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Bill McDermott dit « Auf Wiedersehen » à SAP

Sous pression d’un fonds activiste, le PDG new-yorkais, qui a accompagné les transformations de l’éditeur allemand vers l’ère post-ERP et cloud, s’en va. En 10 ans, il a donné une forte dimension américaine à SAP. Une direction bicéphale lui succède.

Sous sa direction, « SAP l’Allemand » est devenu « SAP l’Américain ». Mais l’histoire s’est terminée ce vendredi 11 octobre.

Bill McDermott avait rejoint le premier éditeur européen en 2002. Le New-Yorkais en avait ensuite pris les commandes, huit ans plus tard, d’abord dans une présidence bicéphale avec le danois Jim Hagemann-Snabe (parti depuis chez Siemens), puis seul en 2014. Il quitte aujourd’hui SAP, en accord avec son fondateur et toujours très influent Hasso Plattner.

Les raisons de ce départ sont officiellement – et en résumé – que Bill McDermott aurait fait ce qu’il avait à faire chez SAP et qu’il aurait donc décidé de se lancer de nouveaux défis. Ailleurs. Mais il ne sait pas encore lesquels.

Elliot Management contre Bill McDermott

La version plus officieuse de l’histoire est que le fonds activiste Elliot Management – présent au capital de SAP – aurait œuvré dans l’ombre pour le départ de Bill McDermott (même si ce dernier nie, en public, avoir cédé au fonds activiste, dixit Reuters).

Une des pommes de discorde concernerait la stratégie d’acquisitions de Bill McDermott, jugée trop coûteuse par le fonds, et dont le but était de transformer l’éditeur d’ERP en un éditeur de solutions métiers diversifiées et, surtout, cloud.

Sous la houlette de l’américain, SAP a cassé sa tirelire à plusieurs reprises : dans le SIRH (SuccessFactor pour 3,4 milliards $, Fieldglass pour un montant estimé à plus de 1 Md $), dans les achats et les dépenses (Ariba pour 4.3 Md$, Concur pour 8.3 Md$), dans le CX (Hybris pour 1.5 Md$, CallidusCloud 2.2 Md$, SeeWhy pour 1.1 Md$) et plus récemment dans les enquêtes et les feed-back avec Qualtrics pour 8,3 Md $.

S’ajoutent à cette liste de rachats à plus d’un milliard de dollars des acquisitions plus confidentielles, comme celles des startups françaises KXEN dans l’analytique (pour doper la base in-memory maison HANA), Recast.AI dans les bots et Contextor dans le RPA.

Hasso Plattner (à gauche) et Bill McDermott (à droite) –
Assemblée générale SAP 2019 © SAP SE/Wolfram Scheible

« SAP ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans Bill McDermott », vante aujourd’hui Hasso Plattner, le co-fondateur de SAP, qui sait que son ex-PDG a fait beaucoup pour aider SAP à survivre dans l’après-bulle internet, mais dont on dit aussi que ses relations avec Bill McDermott n’ont jamais été particulièrement proches ou complices. Mais l’heure n’est plus aux chamailleries : « Bill a contribué de manière inestimable à cette entreprise. Il a été l’un des principaux moteurs de la transition de SAP vers le cloud, qui va alimenter notre croissance pour de nombreuses années à venir », le remercie-t-il.

La succession est déjà en place

Les bons sentiments n’empêchent en revanche pas une transition extrêmement rapide puisqu’elle prend effet sur le champ. Bill McDermott est d’ores et déjà remplacé par une nouvelle direction bicéphale, américano-européenne, comme celle qu’il avait formée avec Jim Hagemann-Snabe, mais composée cette fois-ci d’un homme et d’une femme : Jennifer Morgan et Christian Klein.

L’Américaine Jennifer Morgan est une commerciale expérimentée qui a rejoint SAP en 2004. Elle siégeait au Board où elle avait la responsabilité du cloud et de la commercialisation des offres (le « go to market »).

L’allemand Christian Klein, 39 ans à peine, a rejoint SAP après ses études. Il occupait le poste de directeur des opérations (COO) depuis 2016. Il avait la responsabilité du Intelligent Enterprise Group et, entre autres, du développement technique du nouvel ERP de SAP, S/4HANA.

En résumé, Jennifer Morgan s’occupera de la stratégie cloud et des ventes depuis les États-Unis ; Christian Klein gardera en Allemagne le Saint des saints, à savoir l’ingénierie et le développement produits – dans la grande tradition de SAP.

Défi à venir

« Sous la direction de McDermott, les indicateurs clés comme la capitalisation boursière, le chiffre d’affaires, les bénéfices, l’engagement des employés et la durabilité environnementale se sont tous considérablement renforcés depuis 2010 » liste le communiqué de SAP.

Mais si McDermott a mis l’éditeur germano-américain sur de bons rails, les deux co-PDG devront gérer un autre défi, grandissant, qui n’est pas du fait de leur prédécesseur : garder les clients.

L’évolution technologique que SAP a décidée avec sa base In-Memory HANA et son ERP S/4HANA (qui ne fonctionne que sur HANA), et que SAP souhaite imposer à ses clients d’ici 2024, est en effet radicale. Elle transforme les upgrades des existants en véritables migrations. Ce qui ouvre la porte à la concurrence. Cette stratégie est d’ailleurs vue par Oracle et Infor comme « un cadeau de SAP » (sic).

Dans les cadeaux, mais de départ celui-ci, Bill McDermott a offert un dernier très gros contrat cloud de trois ans avec « un partenaire majeur ». À charge pour Jennifer Morgan de montrer qu’elle peut faire aussi bien dans ce contexte de transition radicale.

Lunettes de soleil

Bill McDermott avait également lancé un programme de rationalisation, promettant d’accroître les marges de SAP de 5 points d’ici 2023.

Il conservera un rôle consultatif jusqu’à la fin de l’année « afin d’assurer une transition en douceur », précise SAP.

Plus anecdotique – mais les imaginaires sont faits d’anecdotes – Bill McDermott restera aussi dans l’histoire de l’éditeur pour les lunettes de soleil qu’il portait en permanence depuis une grave chute d’escalier en 2015 et, malgré une dizaine d’opérations, la perte d’un de ses yeux.

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