Montpellier Agglomération lance des projets pilotes de “Smart City” avec le Cloud d’IBM

Gestion des risques, des transports et de l’eau, information des citoyens et des élus sont au cœur d’un projet IT auquel participent également l’Université de la ville et des acteurs économiques locaux.

Montpellier et son agglomération (31 communes) sont pleines de contradictions. Avec une population toujours plus nombreuse, attirée par ses 300 jours de soleil par an, la capitale du Languedoc et les villes environnantes sont en pleine croissance. Mais bien que classées parmi les meilleures agglomérations où il fait bon vivre, des points négatifs s’accumulent et commencent à nuancer un tableau idyllique. Des points que l’IT pourrait (en partie) résoudre.

Une agglomération en pleine crise de croissance

Montpellier est en pleine crise de croissance. L’agglomération connaît par exemple aujourd’hui ses premiers embouteillages aux heures de sorties des bureaux. Impensable il y a encore cinq ans. Autres facteurs préoccupants : le peu de création d’emplois (malgré un vivier de start-ups très dynamiques - dont la réussite internationale BIMe), des sécheresses à répétition qui menacent les nappes phréatiques, l’implantation massive du moustique tigre (le Languedoc est en surveillance sanitaire « niveau albopictus 1 »), des prix de l’immobilier et des taxes d’habitations qui flambent (800 € en moyenne par foyer en 2012 sur Montpellier, et jusqu’à 950 € à Saint-Georges d'Orques et Juvignac, contre 500 € à Paris), et cela malgré un revenu fiscal de référence par foyer en dessous des 22.000 € (ce qui classe le Languedoc dans le peloton de queue des régions françaises).

Bref, si Montpellier fait - à juste titre - rêver pour son climat, son arrière-pays vallonné, son terroir riche et varié et ses plages de sable fin, les effets secondaires de sa progression démographique débridée (la plus forte en France de ces 25 dernières années avec 800 à 1.000 nouveaux arrivants par mois) pourraient - à moyen terme - remettre en cause cette attractivité.

Les représentants des collectivités locales ne le disent pas aussi directement - certains officiels contesteront même le constat. Ils sont néanmoins bien conscients de ces problèmes de croissance, qui commencent même à faire les gros titres de la presse magazine nationale.

La preuve en est : ils ont décidé de les traiter, de manière originale, grâce à l’IT au travers d’un partenariat technologique avec un acteur local implanté de longue date : IBM.

Le Big Data, le Cloud et les capteurs à la rescousse

Si les solutions Big Data, le Cloud et l’Internet des Objets ne peuvent pas tout (sur le prix de l’immobilier par exemple), elles peuvent en revanche grandement aider - voire résoudre - certains défis. Et, pourquoi pas, faire baisser les prélèvements locaux.

Le choix d’IBM est quant à lui presque historique. Le géant américain est en effet présent dans la région depuis plusieurs décennies. Dès 1981, la production européenne du IBM Model 3081 Processor Complex (Mainframe) est par exemple réalisée à Montpellier. La ville bénéficie également, dans son quartier de La Pompignane, d’un centre de formation qui reçoit entre 7.000 et 8.000 clients par an. En 2012, l’entreprise a massivement investi pour ouvrir un de ses premiers centres de Cloud public, à Grabels (à 8 km de Montpellier). Depuis, IBM a prévu un autre investissement d’un milliard de dollars pour la création d’un nouveau centre « Power Systems Linux ».

C’est donc somme toute de manière assez logique que la « Cité Intelligente de Montpellier » a décidé de passer un accord avec « Big Blue » pour lancer plusieurs de ses projets pilotes. Avec ce partenariat IT de trois ans, l’agglomération espère concrètement obtenir des bénéfices dans la gestion de l'eau, dans les transports et dans l’amélioration des « services aux citoyens ».

Au cœur de ce projet de R&D - qui associe également les Universités Montpellier 1 et 2, l'IDATE (un institut d’économie numérique) et des PME locales - se trouve logiquement l’IBM Intelligent Operations Center, une technologie en mode Cloud d’IBM.

« Pendant trois ans, la Communauté d’Agglomération de Montpellier travaillera avec IBM sur une série d’initiatives dites “Smarter Cities” dans le but d’améliorer la durabilité et la qualité des services que la ville offre à ses citoyens », résume en s’en félicitant le géant américain.

Des fuites d’eau détectées en moins de 72 heures, même chez les citoyens

Premier domaine d’application des capteurs, du temps réel et de l’Analytics aux problématiques publiques : le réseau d’alimentation en eau.

