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Micro Datacenter : Schneider Electric embrasse le Edge Computing

L’équipementier lance une nouvelle gamme de baies qui n’ont plus besoin de salles informatiques ni d’informaticiens sur site pour les superviser. L’enjeu est de faire des économies sur tout ce qui ne peut pas aller dans le Cloud.

Le Cloud oui, mais pas pour tout. Lors de son salon organisé à Paris au mois d’avril, l’équipementier Schneider Electric a lancé de nouvelles gammes de racks, de Pods, de climatisations et de logiciels pour accompagner la nouvelle tendance du Edge computing. Celle-ci consiste à redéployer, avec un minimum d’efforts et de budget, des serveurs sur site pour accomplir des traitements en local, plutôt que de les envoyer à l’autre bout d’Internet.

« Après un grand mouvement vers le cloud, l’IT revient aujourd’hui au Edge computing qui permet une meilleure réactivité. Personne ne veut dépendre des communications vers le cloud pour gérer ses machines critiques », a ainsi déclaré Jean-Pascal Tricoire, le PDG de Schneider Electric, lors de l’ouverture du salon.

Selon lui, les applications visées sont l’IoT industrielle, les systèmes médicaux en hôpital, les serveurs qui ne supportent pas une latence importante (téléphonie...), ou encore tout ce qui ne doit pas, par réglementation, sortir de l’enceinte d’une entreprise et encore moins de son territoire.

L’enjeu des nouveaux produits de Schneider, regroupés sous le terme « EcoStruxure IT », est surtout d’éviter aux entreprises d’avoir à reconstruire des datacenters, avec tous les informaticiens, tous les mètres-carrés et toute l’électricité que cela suppose d’ordinaire. Des contraintes qui avaient justement incité les entreprises à migrer toute leur IT dans le Cloud dès que cela fut possible.

Tout un datacenter dans une baie autonome

Des entreprises rencontrées lors du Schneider Summit parisien ont expliqué au MagIT qu’elles trouvaient dans ces nouvelles solutions le moyen d’équiper leurs succursales d’une informatique locale et autonome.

C’est notamment le cas pour le monde de la distribution, où il devient de plus en plus pertinent d’installer des systèmes IoT en magasins, alors qu’aucun d’eux n’est capable d’héberger une vraie salle informatique.

Pour éviter aux sites distants d’avoir à poser leurs serveurs – généralement des infrastructures hyperconvergées – à même le sol ou dans un placard à balais sans les moindres protections électriques ou énergétiques, Schneider lance désormais le SmartBunker FX. Haute de 2 mètres, cette armoire rack de 23U utiles n’a besoin que d’une prise électrique et d’un câble Ethernet pour mettre en exploitation n’importe où tous les serveurs qu’elle contient. Elle intègre ses propres onduleur (UPS), bandeau de prises (PDU) et système climatique « DX inRow » qui borde les serveurs sur toute la hauteur, d’un côté ou de l’autre.

Surtout, cette armoire offre toutes les sécurités d’un véritable datacenter. Montée sur des roulettes pour être casée dans un coin, elle est fermée par une porte qui ne se déverrouille qu’avec un passe biométrique ou un badge RFID. Étanche à l’humidité ambiante, elle dispose d’un système anti-incendie avec alarme et bonbonne qui projette du gaz au moindre départ de feu.

En option, il est même possible de lui ajouter une caméra pour vérifier les accès.

« Le SmartBunker est la version prête pour les applications les plus critiques ou les plus denses du DC Express que nous avions lancé l’année dernière, sans climatisation ni systèmes de sécurité », explique Haïtam Boutaleb, responsable du développement commercial Datacenter chez Schneider Electric.

Le but de la baie DC Express, en 24U ou 42U, était alors de proposer une armoire prête à l’emploi avec son système électrique préinstallé. « Tout comme pour le DC Express, il s’agit typiquement de proposer le SmartBunker via nos partenaires, qui fourniront aux entreprises des solutions clés en main, contenant toute l’informatique pour une application donnée ».

Passer par le Cloud pour monitorer l’informatique physique à distance

Le problème des mètres-carrés réglé, reste celui de la maintenance.

Pour y répondre, Schneider livre désormais une panoplie de logiciels qui fonctionnent, cette fois-ci, en Cloud. EcoStruxure IT Expert tient à jour l’inventaire des équipements installés dans toutes les baies déployées sur le territoire. Sa base de données - qui référence tous les modèles de serveurs, de boîtiers réseaux ou de baies de stockage existants - permet même à l’administrateur, depuis le siège, de simuler la consommation de telle ou telle machine avant de l’installer, voire lui conseille l’endroit le plus optimal où l’installer si plusieurs baies coexistent sur un site.

