Veeam racheté par le fonds Insight Partners pour 5 milliards de dollars

Le fonds d’investissement met la main sur le champion européen de la sauvegarde dans l’espoir qu’il devienne un leader aux USA où il pourrait entrer en bourse. Les fondateurs quittent le navire.

Veeam est sur le point d’être racheté par le fonds d’investissement américain Insight Partners pour 5 milliards de dollars. Dans un communiqué publié ce jeudi 9 janvier, l’éditeur indique :

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« Cette acquisition a pour but d’accélérer l’expansion de Veeam tout en conservant sa position de leader mondial des solutions de sauvegarde avec gestion des données dans le cloud. Dans le cadre de cette acquisition, qui devrait se finaliser au cours du premier trimestre 2020, William H. Largent a été promu au poste de Chief Executive Officer (PDG) – il occupait auparavant le poste de Vice-Président exécutif (EVP), Opérations – et Danny Allan a été promu au poste de Chief Technology Officer (CTO). »

En pratique, cela signifie que Veeam, société jusqu’ici de droit suisse, devient une compagnie américaine, même si plus de la moitié de son CA est réalisé en Europe, contre à peine plus d’un tiers outre-Atlantique.

« Nous voyons dans Veeam l’opportunité de répliquer aux USA une activité qui a été jusqu’ici dominante en Europe. Ils ont fait un boulot remarquable en Europe, maintenant nous voulons qu’ils dominent aux USA », indique Mike Tripett, directeur chez Insight Partners et membre du conseil d’administration de Veeam. Rappelons, il y a un an, Insight Partners avait déjà parié sur le succès de l’éditeur aux USA en investissant 500 millions de dollars dans son capital.

Dans un entretien accordé à nos confrères de TechTarget USA, Mike Tripett évoque par ailleurs l’opportunité financière de faire bientôt entrer Veeam à la bourse américaine.

Un chamboulement inquiétant à la direction générale

De plus, on apprend que les charismatiques fondateurs russes Ratmir Timashev (PDG, puis vice-président) et Andrei Baronov (actuel PDG) quittent le navire. Officiellement, de leur plein gré. Quoiqu’il en soit, il ne s’agit pas nécessairement d’une très bonne nouvelle.

On se souvient en effet que William H. Largent avait été une première fois embauché au poste de CEO en 2016, à l’époque pour que Ratmir Timashev puisse se consacrer à ce qui lui plaisait le plus, le développement des produits. Hélas, le management particulier de William H. Largent, jusque-là simple consultant financier à son compte, avait entraîné le départ d’une grande partie des forces de vente. Au point qu’il faudra le destituer de ses fonctions à peine quelques mois plus tard, pour stopper l’hémorragie.

Mis au placard à la tête du service « Compensation financière », il est sera alors remplacé par Andrei Baronov, jusque-là CTO. Bien que technicien, celui-ci permettra de restaurer la confiance auprès des clients et des équipes en rembauchant une partie des forces vives. Avec le retour de Largent aux commandes, le risque existe que les équipes ressortent du tiroir les lettres de démission qu’elles avaient écrites à l’époque.

Danny Allan, nouveau grand patron de l’ingénierie, était quant à lui jusqu’ici directeur de la stratégie produits, c’est-à-dire un poste essentiellement marketing. Ces compétences allaient de l’achat de campagnes de communication sur les réseaux sociaux à l’organisation d’événements avec les analystes. Sur sa page LinkedIn, il ne fait pas mention des défis technologiques qui se présentent aujourd’hui à tous les éditeurs de logiciels de sauvegarde, par exemple le support des formats Kubernetes. Sa mission, telle qu’il la décrit, est autant de développer et de mener la stratégie technique de Veeam que « de communiquer avec le marché sur notre stratégie produits et notre leadership. »

Une position de leader qui est censée s’affermir

Placé dans le tiercé de tête des meilleurs vendeurs de solutions de sauvegarde par Gartner dans son fameux Magic Quadrant, Veeam a atteint en 2019 un chiffre d’affaires de 1 milliard de dollars, comme il l’avait prévu depuis 2017, et s’enorgueillit de servir aujourd’hui 365 000 clients dans 160 pays. Ses deux plus proches concurrents sont les historiques Commvault et Veritas technologies. Sa force est d’avoir été le premier à supporter la sauvegarde des machines virtuelles, faisant de Veeam la solution de backup de référence pour les environnements VMware.

Dans un entretien accordé à nos confrères de TechTarget USA, Danny Allan parle d’un « acte 2 » pour Veeam : « ce rachat représente pour Veeam l’opportunité de croître plus vite dans les domaines du cloud hybride, de la gestion des données en cloud… ». Lorsque nos confrères lui demandent de préciser sa pensée, il répond : « cloud, cloud, cloud… ».

De manière plus pratique, après avoir commercialisé en décembre dernier une fonction de sauvegarde sur AWS, annoncée depuis un an, l’éditeur devrait proposer dans les semaines qui viennent un équivalent pour Azure, le cloud public de Microsoft.

Dans un récent rapport, le cabinet Forrester indiquait néanmoins que Veeam n’était désormais plus la seule étoile montante de la sauvegarde. D’autres acteurs, dont les nouveaux entrants Rubrik, Cohesity ou encore Druva suscitent aujourd’hui beaucoup d’intérêt auprès des entreprises pour leurs capacités, justement, à très bien gérer le cloud.

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