Pour éviter le gaspillage, ou la surconsommation, des capteurs seront placés dans le réseau de la ville. Des indicateurs de performance permettront ainsi de détecter les fuites ou des désordres dans le réseau d’assainissement, tout en surveillant la consommation globale.

Mieux, à terme, les citoyens pourront même être alertés dès qu’une fuite d’eau potentielle sera détectée à leur domicile ou dans leur immeuble

L’objectif affiché est de pouvoir détecter un dysfonctionnement en moins de 72 heures. Un défi névralgique dans un contexte où l’eau devient de plus en plus précieuse dans le département.

Des transports publics optimisés et du prédictif pour décongestionner le trafic

Concernant le trafic, de plus en plus encombré, l’objectif des projets « Smart City » est de réduire la congestion des routes de 10 % grâce à des transports plus « intelligents ». Avec pour conséquence, espérer une diminution de la pollution de 20 %.

Concrètement, et dans un premier temps, une application mobile pilote servira aux citoyens à trouver une borne Vélomagg (vélos en libre-service) à proximité sur le modèle de l’application Velib’ à Paris.

La plateforme « IBM Intelligent Operations for Transportation » permettra en parallèle aux opérateurs de surveiller les transports et aux citoyens de signaler les perturbations ou d'autres incidents dans les rues de la ville. Des algorithmes modéliseront ensuite l'impact de ces événements sur le niveau de « congestion » de différents quartiers et le système intègrera ces informations pour prévoir calculer le trafic prédictif une heure à l'avance

Dans un avenir proche, une autre application - de planification de trajets cette fois - fournira ces résultats aux voyageurs sous la forme d’une combinaison de solutions de transport alternatives. L’app mobile recalculera également le meilleur itinéraire pour arriver à l'heure. Et cela même si de nouveaux événements se produisent sur la route.

Enfin, tout comme à Dublin, ville qui collabore déjà avec IBM dans le domaine des transports en commun, la plateforme d’analyse Cloud pourrait également déboucher sur une modification du réseau de bus, de tram et de la circulation des véhicules afin de minimiser les embouteillages.

D’ici 2020, l'Agglomération de Montpellier entend passer avec ces solutions à moins de 50% de voitures particulières, contre de plus de 60% en 2000.

Mieux informer les responsables pour mieux gérer les événements imprévus

Troisième pan de cet accord : l’information des citoyens et des élus locaux.

La région Languedoc et sa DSI - qui gère 1,2 milliard d’euros de budget annuel - collaborent déjà avec SAP. Elles utilisent BO et aujourd’hui HANA pour les reportings, les calculs de ROI des investissements publics et la réalisation de tableaux de bord internes, pour ses cadres, et externes, pour ses administrés.

Avec IBM, le but sera plutôt de « développer un prototype pour la gestion transversale multi-risques et la gestion d'alertes ». En clair, générer des alertes le plus rapidement possible en cas d’accidents de la route, de pollution accidentelle ou d’incendies.

Ces alertes devraient permettre aux élus de mieux surveiller l’activité dans leurs villes, en temps quasi-réel, pour mieux gérer les événements prévus (comme une manifestation sportive) ou imprévus (comme une catastrophe naturelle). IBM et Montpellier estiment par exemple qu’avec un tel dispositif, il devrait être possible de réduire de 20% le montant des dommages liés aux inondations grâce une coordination entre acteurs plus efficace.

« Les villes ont besoin d’un fondement pour moderniser leurs systèmes. La base de leur technologie doit être flexible, ouverte et facile d’utilisation. L’analyse prédictive et ses résultats permettent aux villes d’amorcer une transformation qui, il y a à peine 10 ans, était inimaginable. Les élus et les citoyens pourront tous bénéficier de cette approche intégrée », prédit Michael Dixon, Directeur Général des produits Smarter Cities d’IBM.

Le nouveau maire de Montpellier, Philippe Saurel, également président de l’agglomération, semble d’accord. Mais plus modéré. « Il y a encore beaucoup de conditions pour que tout réussisse », déclarait-il récemment à la presse locale. Avant de conclure, prudent : « nous ne sommes pas encore arrivés. »

Quant au moustique tigre et aux risques sanitaires qu’il fait peser sur la région sur le long terme (dengue autochtone, etc.), il y a fort à parier que les outils IT de veille, de suivi et d’analyse prédictive intéresseront rapidement les élus locaux. Un sujet connexe à la ville intelligente. Très connexe même, avec ses problématiques de santé publique et d’information du citoyen.

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