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La Blockchain ne déchaîne pas les passions des DSI (Gartner)

Dans son CIO Survey, Gartner estime que la plupart des entreprises ne sont pas intéressées par une blockchain « surmédiatisée ». Le cabinet avertit même que succomber trop hâtivement à cette mode technologique n'est pas sans risque.

Avec Karl Flinders de ComputerWeekly

Un tout petit pourcent. 1%, c'est la proportion de DSI qui aurait, réellement, des projets de blockchain en cours. Et ils seraient à peine 8% à prévoir d'en lancer un à court terme ou d'expérimenter la technologie.

En clair, 90% n'ont rien de prévu sur le sujet.

La blockchain est « massively hyped »

Ces chiffres chocs sont extraits du CIO Survey de Gartner. Dans ce document, le cabinet arrive à la conclusion que le nombre réel de projets sur la blockchain est très largement inférieur au bruit médiatique démesuré qui entoure cette technologie, dont on oublie souvent qu'elle est encore naissante.

A contrecourant de certains sites de promotions déguisés en site d'informations - qui font passer des PoC pour des applications en production - Gartner note que plus des trois quarts des DSI (77%) disent que leur entreprise ne manifeste aucun intérêt et/ou n'a pas l'intention de se renseigner sur la Blockchain, ni de développer de services qui s'appuieraient sur un quelconque registre distribué.

« Cette année, l'enquête fournit des éléments factuels qui montrent que les déploiements et l’adoption de la blockchain sont largement surestimés », assène David Furlonger, vice-président du Gartner.

Gartner ne jette pas la blockchain avec l'eau du bain

Celui-ci ne jette absolument pas la Blockchain aux orties pour autant. Il la qualifie au contraire de « technologie capable de changer la donne ». Mais il avertit que succomber à la « hype » et aux champs des sirènes des évangélistes un peu trop enthousiastes pour être honnêtes aura des conséquences.

« Il est essentiel de comprendre ce qu'est la blockchain et ce dont elle est capable aujourd'hui, comparativement à la façon dont elle transformera les entreprises, les industries et la société demain », prévient-il.

« Se précipiter dans des déploiements de blockchain pourrait conduire à d'importants problèmes d'échec de l'innovation, de gaspillage des investissements, de décisions irréfléchies et même de rejet de la technologie ».

Les nouveaux moutons à cinq pattes

Un autre défi que pose la blockchain est celui des compétences.

Les blockchains sont en effet multiples, avec des exigences très différentes et très variées. Pour ne rien arranger, elles évoluent - et seront encore plus amenées à évoluer. Bref, trouver les ingénieurs et les développeurs pour accompagner les projets (dont on ne sait pas s'ils auront des ROIs satisfaisants) ferait presque passer le profil de Data Scientist pour une commodité.

David Furlonger ajoute que « le défi pour les DSI n'est pas seulement de trouver et de retenir ces ingénieurs qualifiés, mais d'en trouver suffisamment au fur et à mesure que les développements Blockchain monteront en puissance. Or les ingénieurs qualifiés peuvent être réticents en raison de la nature historiquement libertaire et non-conformiste de la communauté des spécialistes de la Blockchain ».

Une maturité réelle dans 3 à 5 ans

Pour nuancer le constat de désintérêt des DSI, Gartner perçoit une différence entre les secteurs.

Les télécommunications, l'assurance et les services financiers sont plus activement impliqués dans la planification et l'expérimentation de la blockchain que d'autres industries.

Les services financiers et les compagnies d'assurance sont même à l'avant-garde et bien avancés sur ce sujet. Logique puisque la blockchain est, initialement, une réponse aux problèmes d'intermédiaires dans les transactions financières.

Les secteurs publics et celui des transports sont également de plus en plus engagés en raison de l'amélioration de l'efficacité des processus, et de l'optimisation des approvisionnements et de la logistique que promet la blockchain. Le projet transfrontalier entre la Hollande et la Belgique sur le transport des déchets en est le parfait exemple.

Pour Gartner, et dans un cadre général qui dépasse le secteur financier, la Blockchain ne devrait être mûre pour des mises en productions réelles et à grande échelle que dans 3 à 5 ans. Le temps que la technologie elle-même se stabilise, se standardise et se normalise.

Optimiste, réaliste ou pessimiste ? Chacun se fera son opinion sur ce rapport. A vous de nous dire en commentaire ce que vous en pensez, si vous le souhaitez.

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