Atempo : « nous serons le nouveau leader européen de la sauvegarde »

L’éditeur français multiplie les partenariats sur fond de souveraineté et de capacité technologique à déplacer d’importants volumes de données. Entretien avec son PDG et co-fondateur, Luc D'Urso.

L’éditeur français Atempo, qui existe depuis désormais 25 ans, entend devenir le nouveau leader européen de la sauvegarde. À ce titre, il a récemment multiplié les partenariats autour des trois produits de son catalogue – Lina pour les postes de travail, Tina pour les serveurs et Miria pour les gros volumes de données à migrer sur des sites de secours.

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On l’a ainsi vu rejoindre l’initiative Open Solidarity d’OVHcloud qui consiste à proposer de la protection de données gratuite aux administrations durant la pandémie. En fin d’année dernière, il s’associait à l’hébergeur Scaleway, le cloud B2B d’Illiad, pour proposer une solution de mise à l’abri des données « 100 % souveraine ». Ces derniers jours, on l’a vu parlementer avec Wasabi, une étoile montant du stockage objet, pour proposer une solution d’archivage clés en main, où les données froides sont récupérables plus rapidement que d’ordinaire et donc plus facilement adaptables aux contraintes réglementaires.

L’enjeu de tous ces accords est de devenir un champion européen dans son domaine, une place laissée vacante par Veeam depuis que celui-ci est passé sous pavillon américain.
Entretien avec son PDG et co-fondateur, Luc D'Urso.

LeMagIT : Comment comptez-vous devenir un leader européen de la sauvegarde ?

Luc D’Urso : En réalité nous avons deux objectifs. Le premier est de devenir le leader européen de la sauvegarde avec nos produits Lina et Tina, en nous plaçant comme un acteur qui répond exactement aux volontés de souveraineté des gouvernements en Europe. Le second est d’être vu comme l’excellence de la sauvegarde aux USA, où notre produit Miria est le seul capable de gérer le déplacement de très gros volumes de données entre un site de production et un site de secours.

LeMagIT : Votre concurrent européen Veeam a finalement été contraint de se faire racheter par un fonds d’investissement américain pour espérer y vendre des licences, tant aux USA on rechigne à confier la gestion des données à un acteur étranger. Pourquoi feriez-vous mieux que lui ?

Luc D’Urso : Nous y avons déjà une position dominante dans les médias : un film américain sur deux passe à un moment ou l’autre par nos technologies ! Nous avons signé avec Disney et nous sommes en pourparlers avec des instituts scientifiques qui manipulent à présent des applications d’intelligence artificielle « pétavores ».

Nous avons deux avantages. D’abord, nous sommes véritablement les seuls à pouvoir répondre à toutes les problématiques que pose la sauvegarde des gros volumes de données : elle sature la puissance de calcul à la source, le réseau et la puissance de calcul à l’arrivée. En prospectant les médias, nous nous sommes intéressés à ce sujet il y a dix ans, nous avons compris quelles techniques ils utilisaient pour diffuser des flux vidéo en temps réel, nous avons développé des solutions en conséquence et nous sommes aujourd’hui capables de nous prévaloir d’une expérience solide sur les cas d’usage.

Notre second avantage est d’être revendus sur le territoire américain par le constructeur de baies de disques DDN, un spécialiste du stockage de gros volumes, qui remporte 6 à 7 appels d’offres sur 10 dans ces domaines. Nous avons aussi réussi à séduire des intégrateurs américains qui revendent aujourd’hui Miria sur des matériels Qumulo ou HPE.

Notre solution leur permet de se distinguer. Il faut comprendre que notre seul concurrent dans le domaine du déplacement de gros volumes, c’est l’humain qui transporte physiquement des disques durs entre deux sites. C’est une solution archaïque, ne serait-ce que parce que les données de production continuent d’être modifiées pendant que l’humain voyage et qu’il n’y a plus de cohérence entre les informations à la source et à l’arrivée.

« Nous, avant même de fonder Atempo, nous travaillions pour les opérateurs télécoms. »
Luc D'UrsoPDG et cofondateur, Atempo

Nous, avant même de fonder Atempo, nous travaillions pour les opérateurs télécoms. Nous savons comment optimiser la bande passante, comment paralléliser les flux. Atempo, aujourd’hui, c’est 25 ans d’expérience dans les réglages des architectures hybrides, celles où il faut savoir synchroniser les données.

LeMagIT : Si Miria est si performant, pourquoi n’est-ce pas le produit que vous mettez en avant en Europe ?

