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Istio : le comité de direction mise sur un consortium d’entreprises

Istio, le service mesh lié à Kubernetes ne sera pas confié à une fondation open source, comme la CNCF. En tout cas, pas pour l’instant. Néanmoins, son comité de direction avait prévu de remanier la charte du projet afin d’inclure d’autres éditeurs dans son comité de direction. C’est maintenant chose faite.

Ce remaniement de la charte a été annoncé le 24 août dans un article de blog. L’objectif affiché est simple : qu’aucune entreprise n’ait « la majorité des droits de vote sur le projet ». Ce comité dont le rôle est d’administrer et de gérer la direction marketing d’Istio était jusqu’alors composé d’employés de ces deux fondateurs : Google et IBM/Red Hat. Dorénavant, au minimum trois organisations sont représentées.

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Le nouveau comité de direction comprend treize sièges. Neuf d’entre eux seront attribués « proportionnellement » à des contributeurs et quatre autres seront occupés par des membres élus de la communauté Istio.

Plus précisément, les neuf premiers sièges seront attribués en proportion du nombre de merge pull request effectués au cours des douze derniers mois. À l’instar de la direction de Kubernetes, Google et IBM/Red Hat veulent récompenser, sur le papier, les plus méritants sur une période s’étalant d’août 2020 à janvier 2021.

Google, IBM, Red Hat et Salesforce aux manettes

Jusqu’à janvier prochain, cinq sièges sont attribués à Google, deux à des employés d’IBM, un à un collaborateur de Red Hat et un dernier à Salesforce. Actuellement, les membres les plus actifs sont sans surprise Lin Sun, responsable technique d’IBM pour Istio et Craig Box, Advocacy Lead pour Istio et Kubernetes chez Google Cloud. À l’inverse, Patrima Nambiar, ingénieure logiciel chez Salesforce a contribué ponctuellement au projet.
Néanmoins, Salesforce est un gros utilisateur d’Istio. Par ailleurs, sa filiale Mulesoft développe une offre de découverte de services multicloud nommée Anypoint Service Mesh, une solution évidemment bâtie sur Istio et Kubernetes (d’ailleurs Salesforce recherche un product manager capable de diriger ses architectes logiciels). L’éditeur spécialiste du CRM a donc multiplié les contributions l’année dernière.

La session de vote pour élire les quatre membres de la communauté aura lieu du 14 au 27 septembre 2020. Les développeurs dont les organisations disposent d’un siège « Contributions ». Pour être éligibles, les prétendants doivent soit avoir un merge d’un pull request à leur actif au cours des douze derniers mois, soit soumettre un formulaire d’exception pour être reconnu comme un membre de la communauté Istio qui aurait contribué d’une autre manière au développement du Service Mesh.

Le nouveau dispositif a été étudié pour qu’au moins « sept organisations » soient représentées au comité de direction. IBM et Google veulent éviter qu’on leur reproche une éventuelle mainmise sur le projet open source. « Nous avons mis en place un plafond sur le nombre de sièges qu’une entreprise peut occuper, de sorte qu’elle ne peut ni gagner un vote à l’unanimité ni opposer son veto à une décision au reste du comité », peut-on lire dans l’article de blog.

Cette volonté de neutralité affichée fait quelque peu réagir les observateurs du projet sur Twitter, dont Matthew Wilson, VP ingénierie chez AWS et Matthew Moore, ingénieur software chez VMware, co-créateur du projet Knative. Tous deux déplorent que le comité de pilotage soit potentiellement aux mains d’organisations, alors que les contributions individuelles sont souvent motrices pour faire avancer un projet open source.

« Nous essayons de rester en dehors des débats enflammés sur Twitter », déclare Craig Box dans une vidéo adressée à la communauté. « Il y a beaucoup de malentendus autour du projet. Une grande variété d’entreprises et de personnes participent à la conception d’Istio. Beaucoup d’organisations ont choisi d’utiliser Istio, de bâtir un produit autour de, voire par-dessus [cette pile technologique]. Nous souhaitons que ces dernières puissent avoir leur mot à dire à travers les sièges attribués aux membres de la communauté », explique-t-il.

Un projet mené par des entreprises, pas des contributeurs individuels

Le comité de direction d’Istio veut davantage mettre en avant les contributions individuelles via un deuxième comité : le Technical Oversight Committee. Pour autant, ce dernier est élu par le comité de direction (Steering Comittee). Actuellement trois membres du Steering Committee sont aussi membres de la direction technique : Lin Sun, Dan Berg et Louis Ryan. Deux de ces sept responsables techniques ne sont pas des employés d’IBM ou de Google. Neeraj Poddar est cofondateur et architecte en chef chez Aspen Mesh, une startup incubée par F5 Networks. Shriram Rajagopalan, lui, est ingénieur principal chez Tetrate, un autre fournisseur de Service Mesh.

Surtout, la gouvernance d’Istio ne met pas en avant le nombre de contributeurs individuels (près de 3 000 personnes), mais le nombre de commits effectués par les organisations. Sur les 10613 commits réalisés l’année dernière, 6 128 sont assignés à Google, 2002 à IBM, 630 à Red Hat et 457 à Salesforce. Ironiquement, 10 commits sont attribués à la CNCF, mais l’on peut surtout voir l’engagement de Huawei, d’Aspen Mesh et de Tetrate qui suivent les quatre entreprises en tête. Les 200 contributions individuelles sont rangées sous l’onglet « indépendant ».

La gestion de la marque Istio à éclairer

Ce n’est pas le seul grief attribué à la gouvernance du projet. En juillet dernier, Google a décidé de passer la marque Istio sous la licence Open Usage Commons, tout comme Angular et Gerrit. De cette manière, le géant du cloud semble conserver un certain contrôle sur ces marques, mais assure que la nouvelle structure, dont on sait encore peu de choses, facilite leur gestion. Une décision qui avait déçu Jason McGee, vice-président IBM Cloud Platform.

« IBM continue de croire que la meilleure façon de gérer des projets open source clés tels qu’Istio, est d’adopter une véritable gouvernance ouverte […] ».
Jason McGeeVP IBM Cloud Platform

« IBM continue de croire que la meilleure façon de gérer des projets open source clés tels qu’Istio, est d’adopter une véritable gouvernance ouverte, sous les auspices d’une organisation réputée, avec des règles du jeu équitables pour tous les contributeurs, de la transparence pour les utilisateurs et une gestion de la licence et des marques qui soit neutre par rapport aux éditeurs », avait-il écrit dans un post de blog.

Mais au-delà des turbulences autour de la gouvernance du projet de maillage de services, c’est le changement d’architecture induit par Istio 1.5 (la version 1.7 a été annoncée le 21 août). Pour rappel, cette version 1.5 introduit l’encapsulage de quatre microservices dédiés au Control Plane dans un monolithe, une approche déroutante pour certains utilisateurs.

N’oublions pas que Microsoft a sans doute ajouté de l’huile sur le feu en annonçant que son projet Open Service Mesh sera confié à la CNCF (Cloud Native Computing Foundation) ; et Linkerd, le concurrent le plus direct d’Istio, est lui aussi hébergé au sein de la fondation open source.

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