, synonyme de prise en compte de sources de données et d'informations éminemment hétérogènes, issues de multiples environnements, multi-technologies, on peut parler de révolution quant à la vision transverse que doit exercer l'architecte. On sait ce qu'est un expert SAP. On ne peut pas se dire expert et encore moins architecte Big Data SAP.

 

LeMagIT : L'impact est-il le même pour toutes les catégories d'architectes IT ? 

Patrice Duboé : Jusqu'à présent, on distinguait en effet le rôle de l'architecte d'entreprise qui doit avoir une vision globale des systèmes d'information, à la façon d'un urbaniste, de celui de l'architecte d'infrastructure et de l'architecte d'application. Désormais, le mot-clé en matière d'architecture est intégration. La personne-clé est l'architecte capable d'assumer la complexité de l'intégration des solutions impliquées dans les projets SMAC. Un profil rare dont on va probablement manquer, d'autant plus qu'il faut du temps pour en acquérir la capacité sur la base de l'expérience.
 

LeMagIT : Assumer l'intégration, n'était-ce pas déjà le cas auparavant ? 

Patrice Duboé : Encore une fois, ce qui est désormais souligné est la différence entre le rôle de l'expert et la vision d'ensemble, transversale que doit avoir l'architecte. Quand on parlait de SOA ou d'architecture ESB (Entreprise Service Bus), comme l'entreprise et ses systèmes d'information fonctionnaient en silos, les architectes, même au niveau le plus englobant d'architecte d'entreprise, adoptaient eux aussi une approche par silos, recourant à des experts de niches. L'obligation d'interconnecter les solutions était moindre ou alors se situait au niveau des réseaux.

Désormais, la notion d'intégration est capitale, dans un contexte d'entreprise étendue, d'échanges permanents avec les clients, les fournisseurs et partenaires. C'est le point essentiel autour duquel se sont articulés les échanges de notre « Architecture week » annuelle qui, au delà des 3000 architectes du groupe Capgemini, s'est ouverte depuis quatre ans aux partenaires et aux représentants, architectes et DSI, d'entreprises clientes. Sachant que la première demande qui remonte de chez nos clients est du type : « Aidez-nous à organiser notre service d'architecture SI interne, pas tellement sur le plan technologique mais plutôt en termes de gouvernance ». Comment, par exemple, capitaliser, industrialiser l'approche des dossiers d'architectures dans une multinationale comme Alcatel Lucent, qui emploie 200 architectes répartis dans le monde, relevant de cultures différentes ?

 

LeMagIT : Justement, avec le cloud et l'externalisation croissante des services autour des SI, les entreprises ont-elles encore besoin de services d'architectes en interne ? 

Patrice Duboé : On a eu le même débat il y a dix ans avec l'essor de l'outsourcing. C'est bien connu : on n'externalise bien que ce que l'on maîtrise bien par soi-même. Pour les grandes entreprises, c'est une évidence. L'externalisation ne réduit pas l'importance de leur département architecture IT. Bien au contraire. Les PME et ETI s'appuient plutôt sur des ressources externes. Par ailleurs, l'hébergement dans le cloud, avec des acteurs, fournisseurs ou prestataires qui ont chacun leurs solutions cloud, implique d'autant plus de garder la maîtrise sur les échanges entre multiples solutions. Comme dans la logistique d'entreprise : ce n'est pas parce qu'on externalise auprès d'entreprises de transport que l'on n'a plus besoin de service logistique en interne.

 

LeMagIT : Si comme vous le dites, l'architecte d'intégration est une ressource rare, comment espérer que les projets cloud et big data puissent se fonder sur cette maîtrise de l'intégration ?
Patrice Duboé :
Si l'évocation du big data et de la complexité qui l'entoure fait peur, on en est encore au stade de la montée de la demande de clarification. Quel est l'intérêt pour mon entreprise ? A quels acteurs faire confiance ? Comment aborder un tel projet ? Pour le cloud, de même, il n'y a pas de raison de s'affoler. Le fait que 90% des entreprises – selon certaines enquêtes – s'intéressent au cloud, ne dit rien quant au pourcentage de leurs systèmes d'information déjà, ou potentiellement concerné. Quant au changement induit au niveau de la structure de gouvernance, on en est encore au tout début. 

 

LeMagIT : Réciproquement, comment prétendre être cet architecte maîtrisant les problèmes d'intégration si ceux-ci en sont encore au stade de l'émergence ? Et d'ailleurs, comment devient-on architecte ? 

Patrice Duboé : Rien de changé sur ce point : on ne naît pas architecte, ni ne le devient sans avoir auparavant mis les mains dans la technologie. Chez Capgemini, l'architecte a au moins six ou sept ans d'expérience en tant que consultant en système d'information, concepteur-réalisateur, administrateur système-réseaux, voire développeur. L'architecte doit avoir non seulement un background technologique, mais que celui-ci soit fondé sur l'expérience. On voit des consultants métiers technophiles qui se disent architectes. A mes yeux, cela ne suffit pas. Je ne confierai pas la construction de ma maison à quelqu'un qui lit des revues d'art et de décoration.

Ensuite, le maître-mot pour rester architecte est de ne pas s'enfermer dans une mission longue. Comme dans tous les métiers, la courbe d'apprentissage est exponentielle. On apprend beaucoup en début de mission et au fil des mois, on entre ensuite dans une zone de confort, avec la sensation d'avoir moins besoin d'apprendre. L'architecte qui progresse est celui qui passe rapidement de projet en projet, avec une forte présence en début de cycle, nettement moins requise lorsque le projet entre en production, tout en se sachant responsable jusqu'à l'aboutissement du projet. C'est une façon d'entretenir sa curiosité, sa capacité à se remettre en question.

 

LeMagIT : Et quand on est fatigué de sauter de projet en projet, que devient-on ? 

Patrice Duboé : Beaucoup de chemins d'évolution sont possibles. Soit prendre en charge, en tant qu'architecte, des projets de plus en plus complexes. Ou devenir architecte d'entreprise, ce qui jusqu'alors représentait la voie royale pour l'architecte senior. Soit redevenir expert d'une technologie ou, sur la base de l'importance qu'a prise la connaissance d'un métier ou d'un secteur d'activité dans un projet, expert d'un service métier. Ou basculer sur le volet management en devenant chef de projet. Ou encore passer du côté de la stratégie, en cherchant à imprimer son empreinte dans certains choix d'innovation. Au sein de Capgemini ou chez des partenaires. L'éventail des possibles est large.


 

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1 commentaire

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Donc architecte IT ça ne rimerait à rien ? Selon mon budget soit j'achète un pavillon Phénix, soit un appart, donc du sur étagère. Soit une oeuvre "Pritzker" si je suis millionaire. Avec mon propre argent, je ne vais pas demander à un architecte de m'improviser sa version n°bis de la maison phénix. Par contre les architectes d'intérieur improvisent trés bien.

Ou alors l'architecte serait celui qui de projet en projet courre après l'élimination des plans n°bis illégitimes des chefs de travaux foufous pour imposer le veritable plan Phénix.

Cependant ... avec le budget de 15 maisons Phénix on peut faire un trés beau Familistère ou une Cité Radieuse si on a fait les beaux-arts. Donc côté budget IT, un architecte ne serait utile que s'il faut animer le progres numérique pour le faire adopter et s'il faut maquetter une devanture pour le vendre à des types qui ne voient apriori qu'un tas de cables colorés.

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