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GAIA-X : les Américains participent aux groupes de travail

Loin de snober l’initiative de cloud européen dont un des buts est pourtant de leur créer une alternative commerciale crédible, les éditeurs américains collaborent déjà au projet. Outscale, membre fondateur de GAIA-X, explique pourquoi.

Le projet GAIA-X est ambitieux. Jusque dans son nom. Dans la mythologie grecque, Gaia est en effet la grand-mère des dieux de l’Olympe, l’une des toutes premières divinités après le chaos originel : elle est la mère de la Terre. La terre où, au final, les centres de données de tous les « clouds » et IaaS du monde prennent racine.

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Il n’est pas dit que le groupe de travail qui a planché sur le nom du projet de cloud européen souverain ait eu cette référence en tête. Mais elle est en tout cas doublement symbolique – et révélatrice – puisque, toujours dans la mythologie grecque, Gaia a aussi poussé son fils à se retourner contre son père Ouranos, le ciel. Jusqu’à le tuer. Message subliminal envoyé aux « nuages » américains qui dominent le ciel de l’IT ?

Oui et non, répond Servane Augier, Directrice générale déléguée de 3DS Outscale (un des 22 membres fondateurs de GAIA-X).

Dans la deuxième partie de cet entretien (la première revenait sur ce qu’est concrètement GAIA-X, à savoir : un index et un moteur de recherche de prestataires, mais pas que), elle confirme que le but de la Fondation est bien de créer une alternative crédible, connue et reconnue face aux Titans américains (AWS, Azure et Google en tête).

Mais pour elle, ce but ne pourra être atteint que dans une philosophie d’ouverture – qu’elle soit open source, intra-européenne ou internationale. Elle nous explique pourquoi.

Open source et standards mondiaux

LeMagIT : les communiqués des Ministères français et allemands – qui soutiennent votre projet – évoquent des « spécificités techniques » qui auraient été clairement établies (ce qui a été salué dans la foulée par le MEDEF). Quelles sont ces spécificités ?

Servane Augier (Outscale) : Ce sont plus aujourd’hui de grands principes génériques qui poussent vers l’open source et vers certains standards. Parce que l’idée c’est aussi, et évidemment, de créer des standards.

« L'idée c'est aussi de créer des standards »
Servane AugierOutscale (Dassault Systèmes)

Mais ils ne sont pas encore définis techniquement au sens où vous semblez l’entendre.

LeMagIT : Comment peut-on rejoindre GAIA, et être indexé, quand on n’est pas dans les 22 membres fondateurs ?

Servane Augier : On peut manifester son intérêt via une adresse mail. Il y a des groupes de travail dans lesquelles on pourra embarquer encore du monde.

Côté français, nous travaillons aussi avec le CIGREF autour d’une charte pour tous ceux qui veulent en être, mais qui n’en seront pas avant l’automne (NDR : ouverture officielle des candidatures pour GAIA) pour communiquer avec eux et les informer sur les évolutions du projet.

Quid des acteurs de petite taille ? Pourront-ils se conformer au cahier des charges et adhérer à l’association ? Ou bien en seront-ils, de facto, exclus ?

Servane Augier : Non. Ils pourront en faire partie. Les conditions financières seront d’ailleurs différentes en fonction de la société pour adhérer à la Fondation GAIA X, l’association à but non lucratif derrière cette structure d’interconnexion des clouds et des offres de services fédérées.

Deux Américains en sont déjà

LeMagIT : GAIA-X sera également ouvert aux « acteurs extra-européens ». Étrange pour un projet de fédération des offres européennes. Quelle est la logique ?

Servane Augier : La logique est certes de développer une offre souveraine. Mais si nous le faisons à côté de – et pas avec – ceux qui représentent 65 % du marché européen, on risque de se couper des clients qui ont ces clouds chez eux.

Si on n’inclut pas ces acteurs américains, les clients européens de ces prestataires qui vont regarder les offres européennes ne pourront pas comparer avec ce qu’ils connaissent. Si en plus on leur dit que les offres européennes sont interopérables entre elles, mais pas avec ce qu’ils ont chez eux, on ne donnera pas la bonne échelle au projet. Ni la bonne visibilité.

