Grâce au Edge, Schneider Electric veut devenir un grand de l’IT

L’équipementier électrique propose désormais des micro-datacenters qui s’accrochent aux murs, se posent sous des tables de réunion et font du supercalcul directement dans les bureaux ou les ateliers.

Schneider Electric, l’équipementier qui adresse, entre autres, les besoins en alimentation et en climatisation des datacenters, a fermement l’ambition de devenir un acteur de premier plan parmi les fournisseurs IT. Son crédo : incarner la marque No 1 du Edge computing, à savoir l’informatique relocalisée sur les sites d’activité et qui, selon Gartner, prendra en charge 75 % des traitements de données d’ici à 2025.

Pour marquer cette ambition, et alors qu’il possède près de 200 sites de production dans le monde qui mettent au point aussi bien des transformateurs solaires que des prises électriques, c’est à Barcelone, où siège son usine de fabrication de datacenters clés en main, que le groupe industriel français a choisi cette année d’organiser son événement international Innovation Summit.

L’opportunité de solutions clés en mains sur un marché en plein changement

« Nous avons une carte à jouer en proposant des modules de datacenters clés en main, qui s’installent en six jours au lieu de trois mois et qui comportent tout le nécessaire en matière de racks, de refroidissement, d’onduleurs ou encore de sécurité d’accès », indique au MagIT Damien Giroud, le directeur pour la France des solutions datacenters.

Selon lui, l’avantage concurrentiel de Schneider Electric est son partenariat direct avec les fournisseurs de serveurs, dont Dell EMC, HPE et consort. « Nous pouvons intégrer leurs serveurs, réseau et stockage dans nos modules et les livrer à nos clients communs. Nous n’avons pas de concurrents avec une offre aussi complète : l’alternative est de commander des étagères rack chez untel, des onduleurs chez un autre, un système de sécurisation des accès chez encore un autre... Les entreprises ne veulent plus d’une telle complexité », assure-t-il.

Surtout, explique-t-il, Schneider compte bien tirer profit d’un revirement de situation sur le marché des datacenters ; depuis trois ans, les équipementiers sont en effet remis au-devant de la scène, pour plusieurs raisons.

« L’équipement des grands datacenters représente 70 % de notre CA. »
Damien GiroudSchneider Electric

« Avant, les plus gros consommateurs de datacenters, les grands fournisseurs de cloud public, construisaient eux-mêmes leurs équipements. Par conséquent, en France, comme ailleurs dans le monde, 70% de notre activité IT était l’équipement de salles informatiques de taille petite à moyenne pour des entreprises, des villes (Nice...), ou des universités (Grenoble...). La fourniture d’équipements pour les acteurs de la colocation (Interxion, Data4, Equinix, etc.), qui hébergeaient essentiellement l’IT de sociétés privées, ne représentait que 30 % de notre CA. »

« Mais depuis 2016, deux phénomènes se sont développés à notre avantage. D’une part, les fournisseurs de cloud déploient leurs nouveaux points de présence non plus dans leurs propres bâtiments, mais chez les acteurs de la colocation. En France, par exemple, ils ont ainsi l’opportunité d’adresser 1,3 milliard d’utilisateurs depuis les câbles qui partent de Marseille. D’autre part, la transformation numérique a favorisé l’émergence de nouveaux traitements spécifiques qui gagnent à s’exécuter directement sur le site de l'activité. Dans certaines usines, par exemple, ils utilisent désormais des lunettes de réalité augmentée où, pour que l’image soit fluide, les données à calculer doivent être hébergées en local et pas dans un cloud à 3000 km de là. »

« Dans les deux cas, il s’agit de traitements critiques qui justifient d’installer des modules de datacenters sécurisés, comme ceux que nous fabriquons. Ces phénomènes font que, désormais, l’équipement des grands datacenters en colocation représente 70 % de notre CA. En revanche, même s’ils ne pèsent plus qu’à hauteur de 30 % dans nos revenus, les déploiements sur sites constituent toujours 70 % de nos projets », détaille-t-il.

Des racks accrochables au mur ou dissimulables sous des tables

En vedette de l’événement, Schneider a présenté des micros-datacenters Netshelter CX qui tiennent tantôt sous une table de réunion, tantôt s’accrochent au mur.

« Le système accrochable au mur, qui porte pour l’heure le nom de 6U-Wall-Mounted-Rack, est simplement une étagère rack de 6U renversée à 90° sur le côté. Nous l’avons d’abord conçu pour les boutiques, qui pourront ainsi exécuter leurs applications de PLV ou de vidéosurveillance depuis un local technique, au-dessus des balais et des produits d’entretien, voire directement depuis la surface de vente, au-dessus des rayonnages », confie au MagIT Jim Simonelli, directeur de la division IT-Emerging Business de Schneider et qui revendique être l’inventeur-même de ce concept.

Il explique qu’un espace de 6U correspond aux besoins les plus courants d’une informatique sur site : avec 2U pour l’onduleur, 2U pour le stockage, 1U pour le serveur et 1U pour le switch réseau. Le boîtier dispose par ailleurs d’ouvertures au-dessus et en-dessous pour faire passer les câbles, soit vers les écrans et caméras du site, soit vers d’autres boîtiers racks, superposables tant que la hauteur du mur le permet. Une caractéristique doit néanmoins être prise en compte : une fois remplie, la solution pèse dans les 80 kg.

« Si vous craignez que votre mur ne supporte pas un tel poids, nous fournissons de toute façon des pieds pour poser notre module par terre. Son intérêt n’est pas tant qu’il soit accrochable au mur, c’est surtout qu’il a une profondeur de moins de 30 cm, là où une baie classique fait de 1 à 1,20 mètre de profondeur », ajoute Jim Simonelli.

