Le Drian se dirige vers un abandon de Louvois

Le 3 décembre prochain, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian devrait annoncer l’arrêt de Louvois. Abandonnant un projet de SI de gestion et de calcul des soldes des militaires qui non seulement empoisonne la vie des ministres depuis plusieurs années, et mais également celle des soldats, confrontés à des aberrations du systèmes.

Selon plusieurs sources, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian devrait annoncer le 3 décembre prochain, lors d’une visite à Varces dans l’Isère, une série d’initiatives à l’encontre de Louvois. Au total, le ministre pourrait tout simplement prononcer l’abandon de ce logiciel de gestion de la paie des militaires dont les bugs à répétition empoisonnent la vie des soldats depuis plusieurs et très longs mois. Annoncé par notre confrère Jean-Dominique Merchet, sur son blog Secret Défense, édité par l’opinion.fr, l’abandon de Louvois a également été confirmé par Le Figaro.

Une décision qui intervient après un audit de plusieurs mois durant lequel ont été entendus de nombreux responsables qui chacun leur tour ont fait état du délabrement du logiciel et de son calculateur de soldes. En septembre dernier, par exemple, entendu par la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, l'amiral Edouard Guillaud, visiblement très remonté, avait lui aussi recommandé l’arrêt de Louvois, évoquant un nombre encore trop élevé d’erreurs du calcul des soldes, le qualifiant de déficient. Il avait également recommandé la mise en place d’un autre système, ajoutant qu’un tel chantier nécessiterait des coûts supplémentaires non budgétisés.

Des mesures pour « réparer » le système avaient bien été mises en place, écrémant un à un les bugs identifiés, mais des corrections naissaient d’autres anomalies, faisant du Louvois « un puits sans fonds », notamment d’un point de vue financier.  «L'audit devait nous dire si le système était assez robuste pour être modifié, nous savons désormais que non», a confirmé un conseiller à la Défense, à nos confrères du Figaro. Reprenant ainsi les conclusions des députés Damien Meslot et Geneviève Gosselin-Fleury qui dans un rapport sur la ré-organisation de l’armée, avaient qualifié Louvois d’un « échec majeur ».

Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, en décembre 2012, dans le centre d’appel « Solde Assistance » de Rambouillet

Après plusieurs années d’échec de déploiement et dans l’incapacité d’avoir un système opérationnel, le ministre de la Defense, qui avait par ailleurs qualifié le logiciel de « désastre », devrait ainsi ranger Louvois sur l’étagère des projets informatiques publics qui ont échoué. Un programme, dont l’objectif premier était d’intégrer le calculateur de solde à pas moins de 5 SIRH (celui de chaque corps),  qui aura provoqué des absences de paiements de solde ou des trop- perçus dans l’armée française - essentiellement dans l’Armée de terre. Quelque 106 millions d’euros auraient été trop perçus. 160 000 personnes ont été impactées par les errements de Louvois. Le Ministère avait d’ailleurs mis en place un plan d’urgence et débloqué 30 millions d’euros pour missionner plusieurs centaines de personnes, réparties dans entre les centres de Nancy et de Rambouillet, pour répondre aux situations d’urgence.

Restera alors une question : celle du remplacement même de Louvois. Si, comme le soulignent nos confrères du Figaro, Louvois restera en place encore entre 18 à 24 mois, il faudra développer un nouveau calculateur de solde ; ce qui nécessiterait alors 3 ans de développements, avaient rappelé les Damien Meslot et Geneviève Gosselin-Fleury dans leur rapport. Sans évoquer les coûts associés.

Autre dossier qui pourrait également s’ajouter à cette sortie de crise Louvois, celui d’une éventuelle rupture de contrat avec les nombreux prestataires qui avaient la charge des développements et de la maintenance du système, comme Steria. Une rupture de contrat, qui pourrait alors impliquer des compensations financières à condition que les responsabilités des prestataires ne soient pas engagées. Dans leur rapport Damien Meslot et Geneviève Gosselin-Fleury indiquent : «les causes des dysfonctionnements de l’écosystème Louvois sont multiples – tenant au système d’information Louvois comme à son environnement technique et au mode de pilotage retenu pour la conduite du projet –, et que les responsabilités dans ce qui est un véritable scandale n’en sont que plus diluées, ce qui est profondément insatisfaisant au regard des torts causés aux militaires qui en sont victimes». Cela pourrait ainsi s’ajouter à la facture Louvois : le Figaro parle d’une ardoise de quelque 470 millions d’euros. Des négociations entre le ministère et Steria seraient alors en cours.

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