« Si on n’inclut pas ces acteurs américains, les clients qui vont regarder les offres européennes ne pourront pas comparer avec ce qu'ils connaissent »
Servane AugierOutscale (Dassault Systèmes)

S’ouvrir aux acteurs américains permet aussi aux clients de continuer à accéder à des services qui sont dans leurs catalogues et qui ne sont pas encore présents chez les prestataires européens.

Si GAIA se fermait, on ne proposerait qu’une offre parcellaire. Là, au contraire, on promeut une logique multi cloud – de plus en plus choisie – avec par exemple un existant qui peut être chez AWS et de nouveaux projets qui peuvent tirer parti des offres européennes.

Et puis en mettant ces offres côte à côte, les clients se rendront aussi peut-être compte que, dans de nombreux cas, ils ont autant de choix des deux côtés. Mais en plus sécurisé chez les Européens. Et qu’ils peuvent se lancer sans risque grâce à la portabilité et à la réversibilité.

LeMagIT : Vous pensez que les Américains, qui ont surtout des clients à perdre, viendront dans GAIA ?

Servane Augier : Je pense qu’il y a de fortes chances qu’ils fassent l’effort. Oui, je pense qu’ils joueront la carte de l’interopérabilité et de la réversibilité (même si le but est d’éviter le « vendor locking »).

C’est positif pour tout le monde qu’ils s’engagent à respecter les règles européennes – même si cela les obligera aussi à dire très clairement à leurs clients qu’ils courent le risque d’être soumis au CLOUD Act, et de clarifier où les données sont opérées, par qui, comment, etc. Ce qui n’est pas forcément très naturel pour eux.

« Les règles qu'on imagine pour GAIA pourrait bien devenir des standards à l'échelle mondiale »
Servane AugierOutscale (Dassault Systèmes)

Mais en tout cas, il y en a déjà deux qui sont dans les groupes de travail.

Et puis je ferais un parallèle avec le RGPD que beaucoup de zones géographiques regardent comme un modèle à suivre. Les règles qu’on imagine pour GAIA pourraient bien devenir des standards à l’échelle mondiale. Autant travailler tous ensemble plutôt que chacun de notre côté.

LeMagIT : S’il y a des Américains, c’est donc que l’on peut faire partie des groupes de travail sans être membre fondateur. Comment peut-on faire partie de ces groupes de travail ?

Servane Augier : En effet, des organisations, des entreprises ou des fournisseurs de Cloud peuvent rejoindre le projet. Gaia-X se caractérise par l’ouverture et la transparence. Aujourd’hui, aux côtés des 22 fondateurs – dont nous faisons partie – plus de 300 organisations sont dans plusieurs groupes de travail.

« Gaia-X se caractérise par l'ouverture et la transparence. […] Les fournisseurs Cloud qui n'ont pas été impliqués dans le projet jusqu'à présent peuvent participer à tout moment »
Servane AugierOutscale (Dassault Systèmes)

L’idée principale est de rassembler utilisateurs et fournisseurs. Une coopération active est donc souhaitée pour conserver un engagement, une dynamique et une pertinence. Le succès de Gaia-X dépend surtout de la demande des utilisateurs. C’est pour cela que des entreprises et des organisations de différents domaines sont impliquées dans le projet. C’est le cas des associations BDI, Bitkom, eco, VOICE, VDMA, du Cigref et du MEDEF. Ou encore des initiatives existantes telles que l’International Data Spaces Association et Trusted Cloud.

Gaia-X est une infrastructure de données ouverte et flexible. Les fournisseurs de services cloud qui n’ont pas été impliqués dans le projet jusqu’à présent ont la possibilité de participer à tout moment… à la condition qu’ils partagent clairement les valeurs et les ambitions de Gaia-X comme la souveraineté et la disponibilité des données, et qu’ils respectent les règles communes de participation.

Un fournisseur de services cloud qui rejoint Gaia-X doit donc s’engager à maintenir la neutralité, l’ouverture, la transparence et la souveraineté des données.

 

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