Luc D’Urso : En Europe, les ventes de Miria se développent doucement dans les universités grâce à l’arrivée des applications de Big Data. Depuis la pandémie du Covid-19, l’Éducation nationale s’y intéresse aussi, car elle se dit qu’elle devrait mettre plus de contenus vidéo haute résolution en ligne, sur le modèle du Maroc où le système scolaire va jusqu’à diffuser des plateaux télé à destination des élèves. Mais ce qui a freiné les ventes de Miria jusque-là en Europe est que le besoin n’existait quasiment pas : ici, les médias ont des studios localisés, qui sauvegardent localement, c’est-à-dire ni vers d’autres sites à l’autre bout du continent, ni en cloud.

Il faut savoir que, en Europe, la sauvegarde vers le cloud ne concerne que 20 % des données de production. Et encore, parce que dans les TPE et chez les particuliers, 50 % des données – de faible volume – sont automatiquement sauvegardées en cloud, notamment par les appliances que nous vendons sur ces marchés via la société sœur d’Atempo, Wooxo. Les grandes entreprises rechignent à sauvegarder leurs gros volumes de données en cloud, car elles redoutent que cela pose des problématiques liées au respect du RGPD.

« Nous avons un projet européen pour Miria : celui de sauvegarder les données de l’IoT. »
Luc D'ursoAtempo

Néanmoins, nous avons un projet européen pour Miria : celui de sauvegarder les données de l’IoT. Les objets connectés, en particulier dans les industries et les smart cities, vont représenter 80 % des données nouvellement créées. Quel que soit l’endroit où seront stockées ces données, il faudra surtout qu’elles soient sauvegardées sans interrompre le service. Et, là, il faudra de nouveau résoudre le problème au niveau télécom, car ces données seront pour l’essentiel communiquées via les nouveaux réseaux 5G. Nous travaillons en ce moment avec Jaguar Networks sur ces questions, pour intégrer Miria dans des appliances 5G.

LeMagIT : Comment comptez-vous devenir un leader européen de la sauvegarde avec Lina et Tina ?

Luc d’Urso : Depuis 25 ans, Tina et Lina ont été vendues à grande échelle en Europe, mais aussi en Asie. Aucun de nos concurrents n’a atteint notre volume de licences. Tous les ministères européens sont chez nous. Notre service support parle toutes les langues européennes, sauf les slaves.

Voilà pour l’existant. Pour la suite, nous pensons que nos solutions seront retenues dans de nouvelles initiatives de souveraineté à l’échelle du continent, car nous sommes le seul éditeur paneuropéen sur la sauvegarde.

LeMagIT : De quelles initiatives européennes parlez-vous ?

Luc d’Urso : La pandémie a mis en lumière un problème : les États européens ont compris qu’ils devaient avancer sur la digitalisation de l’économie, car ils sont trop dépendants des puissances étrangères. Au-delà du numérique, nous l’avons vu avec la pénurie de masques, nous n’avons manifestement pas les moyens d’assurer notre souveraineté. Dans le numérique, c’est la même chose : les puissances étrangères ont le pouvoir de mettre en péril notre modèle.

Or, s’en remettre à des acteurs américains ou asiatiques n’est pas une fatalité. Si l’on dénombre les GAFAM (Google – Amazon – Facebook – Apple – Microsoft) et leurs équivalents chinois, on se rend compte que les grands acteurs du numérique ne sont que 13. Cela signifie qu’il y a de la place pour des acteurs européens qui se consolideraient afin de proposer une alternative viable.

« Notre idée est de décliner le concept de guichet unique à l’échelle européenne. »
Luc d'UrsoAtempo

Je parle de consolidation, parce que nous pensons que les états européens vont à présent suivre le modèle français : notre gouvernement réclame aux acteurs du numérique de regrouper chaque chaîne de valeur en un guichet unique. C’est ainsi que nous avons rejoint OVHcloud sur son initiative Open Solidarity : une offre de sauvegarde en cloud clés en main qui repose sur notre logiciel de sauvegarde, sur l’infrastructure de stockage d’OVHcloud, sur l’antivirus de Vade Secure, sur le VPN de quelqu’un d’autre, etc. En France, les synergies sont simplifiées par le regroupement des acteurs au sein du programme French Tech 120. Notre idée est de décliner le concept de guichet unique à l’échelle européenne.

À ce titre, nous travaillons justement à intégrer dans Lina des outils qui vont permettre aux prestataires de vendre des services de sauvegarde en plus de ceux qu’ils proposent déjà dans d’autres domaines. Nous allons ainsi proposer des portails de prise en main à distance, de monitoring, de remédiation. Ces solutions devaient être présentées lors du salon IT Partner qui n’a pas eu lieu à cause du confinement. Nous les présenterons en juin.

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