Au quotidien, l’ensemble des relevés produits par les équipements de Schneider est enregistré dans un datalake que le constructeur héberge sur Azure. « Le but est de produire des rapports prédictifs sur la consommation des baies informatiques, de sorte que les exploitants de l’IT puissent mieux anticiper leurs coûts. Au fur et à mesure que nous recevrons des relevés, notre système se perfectionnera et nous pourrons même, en combinant les relevés issus d’autres clients, prévenir le risque d’une future panne », promet Haïtam Boutaleb.

Toutes les données du datalake de Schneider, inventaire des machines compris, sont consultables depuis l’app mobile EcoStruxure IT Advisor.

Cette app donne par ailleurs accès à un service de télésurveillance des équipements, moyennant la souscription d’un contrat de support. Si un incident se produit quelque part, un technicien de Schneider envoie une alerte sur le smartphone du responsable informatique avec le détail de la panne et le moyen de la résoudre. Il n’y a plus de ticket d’incident à ouvrir : le logiciel intègre une messagerie instantanée qui permet de dialoguer directement avec le support technique. Il est même possible d’inclure dans la conversation des informaticiens de l’entreprise pour leur demander d’intervenir.

« Grâce à notre datalake, nous savons exactement quel équipement est alimenté par quoi. Si un Power Distribution Unit tombe en panne, nous sommes ainsi en mesure de voir quel switch est branché dessus et de dire à notre utilisateur quels serveurs sont sur le point de perdre le réseau », explique Haïtam Boutaleb.

Le format des relevés récupérés étant ouvert, Schneider Electric espère que les fabricants de matériel informatiques l’adopteront au fil du temps pour affiner encore plus les diagnostics.

Des baies plus faciles à monter et moins chères à refroidir

La nouvelle gamme dédiée au Edge Computing de Schneider comprend enfin des solutions pour des déploiements informatiques un peu plus ambitieux.

Ainsi, l’HyperPod est un ilot classique, avec couloir chaud ou froid fermé entre deux rangées de quatre ou six baies racks. Sa particularité est néanmoins d’avoir un squelette.

« Avec ce squelette, plus aucun câble ne repose sur les baies. Il devient dès lors possible de monter le squelette, puis de glisser dedans des baies de racks livrées clés en main par des intégrateurs, ou par des fabricants informatiques qui les ont équipés de leurs serveurs en usine », assure Haïtam Boutaleb.

Selon lui, ne plus avoir à faire du montage de meuble à chaque fois qu’une baie est livrée évite aux entreprises de mobiliser une équipe entière de techniciens pendant plusieurs jours.

Il ajoute que ce squelette permet même de mixer des baies de différentes hauteurs – jusqu’à 48U – sans pour autant nuire à l’efficacité du système de refroidissement.

En termes de refroidissement, justement, un nouveau système de ventilation EcoFlair est destiné à aspirer l’air frais extérieur et à le faire passer dans un échangeur étanche où il croise l’air chaud des baies racks et le refroidit. Cette technique, qui consiste à ne pas utiliser de climatisation, s’appelle le Free Cooling.

« L’intérêt est que les entreprises n’ont plus à produire du froid. La part d’électricité du datacenter dévolue à la climatisation est habituellement de 40%. Ici, en ne faisant tourner principalement que des ventilateurs pour aspirer l’air frais extérieur, cette part tombe à 10%, soit des économies d’électricité substantielles », explique François Salomon, responsable développement Offre froid chez Schneider Electric.

Selon lui, l’air frais extérieur suffirait à refroidir les baies informatiques pendant quasiment toute l’année dans des villes comme Londres ou Paris. Un système de climatisation classique est néanmoins prévu pour les jours de forte canicule.

Un marché qui n’a pas encore décollé

Le français Schneider Electric se positionne sur le marché du Edge Computing un an après l’équipementier allemand Rittal, lequel avait par exemple déjà équipé l’enseigne La Redoute.

Celle-ci, après avoir migré dans le Cloud l’ensemble de ses progiciels (CRM, ERP, mais aussi e-mail...), s’était rendu compte qu’elle avait encore besoin de petites baies autonomes pour assurer le fonctionnement de serveurs d’appoint sans dépendre d’une connexion vers Internet. Dans son cas, il s’agissait, depuis des pièces réduites et avec une maintenance minimum, de piloter des robots sur son site logistique Quai 30, ou encore d’assurer l’impression et le partage de fichiers pour les salariés de son siège. En France, Rittal a également équipé plusieurs usines.

Outre les exemples de Rittal, les analystes manquent de recul pour savoir si l’Edge Computing est promis à un succès similaire au Cloud computing. Jean-Baptiste Plagne, en charge de la division IT de Schneider Electric France, qualifie lui-même le marché actuel du datacenter de « complexe ».

Selon lui, le décollage du Edge Computing sera significatif lorsque l’IoT aura pris son envol et qu’il faudra analyser toutes ses données avec de l’intelligence artificielle. Car c’est à ce moment-là que les entreprises découvriront qu’elles ont une contrainte de bande passante et qu’elles feraient des économies en traitant les relevés au plus près des objets connectés qui les génèrent.

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