De leur côté, les Netshelter CX contiennent 12U pour des serveurs posés traditionnellement à l’horizontal. Ce sont des cubes fermés de 70cm de haut sur 69cm de large et 93cm de profondeur, habillés de bois ou d’un revêtement qui rappelle le mobilier de bureau.

Outre se dissimuler dans l’espace de l’activité, l’intérêt de ces modules est qu’ils ne nécessitent même pas toute la tuyauterie des climatisations, dont le volumineux extracteur de chaleur.

« Désormais, les serveurs sont conçus pour fonctionner dans des environnements à 35°, soit la température ambiante maximale de la plupart des bureaux, alors qu’ils ne supportaient que 18° auparavant. »
Damien GiroudSchneider Electric

« 70 % des usages ne nécessitent plus de climatisation. Désormais, les serveurs sont conçus pour fonctionner dans des environnements à 35°, soit la température ambiante maximale de la plupart des bureaux, alors qu’ils ne supportaient que 18° auparavant. De fait, nos solutions embarquent juste des ventilateurs très silencieux pour extraire le surplus de chaleur. Il n’est plus nécessaire de créer du froid pour les systèmes de calcul sur les sites d’activité », assure Damien Giroud.

Pour Pascal Fernandez, en charge des systèmes intégrés chez l’intégrateur Avnet, ces modules d’appoint correspondent exactement aux attentes des entreprises qu’il accompagne : « Il va y avoir de plus en plus de demandes pour effectuer des calculs dans des endroits qui ne sont pas adaptés pour. Avec l’émergence du cloud, les entreprises ont vidé leurs succursales de tous les serveurs qui traînaient le plus souvent par terre, sur la moquette, et qui servaient pour la plupart aux fonctions bureautiques, peu gourmandes en calculs. Mais avec la généralisation de la connectivité, nos clients se rendent compte qu’ils ont finalement de plus en plus besoin d’effectuer des calculs qu’il serait ridicule d’envoyer dans le cloud. »

« Ce sont des traitements qui vont gérer le bâtiment, les accès, la vidéosurveillance, voire des applicatifs industriels si l’on est dans un environnement industriel. Et tous ces traitements ne peuvent plus se faire depuis une moquette : ils nécessitent des environnements sécurisés, qui répondent à des contraintes de température, de vibration et de poussière. »

Du refroidissement liquide pour de la haute performance dans n’importe quelle pièce

Toujours dans un souci d’abolir la climatisation, Schneider a également profité de son événement pour dévoiler des baies Netshelter SX traditionnelles qui intègrent un nouveau design de tiroirs racks, dans lesquels les serveurs sont immergés dans un liquide. Physiquement, les cartes mères des serveurs sont débarrassées de leurs boitier et ventilateurs d’origine. Elles baignent dans des tiroirs remplis à mi-hauteur de liquide.

La solution retenue est celle d’Iceotop. Il ne s’agit pas d’une huile, mais d’un liquide non conductible qui dissiperait la chaleur 1000 fois mieux que l’air, à l’aide d’une simple pompe comme celles que l’on trouve dans les aquariums. La promesse est de rendre les baies NetShelter SX installables dans n’importe quelle pièce, puisqu’on élimine aussi le besoin d’une climatisation dédiée, et de réduire la facture énergétique de 70 %, puisqu’on ne produit toujours pas de froid.

« Bien entendu, le besoin dans des bureaux pour des serveurs immergés dans du liquide n’existe pas encore. Néanmoins, nous savons que ce sera bientôt le cas car, la loi de Moore aidant, les processeurs vont continuer à monter en dissipation thermique et la climatisation des bureaux ne sera plus suffisante pour les refroidir », dit Pascal Fernandez, qui estime que les applications d’intelligence artificielle, très gourmandes en calcul, sont appelées à se multiplier sur les sites d’activité pour analyser localement des données.

EcoStruxure IT Expert pour assurer à distance la maintenance des succursales

Enfin, Schneider Electric met toujours en avant ses gammes de Smart Bunkers et de Smart Shelters. Ce sont des salles informatiques clés en main, avec onduleurs, climatisation, systèmes anti-incendie, accès biométriques et caméras de surveillance préinstallés. Elles prennent la forme, pour les premières, d’armoires blindées de 46U prêtes à être posées dans un atelier ou dans l’enceinte d’une usine et, pour les secondes, de véritables containers maritimes installables en extérieur, le plus souvent sur une place de parking.

La nouveauté est que ces solutions, comme les Netshelter CX et SX, sont désormais pilotées par la version 3.0 du DCIM EcoStruxure IT Expert, lequel offre un monitoring plus élastique. Il permet ainsi aux entreprises qui ont des succursales d’avoir une vue d’ensemble des déploiements informatiques sur tous leurs sites et de zoomer à l’étagère près, pour identifier quel serveur se trouve à quel emplacement ou quel onduleur mériterait une mise à jour de son système. Par ailleurs, le logiciel dispose à présent de fonctions prédictives pour intervenir avant que la panne ne survienne et ainsi éviter de devoir stopper l’activité.

L’enjeu d’EcoStruxure IT Expert 3.0 est de simplifier la maintenance à distance. Lors d’une démonstration à laquelle LeMagIT a pu assister, un opérateur guidait ainsi, via l’appli mobile de la solution, une personne non-experte sur un site en faisant clignoter les diodes de l’élément à remplacer. Une fois encore, ces fonctions sont censées favoriser le déploiement d’une informatique d’appoint sur site.

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